Depuis la sortie de son premier album, Elliott Smith a eu l'occasion de faire découvrir au public moult de ses morceaux, qui font de ses disques, presque, des chef-d'œuvres incontournables. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que ce jeune homme, qui s'est tué il y a peu, a laissé énormément de choses qu'il serait bien trop dommage de ne pas connaître.
Dans le cadre d'un portrait, on s'attend très certainement à tomber sur tout un tas d'infos sur la biographie de l'artiste, qu'il est né tel jour à tel endroit, qu'il a fait telles études - ou pas - pour arriver jusque là où il est, ou a fini. En l'occurrence, il s'avère qu'il est presque inévitable de se passer de ce genre de données pas vraiment captivantes quant à Elliott Smith. Justement parce qu'Elliott Smith est Elliott Smith et que dans sa musique, on trouve tout. Non seulement tout ce qu'elle a à nous offrir, tout ce qu'elle peut être pour nous, mais aussi tout ce que l'on ressent par rapport au musicien lui-même. Pour connaître Elliott Smith, il suffit d'écouter sa musique.
Et suffire est un bien faible mot tant ce que l'on a à découvrir est grand. Si l'on en sait un minimum sur sa musique avant d'en écouter un ou deux extraits pour la première fois, c'est certainement qu'elle est plutôt douce ou que, même quand les mélodies se font plus énergiques, la mélancolie ne cesse de planer. Ce que l'on s'expliquera peut-être par le fait qu'à l'âge de trente-quatre ans, l'incroyable artiste se soit suicidé, en 2003.
Pourtant, il s'avère que rien, finalement, aucune description de sa musique n'aura la capacité de faire comprendre le pouvoir de chansons telles The Biggest Lie, Oh Well, Okay, Pictures of Me… et le drame est qu'on voudrait toutes les citer. On dirait plutôt, alors : le pouvoir de sa musique, le pouvoir d'Elliott Smith lui-même. Ecouter l'un de ses disques pour la première fois fait un peu l'effet d'une révélation. On avait beau s'attendre à de la douceur, de la douleur même, palpable, on ne peut pas envisager que l'effet produit puisse être celui-là.
Elliott Smith a ce quelque chose qui envoûte, qu'on oublie presque une fois que ses disques s'arrêtent mais que l'on retrouve inévitablement à chaque nouvelle écoute. Quelque chose qui peut s'expliquer avec des mots mais ne se comprend qu'avec les sentiments. Il fait plus que toucher, plus que procurer de l'émotion. On ne pourrait même pas dire que ses chansons sont particulièrement belles, elles ne sont pas de celles qui feraient verser une larme à tout un chacun. Elles ont juste ce quelque chose, oui, c'est ça. Elles sont particulières, si on les écoute bien, en tant qu'elles saisissent littéralement.
On pourrait se dire, finalement, que ses mélodies sont plutôt banales puisqu'il n'y a peut-être pas grand chose de si original dans la composition de ses morceaux. Et pourtant, on serait tenté d'estimer qu'elles sont toutes hors du commun, loin d'être de simples morceaux de pop reproduits cent fois. Parce que chaque morceau est une perle qui procure son frisson si particulier, qui a cette touche Elliott Smith qui le rend indiscutablement à part.
Chaque album est un puits empli de trésors. Roman Candle fut le premier en 1994, suivi par quatre autres : Elliott Smith (1995), Either / or (1997), XO (1998) et Figure 8 (2000) ; puis l'album sorti après sa mort, From a Basement on the Hill (2004). On ne saurait en conseiller un en particulier, et ce pour la simple raison qu'Elliott Smith ne fait pas de fausse note, que la moindre de ses chansons a en elle ce pouvoir que l'on retrouvera sur toutes les autres.
Découvrir Elliott Smith, c'est un peu découvrir ce qu'on n'aura pas ailleurs, cette musique qu'il serait bien trop dommage de rater. Découvrir l'homme avec ses morceaux, découvrir cette puissance et les sentiments qui vont avec, même découvrir des choses en nous, presque sans que l'on s'en rende compte. Avec Elliott Smith, c'est tout un monde qui s'ouvre, pour nous, quand on veut, au fil de ses chansons à lui.