Ce réalisateur là a un nom un peu compliqué pour nous : c'est parce qu'il vient du Mexique. Et ses films eux aussi sont un peu compliqués ; et pourtant tellement frappants, tellement marquants que ce réalisateur, plus tout jeune mais avec seulement deux films à son actif, apparaît aujourd'hui comme ayant devant lui une carrière fortement prometteuse... Très clairement à suivre.
Parmi les réalisateurs qui n'en sont qu'à leurs débuts et que l'on retient déjà comme étant fortement prometteurs, Alejandro Gonzàlez Inàrritu est probablement à mettre en tête de liste. Avec à l'heure actuelle seulement deux longs métrages et quelques autres réalisations moins importantes à son actif, il semble que l'on doive déjà miser sur lui sans hésitation, notamment en ce qui concerne son prochain film, Babel, qui réunira à l'affiche Brad Pitt, Cate Blanchett et Gael Garcia Bernal.
Le premier long métrage de ce Mexicain né en 1953 est sorti en France en 2000 et n'y a pas vraiment connu un succès qui aurait amené le monsieur à faire énormément parler de lui. Amores Perros de son nom (à savoir Amours Chiennes), ce film réunissait déjà tous les ingrédients qui semblent être ceux de la petite touche Inàrritu. C'est-à-dire mélanger plusieurs histoires qui ne se rejoignent qu'autour d'un point précis. Trois histoires à la chronologie différente, autour d'un accident de voiture. Trois histoires qu'ici on suit l'une après l'autre : d'abord celle d'Octavio, qui fait combattre son chien dans l'espoir d'avoir assez d'argent pour conquérir la femme de son frère et partir avec elle. Vient ensuite celle de Daniel, qui se sépare de sa famille pour une top model ; puis celle d'El Chivo, à la rue, qui tente plus ou moins de reprendre contact avec sa fille avec laquelle il n'avait plus aucun lien. Chaque histoire s'imbrique dans une autre, sans aucun autre lien apparent que cet accident de voiture, les chiens, et surtout la dureté et la violence qui les caractérisent toutes. Or, curieusement, c'est presque une véritable beauté qui en ressort.
Le second a reçu un plus grand écho en France, et certainement aux Etats-Unis aussi. 21 Grams réunissait en effet bien plus d'acteurs américains susceptibles d'ouvrir le champ de diffusion du film, tels Sean Penn, Naomi Watts et Benicio del Toro. Or, la ressemblance avec le premier opus du réalisateur est presque frappante : une fois de plus, la chronologie du film est particulière et regroupe entre elles trois histoires différentes, et ceci une fois de plus autour d'un accident de voiture. Cependant, dans 21 Grammes, les histoires ne se font pas suite les unes les autres mais se mélange du début à la fin. Du début à la fin… si l'on peut dire. Parce qu'il n'y a pas clairement de début et de fin : les évènements sont mélangés, et il est fort compréhensible d'être en plein flou au début du film. Une fois de plus aussi, la dureté est au rendez-vous, et pourtant se mêle avec une sincérité étonnante, une véritable beauté dans les sentiments.
Ces deux films sont, l'un comme l'autre, à voir ; et certainement à apprécier. Comment, après les avoir vu, peut-on ne pas attendre Babel plein d'espoir ? Si Alejandro Gonzàlez Inàrritu décide une fois de plus de jouer sur ces espaces temps qui se recoupent sans cesse, sur ces vies bouleversées autour d'un même événement, où se mêlent beauté et violence, alors on risque de ne pas être déçu.