Bigflo et Oli présentent Le Cordon, un dialogue mère-enfant émouvant…autour de l’avortement

Bigflo et Oli dévoilent Le Cordon, un titre extrait de leur premier album La cour des grands, dans lequel un enfant avorté dialogue avec sa mère... Un sujet délicat, traité à la perfection.

Bigflo et Oli présentent Le Cordon, un dialogue mère-enfant émouvant…autour de l’avortement

J’ai l’incommensurable chance d’être née et d’avoir grandi dans un pays et à une époque où les femmes ont le droit et la capacité de mettre fin à une grossesse qu’elles ne souhaitent pas mener à terme, pour quelque raison que ce soit.

J’ai pesé chacun des mots de cette phrase, car en grandissant, j’ai réalisé ce que signifiait qu’ « être enceinte » et « avorter », en lisant que dans le monde, encore à notre époque, certain•e•s s’opposent si farouchement au droit des femmes à disposer de leur corps, et que les débats entre les « pro-choix » et les mal nommés « pro-vie » continuent de faire rage. Et surtout, de faire des morts.

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J’ai l’incommensurable chance d’être née et d’avoir grandi dans un pays et à une époque où si je « tombais enceinte », selon l’expression frappée de destinée, j’aurais le choix de porter au monde une vie… ou d’y renoncer.

Avoir le choix ne l’a jamais rendu plus simple à faire. L’avoir est une nécessité, mais la perspective de devoir le prendre m’a toujours accablée d’un vertige pétrifiant.

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Je ne sais pas. Je ne sais pas si j’aurais le courage de ces femmes qui gardent un enfant qu’elles ne sont pas sûres de pouvoir élever en lui donnant les meilleures chances.

« J’ai préféré ne pas être mère qu’en être une mauvaise »

Je ne sais pas si j’aurais le courage de ces femmes qui renoncent à mettre au monde un enfant qu’elles ne sont pas sûres de pouvoir élever en lui donnant les meilleures chances.

« Je ne t’ai pas donné la vie pour pas que tu aies à vivre la mienne ».

Dans Le Cordon, Bigflo et Oli donnent une voix à ces enfants à naître qui n’en ont pas, et mettent des mots sur l’innommable souffrance des mères qui ne le deviennent pas.

Un petit mot d’avertissement : cette vidéo est un clip artistique, pas un support informatif sur l’avortement. Une IVG pratiquée dans la limite légale de la 12ème semaine de grossesse ne permet pas le développement d’un foetus pleinement formé. (Cette représentation n’est ni exacte, ni réaliste : c’est une projection imaginaire.)

Par ailleurs, cette chanson raconte une histoire, et ne prétend pas réduire toutes les situations à ce dialogue imaginaire. On peut très bien décider de ne pas avoir d’enfant quand bien même on aurait le mari aimant et toutes les ressources matérielles nécessaires. C’est un choix. 

Je me souviens avoir parcouru le dossier de presse accompagnant le nouvel album de Bigflo et Oli. Ils y racontent la genèse de certains titres, et notamment celui-ci :

« Pour Le Cordon, j’étais tranquille devant la télé et Oli me dit : « j’ai une idée de thème, ça serait ouf. Je voudrais écrire le couplet d’un enfant avorté qui parlerait à sa mère ». J’ai réfléchi et je lui ai dit : « Si tu écris ça, moi je fais le couplet de la mère qui lui répond ».

« Je n’ai ni raison ni tort, et je sens encore le cordon »

On ne va pas se mentir, en lisant ces lignes, j’étais légèrement perplexe. L’avortement est un sujet que je suis assidûment depuis que je sévis sur madmoiZelle, que ce soit lorsque des Texanes se lèvent pour défendre le droit à disposer de leur corps, lorsqu’en Europe, ce droit est bafoué, lorsque des femmes paient de leur vie le fanatisme des politiciens conservateurs, ou lorsque les députés français polémiquent à l’Assemblée et s’enfoncent dans l’indécence, l’irrespect et la misogynie sur un sujet qui touche tant de (jeunes) femmes dans leur chair.

Et puis, la dernière fois qu’un rappeur s’était essayé au thème de l’avortement, dire que nous avions « moyennement apprécié » serait un euphémisme. (Coucou Colonel Reyel…)

Mais en découvrant le clip de Bigflo et Oli, j’en ai littéralement pleuré au bout de trente secondes. Parce qu’ils ont mis, sur des angoisses tellement profondes que je n’avais moi-même jamais réussi à les verbaliser, des mots d’une précision chirurgicale, efficaces au point de m’arracher des larmes.

« D’ailleurs, où est mon père ? »

Ils arrivent à désacraliser une décision que je ne m’imagine pas prendre sans étouffer de culpabilité, à ré-impliquer le géniteur fantôme dans une responsabilité qui lui incombe aussi, sans que le choix ne lui appartienne.

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J’ai un immense respect pour les femmes qui ont recours à une IVG sans que cela ne les affecte. On a la droit d’en souffrir, mais on a aussi et surtout le droit de ne pas être touchée. On ne devrait pas se laisser culpabiliser par ceux qui vont jusqu’à nous accuser de « meurtre » au mépris de notre libre arbitre, au mépris aussi du ressenti de celles qui, peut-être, n’ont vraiment pas besoin qu’on les accuse des pires horreurs pour mesurer les conséquences de leurs choix.

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Je suis de celles-là.

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Je suis profondément, viscéralement pro-choix, tout en étant pétrifiée à l’idée d’avoir, peut-être, un jour, à me poser la question pour moi-même. Mais si je me sens incapable de faire ce choix, la perspective de ne pas l’avoir me glace encore davantage.

« Je ne suis ni vivant ni mort » dit l’enfant, « je n’ai ni raison ni tort » répond la mère en écho, ou comment résumer parfaitement l’absurdité d’un débat où les uns brandissent leurs convictions, comme si elles devaient entrer en ligne de compte dans un choix profondément intime, personnel.

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De tous ceux qui prennent la parole au nom de ces enfants hypothétiques, jamais aucun n’avait émis l’idée que peut-être, on préfèrerait ne pas naître que d’être imposé•e à une mère incapable de l’être. Je repense à ces auto-proclamés « défenseurs de la vie », qui n’envisagent jamais que donner la vie soit une responsabilité bien plus lourde à porter que de renoncer à le faire.

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Bigflo et Oli réussissent à mettre des mots justes et touchants sur un sujet qu’on dissèque sans pudeur, sur lequel on s’étripe et se tiraille dans les assemblées nationales, sans considérations pour celles qui s’en déchirent les entrailles, et qui parfois, encore, toujours, finissent par en mourir.

Comme quoi, finalement, pas besoin d’avoir un utérus pour compatir, comprendre et respecter le choix de certaines femmes. Avoir un coeur et une tête suffisent.

Après, trouver les mots justes et les mettre en musique nécessitent un talent que le duo de frangins confirme posséder. De Monsieur Tout Le Monde au Cordon, Bigflo et Oli n’ont décidément plus rien à prouver, et sont déjà, depuis un moment, entrés dans La cour des grands, du nom de leur premier album, qui sortira le 1er juin (disponible en pré-commande).

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lilmivaness
    Lilmivaness, Le 10 mai 2015 à 23h49

    Clemence Bodoc
    Ce sont des choix, ils appartiennent à leurs auteures.
    Coucou, premièrement merci pour cet article sur cette chanson MAGNIFIQUE et qui m'a beaucoup émue. :fleur:
    Je sais que 3 personnes dans mon entourage proche ont déjà avorté, dans des situations différentes et pour des raisons différentes et j'aime cette chanson, avec son point de vue qui est aussi légitime qu'un autre.

    Ensuite, si je te cite, c'est que la "grammar nazie" qui est en moi hurle en lisant "auteures". En effet, le féminin d'auteur est autrice. C'est un terme très ancien mais qui existe toujours. Ça vient du latin auctor-auctrix. Je considère ce féminin comme bien plus légitime que le féminin "auteure" :sick: qui est récent, inaudible et en plus fait genre : "Coucou je suis un masculin à qui on a ajouté un "e" inaudible pour faire genre je peux être mis au féminin !" :troll:
    Alors que le féminin autrice (du latin auctrix) existe et est audible !!! :caprice: (Ce qui est top vous en conviendrez.)
    Ce féminin était déjà utilisé par les grands auteurs chrétiens il y a fort longtemps (exemple : la femme est autrice de vie), mais il a par la suite été délaissé lors de l'institutionnalisation de la langue française au profit du soit-disant "neutre" masculin.

    Rien d'étonnant que le TLFi (Trésor de la Langue Française informatisé) et l'Académie Française ne reconnaissent pas de féminin au terme "auteur" quand on connait le grand sexisme de ladite Académie.

    Mais redonnons à autrice toute sa légitimité !!! Ce terme est beau !

    PS : le féminin de docteur est doctoresse et chez les suisses il s'utilise couramment, mon rêve est de réinstaurer ce terme français en France :) .

    Voilà Bisous bisous ! :bouquet:

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