Biennale de Venise 2013 : vacuité de l’art contemporain et bonnes surprises

La Biennale de Venise, considérée comme l'une des manifestations artistiques les plus prestigieuses au monde présente, tous les deux ans, un nouveau cru d'œuvres contemporaines. Tour d'horizon de cette édition 2013.

Biennale de Venise 2013 : vacuité de l’art contemporain et bonnes surprises

Jusqu’au 24 novembre 2013, Venise accueille des centaines d’artistes venus défendre l’art contemporain de près de 90 pays. Étalée sur les Giardini et l’Arsenale, deux vastes espaces d’exposition situés à l’est de la cité des Doges, la manifestation présente cette année une sélection d’œuvres articulée autour du thème du savoir encyclopédique.

Conçu par un jeune critique d’art, Massimiliano Gioni, « Il Palazzo enciclopedico » est l’occasion d’un touffu tour d’horizon de la réflexion que l’art entretient avec le vaste champ des connaissances.

Empilement d’art brut, rassemblement d’objets, séries d’œuvres agrégées par les mains d’artistes-collectionneurs… Le thème de cette année — l’empilement des connaissances à travers le temps — est particulièrement propice à l’étalage de pièces dont on peine parfois à comprendre quel sens celles-ci ont à être présentées ensemble.

Difficile de sortir de cette édition de la Biennale de Venise sans se poser la question du rôle (s’il y en a un) de l’art contemporain. Expérimentations plastiques, réflexions conceptuelles, audace théorique ou exercice de style : face au spectateur, une œuvre est censée vivre, se déployer et s’offrir à travers sa présence physique, le message qu’elle entend délivrer, parfois même les deux.

Mais que se passe-t-il quand ni la forme, ni le fond ne parvient à toucher le public ? C’est malheureusement l’écueil dans lequel un certain nombre d’œuvres exposées sont tombées, offrant ainsi au spectateur la désagréable sensation d’être idiot et hermétique à un art… en réalité égocentrique et vain.

De quoi apporter de l’eau au moulin des détracteurs de cet art contemporain devenu « nombriliste marché de spéculations réservé à une élite, économique comme culturelle, qui confisque la légitimité de la parole au public de masse ».

Il serait pourtant trop sévère de limiter le cru de la Biennale 2013 à cette critique. Tour d’horizon non-exhaustif des meilleures installations de cette année.

Pavillon français : « Ravel, ravel, unravel », l’installation vidéo autour du Concerto pour la main gauche de Ravel

À la demande du pianiste autrichien Paul Wittgenstein, amputé d’un bras pendant la Première Guerre mondiale, Maurice Ravel compose son Concerto pour la main gauche. Riche d’une amplitude mélodique imaginée comme s’il y avait deux mains, l’œuvre offre à son interprète la réparation de son infirmité.

Représentant de la France à la Biennale de Venise et hôte du pavillon allemand (cette année, les deux pavillons ont échangé leurs emplacements), Anri Sala est à l’origine d’une somptueuse installation vidéo autour du Concerto pour la main gauche.

L’artiste franco-albanais a filmé les mains de deux pianistes, le Français Jean Efflam Bavouzet et le Canadien Louis Lortie, jouant ce concerto avec l’Orchestre national de France, le tout sur de légères variations de tempos.

Dans le pavillon français, les deux vidéos sont projetées simultanément sur deux écrans superposés dans une vaste chambre anaéchoïque dont les murs ont été recouverts de cônes pour éviter toute réverbération du son.

Captivés par la course folle de ces deux mains, le spectateur ne peut s’empêcher de trouver ci et là quelques délicates différences dans les jeux des deux pianistes — Bavouzet est fluide quand Lortie est plus énergique — qui forment ensemble autant une douce chorégraphie qu’une course poursuite entre les interprètes.

Ravel, ravel, unravel : le nom de cette installation joue sur le sens anglais des mots ravel, «?emmêler?» et unravel, «?démêler?».

Grosse fatigue, de Camille Henrot (Lion d’argent)

Camille Henrot présentait pour l’exposition internationale un film vidéo de 13 minutes intitulé Grosse fatigue (2013), qui raconte l’histoire du monde en une succession de fenêtres sur l’écran d’un ordinateur sur un beat d’inspiration tribale saturée de boîtes de rythme de Joakim.

En s’emparant de tous les médias, le travail de la jeune artiste joue avec une approche poétique et sensorielle des catégories de l’histoire de l’art.

Mi-anthropologue mi-collectionneuse, Camille Henrot s’intéresse à l’origine des pyramides égyptiennes, aux pèlerinages en Inde, à la littérature, à la musique africaine. Elle réinvente des histoires glanées sur le Web et dans la littérature.

http://www.youtube.com/watch?v=xuH93RhjwyA

Fischli and Weiss : 250 sculptures en argile, l’installation la plus ludique de la Biennale

Une installation qui a plu aux grands comme aux petits : exposées sous verre, les 250 hilarantes sculptures du Suddenly This Overview (1981-2012) de Fischli & Weiss n’ont pas manqué de faire sourire le public.

Outre la curiosité de voir se déployer en argile des scènes et objets de la vie quotidienne présentés comme de grands moments de notre histoire (les parents d’Albert Einstein dans un lit juste après le coït qui donnera naissance à leur prodige de fils, Mick Jagger et Brian Jones rentrant chez eux, satisfaits, après avoir composé I can’t get no satisfaction…), c’est aussi le rapport texte/sculpture qui offre une dimension ludique à l’anthologie des artistes suisses.

Viviane Sassen : ses flamboyantes photos d’Afrique

Le travail que propose la photographe néerlandaise Viviane Sassen se trouve à cheval entre deux disciplines qui lui tiennent beaucoup à cœur : la photo de mode et la photo d’art.

Ses campagnes pour Louis Vuitton, Viktor & Rolf ou Stella McCartney lui ont valu de nombreux prix. Couleurs éclatantes, contrastes ombres et lumière, composition graphique : les clichés de Viviane Sassen ne sont jamais aussi éclatants que lorsqu’ils sont pris en Afrique, continent où elle a passé sa jeunesse et dont elle se sent, selon ses propres mots, « à la fois très proche et très éloignée ».

Viviane Sassen a grandi au Kenya. Entre mise en scène et reportage, la photographe livre une image très subjective de son rapport aux habitants.

Malgré ses irrégularités, la Biennale de Venise reste l’occasion d’un palpitant tour du monde de l’art contemporain. La densité de la manifestation permet à chaque fois de trouver son compte, entre déception, interrogation, surprise et émotion.

Un événement à l’image du rapport forcément subjectif que le public entretient toujours avec les œuvres devant lesquelles il passe.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Titien
    Titien, Le 19 septembre 2013 à 18h03

    article chouette mais effectivement un peu court! ceci dis j'y vais la semaine prochaine alors comme ça ça m'évite d'être spoiler!
    Je comprend les déceptions qu'il peut y avoir face à des oeuvres trop hermétique et je n'y suis jamais allée encore donc je ne sais pas comment se passe la médiation... Pour moi c'est vraiment important que des manifestations de cette ampleur s'applique à intégrer un public moins avertie : pas par le choix des oeuvres proposés, jamais! mais par des textes, des rencontres avec des gens du monde de l'art, des visites guidés, des catalogues... Parce que ce que dis @marygrey est très juste mais changer de regard ça s'apprend. :) a mon avis pour "bien faire" il faudrait voir les expo trois fois: une fois seule, une fois avec un guide et une nouvelle fois seule! ;)

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