Ode au bénévolat, qui m’a appris tant de choses

Anne est bénévole dans une association étudiante qui accueille les élèves étrangers. D'abord sceptique, elle s'y est épanouie en rencontrant plein de personnes différentes et en travaillant avec une motivation toujours croissante.

Ode au bénévolat, qui m’a appris tant de choses

Le bénévolat, c’est pas qu’un truc de retraités ou de militants politiques ! Voici comment j’ai changé ma vie en m’engageant dans une association étudiante qui cachait en fait bien plus de choses…

S’occuper en toute utilité

Tout a commencé l’an dernier. J’étais en année sabbatique après avoir terminé une licence à la fac, et je voulais travailler pendant un an ou deux pour prendre le temps de réfléchir à la suite de mon parcours et acquérir un peu plus d’expériences. Parce que bon, la fac c’est pas la joie niveau stages et expériences professionnelles, comme beaucoup d’entre vous doivent malheureusement le savoir.

Après avoir fait un ou deux petits jobs, je me suis retrouvée quelques mois au chômage, et je ne savais pas comment occuper mes journées. On m’a alors conseillé de faire du bénévolat, mais j’avoue très franchement ne pas avoir été emballée au début. Je voyais ça comme un passe-temps pour personnes âgées, et je ne me sentais pas le courage de sortir de chez moi pour discuter de la météo avec des papis et des mamies.

Même s’il y en a des fort joviaux.

J’avais tout faux ! En cherchant un peu, j’ai fini par trouver une association étudiante dont le nom ne me disait rien du tout, qui disait accueillir les étudiants internationaux et faire la promotion de la mobilité dans ma ville. Intriguée, je leur ai envoyé un mail pour en savoir un peu plus, et on m’a tout de suite invitée à participer à une des réunions hebdomadaires. Je ne savais pas encore que c’était la première d’une longue série…

J’ai commencé à découvrir un peu ce petit monde qui m’était totalement inconnu. En fait, il s’agit de la section locale d’un immense réseau appelé Erasmus Student Network, qui agit dans toute l’Europe : il y a plus de 280 sections aujourd’hui, ce qui représente environ 13 500 bénévoles. Je n’avais pas du tout conscience de l’ampleur de la chose à l’époque ! Mais j’ai vite appris à connaître cette petite communauté pleine de gens volontaires, motivés, ouverts au monde et aux autres, et j’ai adoré ça.

Un investissement modulable

Dans ma section, j’ai commencé par intégrer le pôle communication (puisque je venais d’obtenir un diplôme dans le domaine), et je m’y suis sentie très à l’aise.

Il faut savoir que nous n’organisons pas QUE des soirées de débauche (même si on en fait aussi, sinon c’est pas marrant), mais aussi plein d’activités pour que les étudiants puissent se rencontrer, échanger, et découvrir leur pays d’accueil — et c’est cela, avant tout, qui nous tient à cœur.

Les clubs de cuisine, les voyages, le Gala Erasmus, la présentation des pays par les étudiants étrangers dans des écoles primaires, ou encore les actions culturelles et sociales sont autant de choses qui nous font rencontrer d’autres citoyens de toute l’Europe et même d’ailleurs dans le monde !

Par exemple, nous organisons, entre autres, le Gala Erasmus fin janvier. Il s’agit d’une grosse soirée spécialement créée pour les étudiants internationaux à la fin du premier semestre. On propose à plusieurs personnes de nous faire découvrir la culture de leur pays à travers ses spécialités culinaires. Ils forment donc des petits groupes de trois ou quatre, et se chargent de préparer la nourriture, la décoration de leur stand et d’acheter un peu à boire (c’est fou ce qu’il existe comme alcools différents à travers le monde !).

La soirée est ouverte à tous, mais les étudiants internationaux sont bien sûr les plus nombreux à venir. C’est toujours un énorme succès. Cette année, nous avions choisi le thème du cinéma, et la salle était décorée avec des tapis rouges, d’immenses posters de films…

Le plus dur dans tout ça est sans doute de gérer le budget, et de garder son sang-froid en cas de soucis d’organisation. Mais en général, une fois que tout le monde sait ce qu’il a à faire, ça roule à peu près droit. Nous accueillons environ mille personnes chaque année, et nous gérons nous-mêmes les vestiaires, le bar, la musique, la réservation de la salle, le retour post-soirée (on avait prévu de ramener les gens chez eux en voitures louées cette année !) et le nettoyage bien sûr…

Ça fait pas mal de boulot pour la trentaine de bénévoles mobilisés pour l’occasion, et il faut y ajouter nos autres activités pendant les mois qui précèdent le Gala. Autant vous dire qu’on dort plutôt bien après ça !

Mais avec toutes ces activités, on apprend vraiment à connaître les étudiants étrangers, à les aider pour tous les petits soucis quotidiens qu’ils peuvent avoir, et toutes les questions qu’ils peuvent se poser. C’est pas toujours facile de débarquer dans un nouveau pays, surtout que certain-e-s parlent à peine français lorsqu’ils descendent de l’avion !

Cette tête ne sera pas d’une grande aide pour comprendre l’itinéraire jusqu’à la fac.

La plupart des bénévoles du réseau ont fait un séjour à l’étranger, et c’est sûrement ce qui fait notre force. Je pense que quand on a une expérience Erasmus (ou un autre échange international), ça reste gravé pour toujours dans la tête. On en ressort complètement transformé-e, avec un autre point de vue sur le monde !

C’est exactement ce que notre réseau tente de faire à travers tous ces bénévoles motivés. Nous organisons beaucoup de rencontres entre les sections pour échanger nos idées, et travailler encore mieux. L’association internationale, basée à Bruxelles, est même régulièrement en contact avec des élus de l’Union européenne pour que notre travail soit vraiment reconnu et valorisé. Récemment, le réseau français a obtenu l’agrément « jeunesse – éducation populaire » du Ministère de l’Éducation Nationale, c’est pas rien (comme le site du gouvernement l’explique) !

Le bénévolat : une expérience enrichissante et formatrice

Depuis que j’ai intégré cette asso, j’ai découvert tellement de choses, de nouvelles façons de travailler, j’ai vraiment ouvert les yeux sur moi-même. Entre-temps, j’ai trouvé du travail, et je me surprends souvent à comparer les différentes façons de gérer une équipe entre mon entreprise et mon association : je peux vous dire que quand les gens sont volontaires pour un projet, ça n’a vraiment rien à voir !

Je crois que ça change la vision de ce qu’on appelle « le travail » — et cette notion est parfois difficile à définir. Est-ce que je travaille quand je me rends dans l’entreprise qui m’a embauchée pour effectuer les tâches qu’on me demande et recevoir un salaire, ou bien est-ce lorsque je vais prendre sur mon temps libre pour téléphoner un peu partout afin d’organiser un voyage dans ma région pour emmener les étudiants découvrir du pays, et que je le fais uniquement parce que je suis motivée ? Aristote, Hegel ou Marx, qui ont tous les trois questionné la notion de travail, vous en parleront sûrement mieux que moi…

On peut s’investir à différents degrés, selon ses possibilités et les besoins de l’association. J’y consacre environ une heure par jour lorsqu’il n’y pas de gros projet en cours, sinon ça peut aller jusqu’à trois ou quatre heures, sans compter les réunions ! Mais la plupart du temps, ça se résume à consulter ses mails et les nouveaux messages sur le groupe Facebook qu’on utilise pour communiquer.

Chacun parle un peu des projets en cours, on donne son avis, on prend des décisions, on donne ses disponibilités pour les différentes activités, et tous les mardis soirs on se retrouve pour la réunion hebdomadaire avec tous les bénévoles. Pendant plusieurs mois, j’ai également fait partie du bureau, et là il y a un peu plus de boulot : on se retrouvait presque tous les dimanches soirs pour des réunions durant quatre à cinq heures, et croyez-moi, on était capables de débattre très longtemps sur de tout petits détails !

Maintenant que je travaille, c’est souvent le soir que je prends le temps de faire tout cela, et le week-end quand j’ai besoin de me pencher sur de plus gros projets. Il m’arrive parfois de devoir passer des coups de fil pendant ma pause de midi parce que je dois joindre un service de la mairie qui n’ouvre qu’un jour par semaine, mais quand je suis au travail, je ne mélange pas les deux. On arrive toujours à se débrouiller !

Aujourd’hui, je sais que je devrai bientôt quitter cette association pour des raisons géographiques (une nouvelle formation en septembre m’attend dans une autre ville où il n’y a pas de section ESN), mais je ne pourrai jamais oublier tout ce que j’ai accompli avec ces bénévoles pendant plus d’un an.

En plus d’avoir découvert tout un tas de conseils utiles et d’idées géniales pour de futurs projets, j’ai rencontré plein de gens formidables qui, bien plus que des collègues, sont vraiment des amis. C’est fou comme des envies communes peuvent rapprocher les gens (là, c’est le moment où je deviens Bisounours, allez-y moquez vous !).

We are the woorld, we are the childreeen…

Si vous hésitez à vous engager dans une association… n’hésitez plus ! Je pense vraiment que vous avez tout à y gagner. Si vous êtes motivé-e, il suffit d’un peu de temps libre, et ça peut vous faire découvrir plein de nouvelles façons de travailler en équipe, ce qui vous sera forcément utile !

Pour aller plus loin…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Luniiie
    Luniiie, Le 31 mai 2014 à 0h10

    Salut à toutes !

    Je suis quand même suuper contente qu'un article comme ça ait été créé, parce que le bénévolat, ça peut juste être caaarrément trop cool quand même !

    En fait, j'avoue que j'ai presque été étonnée par le début de l'article, parce que pour moi ça fait partie du quotidien et du fil normal: je ne suis pas Mère Theresa, très loin de là, mais je suis en école de commerce ! Et autant dire que c'est L'ENDROIT où il y a une foule d'assos étudiantes bénévoles.

    Alors on a tous entendu de celles qui sont pour organiser des soirées à l'école, du bar, de l'asso d'art etc, mais il y a aussi des assos plus "humanitaires", comme celle dont je fais partie depuis bientôt deux ans !

    Mon asso s'appelle CHEER UP!, elle a été créée en 2003 à Lille et à Paris, dans deux écoles de commerce, par deux anciens prépas, deux meilleurs amis, et l'un d'eux a été atteint de cancer pendant sa prépa, et il dit encore aujourd'hui que ce qui l'a fait continuer, ce qui l'a fait vivre, c'était son projet de créer sa propre entreprise.

    Du coup, en arrivant en école, ils ont créé chacun dans la leur une asso CHEER UP!, qui vise à aider les jeunes patients, entre 15 et 29 ans, qui sont isolés au milieu des petits vieux (désolée pour eux mais c'est la réalité malheureusement) dans les services hémato, et qui aimeraient bien que d'autres jeunes, qui comprennent leurs préoccupations de jeunes, viennent les voir et les aident à mener des projets qui leur tiennent à coeur.

    ça fait maintenant dix ans que l'asso existe, elle a essaimé dans toute la France, c'est à ce jour la seule fédération ayant ce but, elle est soutenue par tout un tas d'organismes et c'est juste géniaaal de bosser dedans !

    Pour expliquer un peu, donc ce ne sont que des étudiants qui forment le gros des bénévoles, et après, plus tu vieillis dans l'asso, plus tu peux avoir envie (et même quand tu te sens pas un vieux de la vieille) de prendre des postes, soit au sein de ton antenne, soit au sein de la graaande famille fédération CHEER UP!

    Et pour revenir plus au passage "le bénévolat c'est trop cool", ben carrément ouais !
    Le bénévolat, ça responsabilise, quand on gère un budget, quand on gère des équipes, des timings, des plannings, des lieux, quand on a des papiers à demander à l'administration de la ville, de l'école, de l'hôpital, etc etc, ben ça fait un peu grandir.
    De même, ça permet de s'investir dans quelque chose qu'on croit utile, qu'on fait parce que ça nous fait plaisir de donner du temps pour les autres. Et ça permet aussi énormément d'avancer. Un simple exemple: quand je rentre dans une chambre d'hôpital, avec ma blouse, ma charlotte, mes surchaussures et mes mimines propres comme jamais, que je vois un autre jeune en face de moi, le même mais avec des tuyaux un peu partout, et un sourire à tomber parce qu'il est content d'avoir de la visite, je réduis un peuuu l'importance de ce salaud de caillou dans la chaussure qui m'a fait mal toute la matineé ou de ma note en finance (je suis nulle en finance, vraiment nulle, non mais vraiment).

    Personnellement, j'ai bossé comme Responsable de Comm' dans mon antenne, comme Responsable Hôpital (relations et organisation des visites aux jeunes), j'ai fait le recrutement des petits nouveaux qui remplacent les anciens qui doivent s'en aller, et je suis au pôle démarchage de la fédération, pour récolter des fonds pour faire fonctionner la machine.
    Donc ça m'a pris beaucoup de temps, beaucoup d'énergie, parfois j'ai passé des nuits blanches aprce que j'étais passionnée, mais je l'ai choisi à chaque fois.

    PS: ça fait hyper bien sur un CV de montrer qu'on sait s'occuper d'autre chose que son nombril (de toute façon, le mien est moche)

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