Barbey d’Aurevilly était un dandy. Et toi, t’es dandy ?

Oui, je sais, c’est les vacances, me voilà qui te ressers une page sur la littérature. Non, merci, me diras-tu… Mais là, où je risque de piquer fort ta curiosité c’est qu‘il existe quelques liens entre la mode et la littérature. Et ouais, qui l’eût cru ? L’idée a jailli un jour alors qu’une madmoZelle […]

Barbey d’Aurevilly était un dandy. Et toi, t’es dandy ?

Oui, je sais, c’est les vacances, me voilà qui te ressers une page sur la littérature. Non, merci, me diras-tu… Mais là, où je risque de piquer fort ta curiosité c’est qu‘il existe quelques liens entre la mode et la littérature. Et ouais, qui l’eût cru ? L’idée a jailli un jour alors qu’une madmoZelle sur le forum m’a demandé « Mais Albertine, c’est qui le mec dont tu es fan, dans ta signature ? ». De là est née ma fameuse mission. Je ne pouvais en rester là. Il fallait que je t’en dise un peu plus sur le fameux dandy Barbey d’Aurevilly.  

Un dandy, c’est quoi donc ?

dandysme« Comme elle trouve que la vie est triste à dormir…cet air que rien n’a d’importance, c’est de l’élégance. Dandy. » (Souchon)

Non, 1830, ce n’est pas si loin. Et puis, c’est un terme anglais et je connais bien ton amour pour l’Angleterre. Dandy désigne alors une mode vestimentaire et esthétique, très raffinée, puis une attitude. Une seule règle : l’impertinence ! C’est donc l’anglais George Brummell qui est venu influencer Barbey en exerçant son ascendant sur la jeunesse dorée, les intellectuels et les artistes de Londres grâce à son élégance et son esprit.

Élégance matérielle, une heureuse et audacieuse dictature en fait de toilette, qui poussent le raffinement jusqu’aux exigences les plus audacieuses. Faire râper ses vêtements avant de les porter ne date donc pas d’hier ! Un brin d’impertinence, un souci de provocation, se faire remarquer en somme, c’est un peu rester dans la lignée d’une tradition libertine. Être libre par la posture vestimentaire et l’afficher. Le dandy doit produire l’imprévu, rechercher l’originalité, ne s’étonner de rien et marquer l’ironie. C’est là que l’habit entre en jeu… 

Je sais que pour toi, la lecture des romans du 19ème siècle rime trop souvent avec la longueur (parfois soporifique, j’en conviens/je peux comprendre/je ne comprends pas trop/je ne comprendrai jamais) des descriptions, tu dois savoir que la parure vestimentaire qui touche tant de personnages n’est pas un motif esthétique aussi léger qu’il n’y paraît : les détails sur l’apparence des héros qui structurent parfois une histoire et peuvent participer à l’intrigue, sont certes tout droit sortis de la tête de leur auteur pour mettre en route ton imagination, mais limiter les romans de l’époque à ça serait bien trop réducteur… derrière ces détails se glisse en fait une volonté de peindre la réalité et l’Histoire. Et l’habit, c’est l’indice, le signe idéal pour « dire » ce que n’exprime pas forcément par la parole, la société et les êtres qui la composent. Dans la création littéraire, la description des parures « parle » aussi à la place de ces hommes et de ces femmes. Alors entre la volonté de produire l’« effet de réel » si cher à la ronde des Flaubert, Zola et Balzac et un moyen d’affirmer sa personnalité, il est grand temps de zoomer sur Barbey D’Aurevilly !  

Et Barbey, c’est qui ? 

Drôle de coïncidence,  Barbey d’Aurevilly est aussi normand que le créateur Christian Dior. Il né à Saint-Sauveur le Vicomte en 1808 dans une famille foncièrement attachée aux valeurs monarchiques et catholiques, et donc foncièrement étrangère aux changements de la société et au progrès. A Rebours de son temps comme dirait Huysmans (des Esseintes, le héros du livre, possède un exemplaire des 6 nouvelles Diaboliques aurevilliennes dans sa bibliothèque ! ), il est tenté par les idées libérales, mais sa nostalgie pour la monarchie finissent par avoir raison de son art.  

barbey d'aurevilly
Louis la Brocante, père et fils.

Les Memoranda ou le rite « habillé, sorti »  

En pleine période romantique, afficher son mépris du bourgeois c’est un topos, un lieu commun et la mise vestimentaire est un moyen de le signifier. En poésie, Baudelaire a pris la place qu’on lui connaît, et d’ailleurs les deux hommes sont contemporains (et s’apprécient !)
Pour saisir la place de la parure dans le quotidien de Barbey c’est dans ses mémoires, écrits intimes et lettres, qu’il faut d’abord se plonger. L’Ennui, ce « Mal du siècle » explique sans aucun doute cette obsession pour le paraître et fonderait le rituel noté dans son journal intime : « habillé, sorti ». Mieux encore, se faire comprendre d’autrui, c’est composer volontairement un ensemble de codes vestimentaires à la hauteur de l’esprit et du mécontentement du jour en question. Contre le Spleen, Barbey lutte avec une mythologie bien personnelle, un univers intérieur qui lui permet, sinon de mieux supporter son temps, au moins d’exprimer sa nostalgie du Passé.  

Le dandysme, une forme de communication non verbale grâce à l’accessoire vestimentaire  

Quand tu te promènes dans la rue, il t’arrive parfois de rencontrer sur ton passage des inconnus qui te confronte à un message transmis par sa manière de s’habiller. Pour les sociologues, l’habit permet une communication silencieuse avec autrui : ton dressing room en est un bon exemple ! 
Barbey a eu très tôt conscience, bien avant les sociologues, de ce que le vêtement et ses accessoires pouvait apporter en terme de communication : être un langage et former un syntaxe muette dont la forme, la couleur, l’étoffe seraient les éléments constitutifs. Il n’est donc pas nouveau de concevoir la mode comme chargée d’un sens profond.  

L’accessoire préféré du dandy, c’est le gant !  

« Beaucoup d’amis, beaucoup de gants, de peur de la gale » (Charles Baudelaire) 

Grâce au gant, Barbey signale une frontière entre lui et le monde. Cet accessoire rend notre auteur intouchable car il lui confère une caractère de solitaire, étranger à tous. Symbole de barrière et donc de son opposition face à la société de son temps. Pour le dandy nostalgique des valeurs anciennes, le gant c’est l’apanage d’un code permettant de se mettre à distance et de ritualiser sa relation à autrui. On pouvait donc lire le message : « Ne me touchez pas » 

Le dandy déteste la promiscuité physique et prouve par le gant sa répugnance à toute forme de contact social. Le gant transgresse les règles de sociabilité : il devient « l’accessoire dandy hautement symbolique d’une main oisive, élégante, luxueuse et sans chaleur . »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Malaussène
    Malaussène, Le 28 août 2009 à 17h22

    De lui, je n'ai lu que Les diaboliques. Assez récemment d'ailleurs, juste après avoir dévoré A rebours.
    En tout cas, l'article et les commentaires de certaines m'ont donné envie de creuser un peu plus le sujet.

    Merci à vous (:

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