Babet, l’interview

Babet ne connaît pas madmoiZelle.com. Qu’importe ! On lui pardonnera volontiers, d’autant que pour être parfaitement honnête, la réciproque s’avérait exacte encore 48 heures avant notre entrevue. Boulette de chez boulette : à l’écoute de ses exquises comptines, j’étais complètement passée à côté d’un fait primordial. La jeune femme haute comme trois pommes que j’étais […]

Babet, l’interview

babetBabet ne connaît pas madmoiZelle.com. Qu’importe ! On lui pardonnera volontiers, d’autant que pour être parfaitement honnête, la réciproque s’avérait exacte encore 48 heures avant notre entrevue. Boulette de chez boulette : à l’écoute de ses exquises comptines, j’étais complètement passée à côté d’un fait primordial. La jeune femme haute comme trois pommes que j’étais sur le point de rencontrer n’était autre que… la violoniste du groupe Dionysos.

Ca la fout mal ? Peut-être pas tant que ça, puisque cette omission m’aura permis de partir à la découverte de ce premier album solo à l’aveuglette. Et, à la manière d’un chercheur d’or, j’ai trouvé une pépite… L’esprit vierge de toute comparaison avec le groupe de Mathias Malzieu.

Drôle d’oiseau : un titre à propos pour un opus taillé sur mesure par et pour celle qui incarne ses quinze chansons. Ce disque, c’est PJ Harvey (merci la production rêche, brute, flamboyante – le feu et le bois) et An Pierlé pour la douceur et les acrobaties lyriques qui convergent à la croisée des chemins. Drôle d’oiseau aussi, parce que Babet n’est jamais là où on l’attend, et notamment quand elle se réapproprie la langue de Shakespeare…

Passé/Présent/Futur, la vie de mademoiselle sur la route et, en filigrane, les « garçons », comme les appelle cette femme-enfant : tels sont les quelques thèmes que nous avons évoqués lors de cette interview… Bizarrement, quand je me suis repassée l’enregistrement, j’ai été étonné de la persistance du chœur de piafs, de l’autre côté de la cour. Le hasard n’existe pas.

madmoiZelle.com : L’album sort au moment où Dionysos fait un break d’un an : ça veut dire qu’il n’y a jamais de repos pour Babet, en fait ?
Babet :
On peut dire ça, oui (rires)… C’est vrai que j’aurais très bien pu partir en vacances, mais il y a des moments, comme ça, dans la vie, où on n’a pas envie de se reposer. Moi, pour l’instant, je veux vivre les choses à fond : j’ai plein d’idées, de projets… Et puis en plus, j’ai trouvé des gens – le label, une manageuse, tout un tas de personnes qui n’étaient pas dans mon univers avant – qui me permettent d’être en liberté. Ils ont vachement confiance en moi, ils sont hyper motivants… Dans ces cas-là, tu ne peux qu’aller de l’avant !

madmoiZelle.com : Tu as commencé la musique très jeune [par l’apprentissage du violon dès l’âge de cinq ans, ndlr]… C’était quoi, l’ambiance, à la maison ?
Babet :
J’ai deux parents qui ne savent pas jouer d’instrument, mais qui sont mélomanes. Je pense qu’ils aimaient beaucoup leurs trois filles… Quand j’étais enfant, il y avait cette demande constante à ce qu’on s’exprime : mes deux grandes sœurs et moi, on a toujours été poussées dans ce sens-là. Elles ont appris le piano… Par opposition, je me suis mise au violon (rires) ! Le dimanche, je chantais le gospel avec ma mère – qui est allemande – dans une église évangéliste. En Allemagne, dans certaines familles, c’est la tradition qu’on demande aux enfants, pour certaines fêtes ou des anniversaires, de faire un spectacle. En fin d’année, je me retrouvais toujours sur scène à chanter des chansons… J’ai été élevée là-dedans, c’est un truc qui m’a bercée.

Quand j’ai réalisé que je venais de passer 10 ans au sein de Dionysos, je me suis demandé : « Mais alors, je suis devenue qui ? Qu’est-ce que ça m’a appris, ces dix années ? ». Je voulais savoir de quoi j’étais capable, seule. Je me disais : « Mais c’est qui, Babet ? »

madmoiZelle.com : En écoutant l’album, on a l’impression qu’il y a de ta part une volonté farouche de tout jouer – ce qui est d’ailleurs le cas, à une exception près, la basse. On serait presque tenté de dire que tu as tout fait « toute seule comme une grande »…
Babet :
Oui, c’est vrai. Je viens de passer dix ans au sein de Dionysos (que je ne quitte pas, d’ailleurs !). On a vécu des moments très forts, intenses, et puis mes 29 ans sont arrivés. À l’époque où j’ai intégré le groupe, j’en avais 19. Je n’ai rien vu passer ! Quand j’ai réalisé ça, je me suis demandé : « Mais alors, je suis devenue qui ? Qu’est-ce que ça m’a appris, ces dix années ? » J’avais été portée, bercée par les Dio… Je voulais savoir de quoi j’étais capable, seule. Je me disais : « Mais c’est qui, Babet ? » En fait, ce disque, c’était comme un challenge.

madmoiZelle.com : Et alors, c’est qui, Babet ?
Babet :
Eh bien, c’est un peu tout ce qu’il y a dans l’album : une fille qui vit dans l’intense, qui est tombée amoureuse, qui a souffert, qui a connu des moments très heureux mais qui, surtout, se pose plein de questions… Tout le temps ! Plus ça va, plus je m’interroge. Sans jamais vraiment trouver de réponse. Je ne suis bien que là, dans ce questionnement. Et puis, j’ai constamment besoin d’avoir la sensation que c’est « le saut dans le vide ». Il fallait que je fasse ce disque pour m’en rendre compte.

babet new-york

madmoiZelle.com : Il y a quelque chose de très frappant, dans tes chansons, c’est le rapport à l’enfance. Si on devait résumer cet album en un mot, est-ce que ça pourrait être « innocence » ?
Babet :
Je me retrouve dans ce terme-là, parce que c’est un peu quelque chose que je recherche, tout le temps. J’adore être dans la surprise, l’émerveillement… Par contre, je ne suis absolument pas nostalgique de l’enfance : j’étais beaucoup trop seule, c’était pas super drôle. Je ne sais pas ce que c’est que de partir en vacances avec ses parents, par exemple. Les miens bossaient tout le temps… Mais j’ai énormément appris de cette période, j’y ai puisé quelque chose : à travers cette solitude, je me suis cultivée. J’ai beaucoup lu – les livres de mes sœurs, en particulier, qui ont huit et neuf ans de plus que moi. En fait, je suis ravie de vivre à l’âge que j’ai !

madmoiZelle.com : Il y a des cartes sur le visuel de l’album, où il est aussi question d’un marin… Babet, c’est une marine ou une terrienne ?
Babet :
Je pense que je suis davantage une terrienne. Une terrienne nomade, tu vois ? Je ne suis jamais fixe, je ne tiens pas en place. J’ai dû être nomade dans une autre vie… D’ailleurs, on me l’a déjà dit : quand j’étais môme, une vieille gitane l’avait lu dans ma main. D’après elle, j’avais été caravanier. À l’époque, je ne savais même pas ce que ça voulait dire, mais des années plus tard, j’ai appris… Et là, je me suis rendu compte que c’était toujours le cas ! Je suis tout le temps dans un bus, en tournée. C’est quand même très proche du nomadisme, tout ça…

madmoiZelle.com : D’où le besoin de fixer des choses pour l’éternité ?
Babet :
Oui. C’est un peu mon seul point de repère, cet album. Parce que là, je me suis retournée – chose que je ne fais jamais. J’avais besoin de poser une pierre pour avancer, tourner une page pour écrire un nouveau chapitre… Ce disque, c’était faire un bilan. C’est comme la carte du Tendre [jeu de salon inventé au XVIIème siècle, ndlr], cet itinéraire que l’on trace en lançant des dés : on passe de pays en pays, et on découvre ce qu’est l’amour… Ce qu’est la vie, finalement. En Belgique, on m’a souvent dit que mon album faisait penser à la carte du Tendre. Et effectivement, on est dans quelque chose de très initiatique, mais d’itinérant, aussi : on passe, on regarde, on apprend, on continue…

madmoiZelle.com : Est-ce qu’on peut parler d’une forme d’émancipation par rapport au groupe ?
Babet :
Certainement, puisque je prends mon envol par moi-même… Mais il y a beaucoup de choses sur ce disque que j’ai aussi apprises grâce au groupe – ça, il ne faut pas l’oublier. Même dans cette aventure solo, je suis intimement liée aux Dio : c’est notre expérience commune qui me permet, un temps, de m’éloigner d’eux. Tu comprends ? En fait, l’album, c’est une espèce de marchepied pour aller plus loin : c’est ce qui me permet d’avancer, de m’épanouir, de voir pour quoi je suis faite. Je crois que je vis une époque charnière, en ce moment.

madmoiZelle.com : Parce que tu as 29 ans, que tu approches la trentaine ?
Babet :
C’est possible… Mais après tout, la trentaine, est-ce que c’est vraiment si important ? Pour moi, oui, peut-être. Ça peut être un cap. Des décisions très importantes vont être prises dans les années à venir, je le sens. Quelque chose de nouveau se profile (sourire gourmand)…

madmoiZelle.com : Ce grand chambardement, tu t’y attendais ?
Babet :
Ah non, pas du tout ! Je ne projette jamais rien. Je trouve ça plus intéressant de prendre les choses comme elles viennent. Du point de vue des émotions, c’est beaucoup plus fort…

madmoiZelle.com : Mais ça peut aussi être très douloureux, non ?
Babet :
Oui, mais moi, j’aime bien être malheureuse (rires) ! Le romantisme, se faire des petites entailles, c’est un peu le luxe des gens heureux… Les gens vraiment malheureux, s’ils le pouvaient, ils s’en passeraient bien. Sauf que moi, non. J’ai ce luxe-là, donc je me fais du mal mais parce que ça me fait du bien (rires) !

Les garçons…

Quand tu es entourée de garçons pendant dix ans, tu deviens femme un peu plus tard… et puis à un moment donné, tu sens qu’il manque un truc : tu as envie de mettre des robes sur scène, de ne plus partager ta chambre…

madmoiZelle.com : Ça fait quoi de passer dix ans entourée de garçons, en tournée ?
Babet :
Je dirais que tu deviens femme un peu plus tard. Comme tu te construis avec eux, tu oublies beaucoup de ta féminité : tu t’habilles comme eux, tu essayes de penser comme eux, tu fais tout comme eux, tu rentres totalement dans le groupe… Et puis, à un moment donné, tu sens qu’il manque un truc : tu as envie de mettre des robes sur scène, d’arrêter de partager ta chambre… En fait, je crois que je me suis sentie femme vers 23/24 ans – hyper tard !!! C’est à ce moment-là que j’ai dû commencer à me maquiller. Avant, c’était tout « nature », jamais de crème, au savon… Comme les garçons, quoi !

madmoiZelle.com : Tu te sentais davantage « fille » avant de rentrer dans le groupe ?
Babet :
Non. À 19 ans, j’en paraissais 15… Et comme, en plus, je m’habillais comme un garçon, je peux te dire que je faisais vraiment gaminette ! Avant Dionysos, j’étais une enfant, un tout petit bout – un petit truc curieux de tout qui avait envie de faire plein de choses mais qui savait pas trop quoi, en fait. J’attendais de voir ce que la vie allait me proposer. J’ai jamais voulu particulièrement faire de scène, je me destinais plus à la philosophie ou à la peinture… Ma rencontre avec Mathias [le chanteur de Dionysos, ndlr], elle est liée à ce qu’on appelle le destin ou le hasard. La première fois que je l’ai vu, c’était devant la gare de Montpellier. Il discutait avec mon ex-premier grand amour, à qui je suis allée dire bonjour. Après, ma vie a changé…

madmoiZelle.com : Ça ne t’a jamais manqué qu’il n’y ait pas d’autre fille, dans le groupe ?
Babet :
Ben non. Ça me faisait quand même une petite place privilégiée ! Ça m’allait bien parce que, que ce soit à l’école ou chez moi, j’ai toujours été la benjamine, la fille originale, décalée… D’autant que je pesais 40 kilos de plus ! J’étais une enfant obèse – mais un truc, mais ÉNORME !!! D’ailleurs, j’ai commencé à perdre du poids quand je me suis intéressée aux garçons. C’est pour eux que je me suis mis à maigrir – si j’avais pas eu envie de tomber amoureuse et qu’on m’aime, je serais restée très, très grosse… En fait, j’ai grandi avec des hommes. Etre entourée de filles, pour moi, c’est tout nouveau – les soirées à discuter entre nanas, jusqu’à ces derniers mois, je savais pas du tout ce que c’était !

madmoiZelle.com : La vie de groupe d’un point de vue féminin, pour toi, ça ne se posait pas…
Babet :
Non. Il n’y avait pas de place pour ça : rien que dans la plupart des salles, les toilettes hommes/femmes, ça n’existait pas. Moi, pour ne pas déranger tout le monde, c’est là que je me changeais. Ça n’a pas toujours été très glamour, d’ailleurs (rires)… En fin de soirée, quand tout le monde y est passé, tu fais : « Waouh, je les pose où, mes fringues ???!! » À cette époque, le féminin en tournée n’avait pas sa place.

Moi, je suis pas concurrente de l’homme, je suis plus sa complice. Je n’ai pas besoin de faire ma place : il me la donne, il me laisse être, de toute façon. Les mecs, c’est mes copains
de toujours.

madmoiZelle.com : Il faut la faire, sa place, en tant que fille ?
Babet :
Ça dépend de ton caractère… Moi, je suis pas concurrente de l’homme, je suis plus sa complice. Je n’ai pas besoin de faire ma place : il me la donne, il me laisse être, de toute façon. Les mecs, c’est mes copains de toujours. Ils m’ont vraiment beaucoup donné. Tout à l’heure, quand je te disais que j’étais obèse et qu’en fin de compte, j’avais commencé à maigrir pour plaire aux garçons, ça prouve bien qu’ils m’ont fait un bien fou ! J’étais un peu « Freaks », quelque part – j’ai toujours été un peu « Freaks ». Je le suis de moins en moins en grandissant, je m’adapte mieux à tout le monde, mais à l’époque, c’était flagrant ! Les autres filles, elles étaient beaucoup plus « dans le moule ». Moi, j’avais une richesse intérieure, une originalité qui faisaient que les garçons venaient vers moi…

madmoiZelle.com : Tu étais dans la séduction grâce à cette différence ?
Babet :
Oui ! C’est ce qui fait que « j’accrochais », en fait. Bon, il a bien fallu que je les perde, mes 40 kilos, mais quand j’ai réussi à avoir un physique à peu près potable (rires), je suis arrivée à séduire pour de bon… Et puis, les garçons me racontaient tout : je connais très, TRES bien la psychologie masculine. Dans le domaine, je suis hyper calée (rires) !!! C’est pour ça que j’adore les hommes. Parce que je les connais.

madmoiZelle.com : Alors, c’est fichu comment, un homme, justement ?
Babet :
(Rires) Ah, mais ils sont tous différents !!! Faut mettre le doigt sur leurs petites fissures, leurs faiblesses… Le plus important, c’est de trouver comment faire marrer celui qui est en face de toi. Parce que du moment que tu l’amuses et que tu l’attendris, tu as pratiquement tout gagné. Du moment que tu n’es pas en compétition, que tu n’es pas en guerre, que tu es là pour l’amuser, ça flatte son ego de mâle (Elle se marre)… Et là, t’as TOUT gagné.

madmoiZelle.com : Du coq à l’âne… Pourquoi ce titre, “Drôle d’oiseau” ?
Babet : Quand j’ai cherché un nom pour l’album, c’est la première expression qui me soit venue à l’esprit. Plus tard, en y réfléchissant, je me suis rendu compte que depuis huit ans, à côté des autographes, je dessinais un drôle d’oiseau. Pour moi, ce « drôle d’oiseau », il avait du sens. Il était là depuis tellement longtemps, à chaque fois différent : des fois c’est une cocotte, des fois il a des ailes bizarres, des fois il a la patte cassée qui part sur le côté… Il ne dit rien, il se met à côté de Babet quand je signe. Mais maintenant, je me pose la question de sa nécessité – comme si je n’avais plus besoin de le faire. Comme si, maintenant qu’il a son temps de parole sur scène et sur disque, il n’a plus besoin d’être à côté de mon nom sur la feuille quand je signe…

madmoiZelle.com : Comme si tu t’étais trouvée ?
Babet :
Peut-être…

madmoiZelle.com : Au fait, c’est quoi, pour Babet, être une mademoiselle en 2007 ?
Babet :
C’est être une fille libre, quelqu’un qui est aimée et qui, du coup, a confiance en elle… Quelqu’un qui ose rêver. Et qui ose y croire ! Moi, je continuerai à rêver durant les dix prochaines années.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Il n'y a pas encore de commentaire