« Je ne te l’avouerai jamais, mais… »

On a été élevées dans le culte de l’honnêteté. D’accord. Mais aussi dans la religion de la politesse, et parfois ça coince. Il y a plein de petits détails qu’on aimerait bien porter à la connaissance de son mec, pour l’améliorer, ou juste pour qu’il soit au courant… mais si on leur disait, on serait […]

« Je ne te l’avouerai jamais, mais… »

On a été élevées dans le culte de l’honnêteté. D’accord. Mais aussi dans la religion de la politesse, et parfois ça coince. Il y a plein de petits détails qu’on aimerait bien porter à la connaissance de son mec, pour l’améliorer, ou juste pour qu’il soit au courant… mais si on leur disait, on serait passibles de la Cour Suprême de Protection des Individus Mâles, qui pourrait nous condamner à manger des burgers allégés.

Donc on la ferme. Donc évidemment, au bout de six mois, le minuscule secret est devenu une bombe atomique à retardement qui attend de s’écraser sur le pauvre garçon avec la grâce de boulets de napalm infusés aux radiations prélevées sur des cadavres de porcs de Tchernobyl.

Généralement, c’est le moment où on rompt. Le mec ne comprend jamais pourquoi. Il traîne votre relation comme un boulet pour le restant de ses jours, incapable de comprendre par quel mystère vous avez claqué la porte. De votre côté, vous ruminez la honte de n’avoir jamais pu lui dire que…

… que…

… (écoutez bien, chers ex, tout est là)…

– Tu as mauvaise haleine.

Je cuisine beaucoup à l’ail + oignon, je pensais que le problème était conjoncturel. C’est facile d’accuser la bière, le fromage, les matins. Il a fallu se rendre à l’évidence au bout de quelques semaines : même juste après s’être brossé les dents, il avait mauvaise haleine. Impossible de dire un truc pareil. IMPOSSIBLE. Je ne lui ai jamais dit.

– Je déteste ton accent.

Au début, l’accent belge, je trouvais ça trop mignon. Au début. Après deux mois, il a fallu que je parte. On ne peut pas reprocher à quelqu’un son accent, ça ne se fait pas, surtout quand on a prouvé qu’on tolérait parfaitement l’allemand et le danois. Ici, je m’excuse auprès des lectrices belges. Je vous aime mais si vous venez de Tournai, on ne pourra sans doute pas coucher ensemble. Désolée.

– Tu as une petite bip.

Le mec était au courant, je n’ai jamais eu besoin de le lui signaler. Mais je l’ai quand même pensé très très fort.

– Tes parents me font peur.

La seule dérogation pour insulter la famille, c’est quand le copain a lui-même commencé. Or celui-là s’entendait très bien avec ses parents. Pas moi. En fait, son père me faisait particulièrement flipper, je le soupçonnais d’enterrer des petits chats dans le jardin et de poster des vidéos de leur noyade sur fetichistedelanoyadedechats.com.

– Tu as des goûts de chiottes.

Normalement c’est à peu près envisageable de faire passer le message. Sauf si, comme moi, on a ENCORE PLUS des goûts de chiottes. J’arrive à garder un niveau décent en cinéma (notamment parce que je ne fous jamais les pieds au cinéma) mais je suis imbattable sur la mauvaise musique et, quand personne ne regarde, je prends des photos des décorations de restaurants chinois.

– Tu es trop gros.

Je détesterais qu’on me le dise. Mais il faut croire que je fais prendre du poids aux garçons, sans l’excuse de tomber enceinte, de prendre la pilule ou d’arrêter la clope. La situation est embarrassante quand tu commences à ne plus reconnaître la personne. Enfin, je n’ai jamais rien dit, et je ne les ai pas quittés. Du moins pas pour ça.

– Tu ne me feras pas jouir comme ça.

Expliquer à un garçon que même dans la position de la girouette ça ne marchera pas, parce qu’il n’appuie pas sur le bon bouton, c’est embêtant. Comme je ne compte pas m’embêter à simuler mais qu’un cours de clitoris serait perçu comme humiliant, j’attends que le mec s’en rende compte. Jusqu’ici ça n’a jamais pris plus de deux mois. Patience.

– Arrête de te la jouer devant tes potes.

De temps en temps, le mâle de l’espèce humaine ressent le besoin d’arracher son tshirt, de descendre un pack de bières et de courir en cercle en beuglant. On sait, nous, qu’il déteste la bière et qu’il préfère le Chardonnay. On sait aussi que c’est nous qui lui avons expliqué ce qu’est un hors-jeu. Mais son honneur mâle étant menacé, on veillera à rire sous cape et ignorer ces manifestations d’ultra-virilité.

– Je voudrais mettre ta libido sous tranquillisants.

On ne doute pas que ce soit un signe de bonne santé mais comment dire, on a déjà fait l’amour deux fois ce matin, trois fois hier et tous les jours depuis qu’on a emménagé ensemble. Ce qui signifie que sauf si on a soi-même une libido de folie, là, on est contente, c’est bien, on prendrait bien le temps de recharger les batteries. Non ? Non ? Et merde.

– Je reste avec toi par désespoir / par flemme / en attendant de trouver mieux.

Même si ça arrive plus souvent qu’on ne le pense. Même si parfois, mieux vaut mal accompagnée que seule – peu importe nos raisons, bonnes ou mauvaises, cette tragique vérité ne se dit pas.

Évidemment ce sont des choses culturelles. Ici ( = au Danemark), les gens n’ont aucune pitié et je saute légèrement au plafond en entendant ce que les gens se balancent en pleine tête. Peut-être qu’un jour je deviendrai une viking qui tire ses vérités au lance-roquettes, mais en attendant je reste bien Française… et donc un peu menteuse.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Eiri
    Eiri, Le 5 février 2012 à 20h26

    moi c'etait pas un mec avec qui j'étais réellement en couple, mais premier baiser....... HORRIBLE :sick2:
    j'ai pas pu le revoir après ca, il l'a mal prit, mais j'ai jamais pu lui dire pourquoi.

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