Chroniques d’une fille qui aime (un peu) trop manger

Sophie-Pierre Pernaut aime bien manger. Un peu trop, puisque la nourriture rythme ses journées et va même jusqu'à modifier son comportement. En voici la preuve.

Chroniques d’une fille qui aime (un peu) trop manger

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé manger, mise à part pendant une petite période de la douce adolescence qui pue. Mon amour de la nourriture remonte à très, très loin. Quand j’étais toute petite j’ai vite délaissé les menus pour enfants, pour faire comme les grands, avant de réaliser qu’on nous prenait vraiment pour des jambons, en tant que gosse.

Non mais je veux dire : même dans un restaurant de relativement bonne qualité, on sert très souvent aux petits un steak haché nul accompagné de quelques frites OU des pâtes au jambon. Qui a envie de ça ? Quel genre d’être humain préfèrerait ça à une assiette colorée remplie d’aliments qu’on n’a encore jamais goûtés ?

Mes parents m’ont très vite laissée choisir mon plat : je demandais, avant de savoir lire, à ce qu’on m’explique les choix sur la carte du restaurant et je m’enquérais auprès d’eux de savoir si tel ou tel truc allait me plaire. Et pour me plaire, ça me plaisait ! Beaucoup plus que les regards surpris des serveurs à qui je passais ma commande, en tout cas. Ce même regard qui s’étonne aujourd’hui que ce soit toujours moi qui prend la grosse pinte quand les mecs avec qui je suis en terrasse préfèrent un cocktail.

SHUT UP AND TAKE MY COMMANDE !

Depuis, l’amour du bon manger ne m’a pas quittée. Et ça présente son lot d’avantages comme d’inconvénients.

Manger seule n’est pas un problème

Plein de gens avec qui j’ai discuté de ça en arrivent à la même conclusion : ils détestent manger seul-e. Ça va de « moi quand je suis tout seul pour un repas j’oublie de manger » à « franchement c’est tellement triste de bouffer en tête à tête avec la télé, ça me gâche mon plaisir ».

Je mets ces citations que je trouve fort tristes sur le compte des films, séries et chansons en tout genre qui déplorent la solitude avec tellement de force que ça implante dans l’esprit de nombreuses personnes cette idée qu’on ne profite d’un plat que quand on le partage avec autrui.

J’aime bien manger avec des gens, mais manger seule c’est aussi vachement bien (et c’est dire parce que la solitude, moi, j’aime vraiment pas ça). Tu peux choisir exactement le plat que tu veux sans avoir à débattre pendant des plombes avec autrui tandis que ton ventre grogne pour savoir s’il a plus envie de se faire livrer des sushis ou un curry. Tu peux lancer la série que tu veux ou juste profiter du silence sans te triturer la tête pour trouver un sujet de conversation (surtout si t’as pas l’appli madmoiZelle). C’est TON moment, et si t’as envie de rajouter des crottes nasales dans ton assiette pour donner du goût, tu peux.

Perso je fais pas ça, mais j’aime bien savoir que la possibilité existe.

Un havre de joie

Chaque repas est un moment de joie pour moi, quelles que soient les circonstances. J’ai passé une journée de merde ? Je me prépare un truc vite fait, genre mon « omelette » préférée (avec des épinards et des gros morceaux d’emmental), et ça me remonte le moral instantanément, au moins le temps de quelques minutes.

Ça veut pas dire que je trouve mon réconfort dans la bouffe (le cliché du pot de glace avalé en pleurant après une rupture comme on voit dans les films ne passe pas par moi, preuve que je ferais un personnage nul). Ça signifie simplement que, le temps de déguster ce que je me suis préparé, je ne pense pas à ce qui me chagrine.

Alors oui, les problèmes reviennent au galop sitôt la vaisselle finie, mais j’ai au moins pris le temps de souffler et ma journée n’est pas totalement fichue. À raison de trois repas de minimum vingt minutes par jour et de six heures de sommeil en moyenne, mine de rien, ça me permet de gagner sept heures sur la déprime. Soit près d’un tiers d’une journée de vingt-quatre heures. C’est déjà ça !

Ça rend un peu à cran

Quand on aime autant la nourriture que moi, il faut savoir s’entourer de gens qui ont la même affection pour tout ce qui passe dans leur système digestif. Il y a quatre ans, je me suis mise en couple avec un garçon génial, mais qui mangeait pour vivre, et pas l’inverse. C’est tout à son honneur et ça aurait pu ne jamais me poser de problème, si on avait un peu plus su s’adapter à l’autre. L’histoire que je vais te raconter est celle de notre plus grosse dispute en trois ans de relation.

On partait de chez ses parents et n’étant pas du genre à fouiller dans le frigo d’une autre famille que la mienne, je lui ai laissé prendre en charge la confection des sandwichs. Grave erreur. Parce que pour moi, le pique-nique sur une aire d’autoroute à base de délicieux sandwichs faits maison, c’est presque mon moment préféré du voyage. Disons que s’il fait un temps pourri une fois sur place, si j’ai perdu tous mes maillots de bain dans les vagues, si les voisins font cramer de l’ail à chaque repas et que je me suis fait bouffer la main par un requin, alors oui, le pique-nique sur la route est le meilleur moment des vacances.

Jusqu’à ce que je ne parte plus en vacances avec mes parents, c’était un rituel : on s’étirait, on sortait la glacière du coffre, on ouvrait nos canettes de Coca, et on retirait les quelques couches d’emballage qui protégeaient notre casse-croûte, humant au fur et à mesure son doux fumet. Je crois que c’est ça, ma Madeleine de Proust : les sandwichs préparés avec amour par mon Papa.

Et mon mec de l’époque, inconscient de cette madeleine-là, avait jeté une tranche de jambon dans un gros bout de pain sans même un peu de beurre et m’avait servi ça, la bouche en coeur. Je me suis sentie mal. J’ai cru mourir de rage. C’était la plus haute trahison du monde et je n’ose imaginer ce qu’ont pensé de moi les autres personnes présentes sur l’aire d’autoroute, en me voyant hurler contre ce garçon parce que le sandwich n’était pas à mon goût.

Ceci est un message pour mon ex, si jamais il passe par là.

J’imagine que leurs remarques commençaient par « dire qu’il y a des enfants qui meurent de faim dans le monde ». Et pour le coup, ils avaient raison, puisque j’ai compris ce jour là qu’il fallait peut-être que je calme un peu mes exigences en matière de pique-nique.

Mais merde, quoi : j’aurais préféré qu’on fasse une panne d’essence en pleine nuit dans la forêt, poursuivis par des vampires, plutôt que ça.

On a le pimpage facile

Ce n’est pas parce qu’on aime manger qu’on a toujours les sous pour se faire péter le bide. J’en suis en tout cas l’exemple. Contre toute attente, non, je ne me fais pas deux restaurants par semaine (sauf si les grosses assiettes de pommes de terre à 5€ que je partage au bar sont considérées comme un restaurant, mais bon, je crois pas).

Alors pour continuer à satisfaire mon estomac en quête perpétuelle du bonheur, j’ai appris à pimper mes plats nuls et tristes, avec l’aide de quelques condiments et astuces en tout genre. Et je vous jure que pour de vrai, les gens aiment bien venir manger chez moi. C’est ce que j’appelle avoir développé mon système B CLLMEFCV (C’est la lose mais en fait ça va). Si ça fait de moi la Bear Grylls de la plaque chauffante ?

Oh, tu me flattes.

À ton tour : qu’est-ce qui te différencie de ceux qui « aiment bien manger, ouais, mais sans plus », à part le fait que ton historique regorge dès 10h du matin de gifs de pizza ?

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 17 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Kyôka
    Kyôka, Le 29 juin 2014 à 16h32

    Je me suis pas mal reconnue dans cet article !
    Je suis littéralement un "estomac sur pattes", la bouffe c'est la vie :bave:

    J'adore aller au resto, mais comme tout le monde, je n'ai malheureusement pas un budget illimité pour ça. Enfin, c'est pas très grave parce que trop de resto tue le resto. Et puis, quand tu ne peux pas y aller, tu peux le faire venir chez toi, si tu aimes cuisiner.
    Le bonheur de sentir les odeurs de ton futur repas en le préparant, ça n'a pas de prix. C'est un peu comme attendre tes cadeaux de Noël, tu comptes les minutes qui te séparent de ton manger en sentant ton bidou danser de joie à la perspective de savourer ce que tu t'es concocté. Cuisiner c'est vraiment un moment de détente où je ne pense qu'à ma recette et au plaisir de manipuler les aliments pour en faire un cocktail de saveurs explosif dans ma bouche.

    J'aime la bouffe depuis toute petite et j'ai eu la chance de vivre dans un environnement particulièrement favorable pour assouvir ma passion de la nourriture : une maman qui aime cuisiner et un papa qui travaille dans un restaurant familial. Ma mère m'a fait goûter de tout, même les abats, pour éveiller mon goût aux différents aliments. Je ne m'en souviens pas, mais il paraît que je kiffais tout ce qu'elle me donnait (ou presque) ! Ça doit être pour ça que je suis très curieuse aujourd'hui, j'aime bien tester des nouveaux trucs dans les différentes cuisines du monde.
    Du côté de mon père, je me suis vraiment fait plaiz, avec de la bonne cuisine locale de ma région natale, j'avais l'impression d'avoir accès à un garde-manger illimité chaque fois que l'envie me prenait de grignoter un truc !! Et aussi, mon amour de la présentation bien faite : un plat beau donne encore plus envie de l'engloutir !

    Et puis, une fois arrivée à la fac, même si ma mère continuait de me préparer des petits plats au début, j'ai bien été obligée de me nourrir toute seule au quotidien. Budget étudiant oblige, cette période a été faste en essais culinaires en tous genres (pas toujours réussis), dont un plat de mon cru by fond-de-frigo qui a fait le régal de mes papilles de nombreuses fois : loup de mer grillé au boursin et aux lardons ! Depuis, j'ai level up au fur et à mesure des années en apprenant à préparer les plats, desserts et cie que j'aimais, selon mes envies du moment.

    Par exemple, ma période post-études-je-cherche-du-boulot-merci qui a duré plusieurs mois a été le temps de la découverte de la cuisine japonaise dont je suis devenue très très fan et de plats vraiment délicieux (katsudon, katsucurry, okonomiyaki, takoyaki, ramen, udon, soba, inarizushi, sukiyaki, shabu shabu, imoni, nabe, hiyashi chuka etc). Si ça vous intéresse, regardez la chaîne YouTube "Cooking with dog", tous leurs plats ont l'air (et sont) trop trop bons ! Je bave devant à chaque fois... bref !

    C'est vrai qu'il y a des gens pour qui la nourriture leur sert juste à ne pas mourir d'inanition. Mon copain par exemple pendant ses années d'études alternait entre pizza et pâtes... jusqu'à ce qu'il me rencontre ! Avant il était capable d'oublier de manger et de sauter plusieurs repas. Un scandale pour moi qui n'aurait pour rien au monde raté un de ces merveilleux moments de la journée !!
    Et ce qui est rigolo, c'est qu'aujourd'hui, après plusieurs années de couple, il en vient à s'impatienter pour l'heure du repas et à apprécier la nourriture pour son goût et non seulement parce qu'elle remplit le ventre ! Comme quoi, au contact d'un estomac sur pattes, même quelqu'un comme lui peut apprécier le monde merveilleux de la bouffe ! :chou:

    @Sophie-Pierre Pernaut  je suis déjà une de tes fans (si si !) mais là, je pourrais carrément parler d'âme sœur x) Merci pour cet article ;)

    ps : en postant, je me suis aperçue que je me suis vraiment emballée là... désolée pour ce pavé, quand je parle de nourriture, on ne m'arrête plus ^^"

Lire l'intégralité des 17 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)