Chroniques d’une fille qui aime (un peu) trop manger

Sophie-Pierre Pernaut aime bien manger. Un peu trop, puisque la nourriture rythme ses journées et va même jusqu'à modifier son comportement. En voici la preuve.

Chroniques d’une fille qui aime (un peu) trop manger

Initialement publié le 20 juin 2014

Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé manger, mise à part pendant une petite période de la douce adolescence qui pue. Mon amour de la nourriture remonte à très, très loin. Quand j’étais toute petite j’ai vite délaissé les menus pour enfants, pour faire comme les grands, avant de réaliser qu’on nous prenait vraiment pour des jambons, en tant que gosse.

Non mais je veux dire : même dans un restaurant de relativement bonne qualité, on sert très souvent aux petits un steak haché nul accompagné de quelques frites OU des pâtes au jambon.

Qui a envie de ça ? Quel genre d’être humain préfèrerait ça à une assiette colorée remplie d’aliments qu’on n’a encore jamais goûtés ?

Mes parents m’ont très vite laissée choisir mon plat : je demandais, avant de savoir lire, à ce qu’on m’explique les choix sur la carte du restaurant et je m’enquérais auprès d’eux de savoir si tel ou tel truc allait me plaire.

Et pour me plaire, ça me plaisait ! Beaucoup plus que les regards surpris des serveurs à qui je passais ma commande, en tout cas. Ce même regard qui s’étonne aujourd’hui que ce soit toujours moi qui prend la grosse pinte quand les mecs avec qui je suis en terrasse préfèrent un cocktail.

SHUT UP AND TAKE MY COMMANDE !

Depuis, l’amour du bon manger ne m’a pas quittée. Et ça présente son lot d’avantages comme d’inconvénients.

J’aime manger seule et ce n’est pas un problème

Plein de gens avec qui j’ai discuté de ça en arrivent à la même conclusion : ils détestent manger seul-e. Ça va de « moi quand je suis tout seul pour un repas j’oublie de manger » à « franchement c’est tellement triste de bouffer en tête à tête avec la télé, ça me gâche mon plaisir ».

Je mets ces citations que je trouve fort tristes sur le compte des films, séries et chansons en tout genre qui déplorent la solitude avec tellement de force que ça implante dans l’esprit de nombreuses personnes cette idée qu’on ne profite d’un plat que quand on le partage avec autrui.

J’aime bien manger avec des gens, mais manger seule c’est aussi vachement bien (et c’est dire parce que la solitude, moi, j’aime vraiment pas ça). Tu peux choisir exactement le plat que tu veux sans avoir à débattre pendant des plombes avec autrui tandis que ton ventre grogne pour savoir s’il a plus envie de se faire livrer des sushis ou un curry.

Tu peux lancer la série que tu veux ou juste profiter du silence sans te triturer la tête pour trouver un sujet de conversation (surtout si t’as pas l’appli madmoiZelle). C’est TON moment, et si t’as envie de rajouter des crottes nasales dans ton assiette pour donner du goût, tu peux.

Perso je fais pas ça, mais j’aime bien savoir que la possibilité existe.

J’aime manger car c’est un havre de joie

Chaque repas est un moment de joie pour moi, quelles que soient les circonstances. J’ai passé une journée de merde ? Je me prépare un truc vite fait, genre mon « omelette » préférée (avec des épinards et des gros morceaux d’emmental), et ça me remonte le moral instantanément, au moins le temps de quelques minutes.

Ça veut pas dire que je trouve mon réconfort dans la bouffe (le cliché du pot de glace avalé en pleurant après une rupture comme on voit dans les films ne passe pas par moi, preuve que je ferais un personnage nul). Ça signifie simplement que, le temps de déguster ce que je me suis préparé, je ne pense pas à ce qui me chagrine.

Alors oui, les problèmes reviennent au galop sitôt la vaisselle finie, mais j’ai au moins pris le temps de souffler et ma journée n’est pas totalement fichue. À raison de trois repas de minimum vingt minutes par jour et de six heures de sommeil en moyenne, mine de rien, ça me permet de gagner sept heures sur la déprime. Soit près d’un tiers d’une journée de vingt-quatre heures. C’est déjà ça !

Ça rend un peu à cran

Quand on aime autant la nourriture que moi, il faut savoir s’entourer de gens qui ont la même affection pour tout ce qui passe dans leur système digestif. Il y a quatre ans, je me suis mise en couple avec un garçon génial, mais qui mangeait pour vivre, et pas l’inverse.

C’est tout à son honneur et ça aurait pu ne jamais me poser de problème, si on avait un peu plus su s’adapter à l’autre. L’histoire que je vais te raconter est celle de notre plus grosse dispute en trois ans de relation.

On partait de chez ses parents et n’étant pas du genre à fouiller dans le frigo d’une autre famille que la mienne, je lui ai laissé prendre en charge la confection des sandwichs. Grave erreur. Parce que pour moi, le pique-nique sur une aire d’autoroute à base de délicieux sandwichs faits maison, c’est presque mon moment préféré du voyage.

Disons que s’il fait un temps pourri une fois sur place, si j’ai perdu tous mes maillots de bain dans les vagues, si les voisins font cramer de l’ail à chaque repas et que je me suis fait bouffer la main par un requin, alors oui, le pique-nique sur la route est le meilleur moment des vacances.

Jusqu’à ce que je ne parte plus en vacances avec mes parents, c’était un rituel : on s’étirait, on sortait la glacière du coffre, on ouvrait nos canettes de Coca, et on retirait les quelques couches d’emballage qui protégeaient notre casse-croûte, humant au fur et à mesure son doux fumet.

Je crois que c’est ça, ma Madeleine de Proust : les sandwichs préparés avec amour par mon Papa.

Et mon mec de l’époque, inconscient de cette madeleine-là, avait jeté une tranche de jambon dans un gros bout de pain sans même un peu de beurre et m’avait servi ça, la bouche en coeur. Je me suis sentie mal. J’ai cru mourir de rage.

C’était la plus haute trahison du monde et je n’ose imaginer ce qu’ont pensé de moi les autres personnes présentes sur l’aire d’autoroute, en me voyant hurler contre ce garçon parce que le sandwich n’était pas à mon goût.

Ceci est un message pour mon ex, si jamais il passe par là.

J’imagine que leurs remarques commençaient par « dire qu’il y a des enfants qui meurent de faim dans le monde ». Et pour le coup, ils avaient raison, puisque j’ai compris ce jour là qu’il fallait peut-être que je calme un peu mes exigences en matière de pique-nique.

Mais merde, quoi : j’aurais préféré qu’on fasse une panne d’essence en pleine nuit dans la forêt, poursuivis par des vampires, plutôt que ça.

On a le pimpage facile

Ce n’est pas parce qu’on aime manger qu’on a toujours les sous pour se faire péter le bide. J’en suis en tout cas l’exemple.

Contre toute attente, non, je ne me fais pas deux restaurants par semaine (sauf si les grosses assiettes de pommes de terre à 5€ que je partage au bar sont considérées comme un restaurant, mais bon, je crois pas).

Alors pour continuer à satisfaire mon estomac en quête perpétuelle du bonheur, j’ai appris à pimper mes plats nuls et tristes, avec l’aide de quelques condiments et astuces en tout genre.

Et je vous jure que pour de vrai, les gens aiment bien venir manger chez moi. C’est ce que j’appelle avoir développé mon système B CLLMEFCV (C’est la lose mais en fait ça va). Si ça fait de moi la Bear Grylls de la plaque chauffante ?

Oh, tu me flattes.

À ton tour : qu’est-ce qui te différencie de ceux qui « aiment bien manger, ouais, mais sans plus », à part le fait que ton historique regorge dès 10h du matin de gifs de pizza ?

Sophie Riche

Eh, salut toi ! Avant, mon pseudo, c'était Sophie-Pierre Pernaut, mais comme c'était un peu long et que j'aime bien mon vrai nom, j'ai repris mon blaz. Mais bon, tu peux m'appeler Sophie-Pierre Pernaut ou Sophie-Pierre ou SPP ou même dauphin. C'est toi qui choisis.

Sinon J'ai 25 ans jusqu'à ce que j'en ai 26, puis 27 et ainsi de suite jusqu'à ce que je meurs ; tu connais le principe.

Tous ses articles

Commentaires

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!