L’auto-stop et moi, de la trouille au YOLO

Il y a un an et demi, Lady Dylan n'aurait jamais envisagé faire du stop. Depuis, tout a changé. C'était une nuit, sur l'autoroute... et ce n'est pas une histoire d'horreur.

L’auto-stop et moi, de la trouille au YOLO

Pendant des années, le stop c’était un élément des histoires de ma mère, ce truc qu’elle faisait quand elle était jeune pour rentrer de boîte parce qu’elle vivait dans une petite ville, mais qu’il était hors de question de faire aujourd’hui. D’ailleurs beaucoup de ses histoires étaient des mésaventures, plus ou moins drôles avec le recul, remplies de conducteurs imprudents ou de pervers.

Je ne connaissais personne qui faisait du stop, encore moins des filles. Même lorsque j’étais en voiture, je voyais rarement des auto-stoppeurs ? et pourtant j’ai passé une bonne partie de mon enfance à voyager sur les autoroutes. Bref, le stop, c’était hors de mon paysage mental.

Tout a changé quand j’ai rencontré un ami qui se déplace beaucoup en stop. Il a la bougeotte et un budget réduit, donc à cette époque il traversait régulièrement la France avec ce moyen de transport. C’est un vrai passionné de stop, autant pour les rencontres que pour les voyages gratuits. Bon, moi j’étais moins sûre d’apprécier, parce que je suis un peu timide et que je n’aime pas trop parler à des inconnus.

Mon pote et moi

J’ai fait du stop pour la première fois avec cet ami, sur un trajet de quelques heures. Ça s’est très bien passé, une conductrice nous a même offert des mugs qu’elle distribuait ! On levait le pouce sur des péages ou des aires d’autoroutes et pour patienter on jouait à se faire deviner des trucs. C’était long mais sympa.

J’ai commencé à ajouter le stop à mes moyens de transport potentiels, mais uniquement accompagnée. Le faire seule était d’autant plus difficile à envisager que je suis nulle en géographie française ? et ne pas savoir placer sur une carte les villes où on va et celles qu’il y a entre, c’est un gros handicap.

Voyage au bout de la nuit

Et puis un soir j’ai ressenti le besoin express de voir mon meilleur ami. Problème : il habite à Lyon, moi à Marseille. Prendre le train au dernier moment : trop cher (est-ce qu’il y a même encore un train ce soir?). Le covoiturage : ça s’organise. Sur un coup de tête je me retrouve à l’entrée de l’autoroute avec mon petit carton et mon pouce levé.

Un piéton m’approche, il dit des choses dans une langue que je ne comprends pas, il a l’air louche mais il n’est peut-être pas méchant. Bon le problème c’est que s’il me colle, aucune voiture ne me prendra. Je crois qu’il me proposer de coucher avec lui. Est-ce qu’il croit que je suis en train de faire du racolage ? Bon sang je suis sur le bord d’une autoroute avec le pouce levé et je suis en jean. Peut-être qu’il ne sait pas ce qu’est l’autostop. Argh, il me sort une image découpée d’un magazine porno. Je le dégage violemment.

Cet épisode restera le moment le plus inquiétant de tout mon voyage, ce qui est assez paradoxal puisque je n’étais pas seule avec lui dans une voiture sur l’autoroute. Dans un sens, c’est assez rassurant.

Mon camouflage a marché ! Avec ce déguisement de Clark Kent, personne n’osera m’agresser !

Les voitures passent, très peu s’arrêtent. À ce moment-là j’espère trouver quelqu’un qui va directement sur Lyon, parce qu’il est déjà 21h. Mais après avoir laissé passer deux conducteurs qui n’allaient pas assez loin, j’accepte le troisième qui dit qu’il va me rapprocher. J’imagine qu’il va me laisser à une sortie, mais il me dépose sur la bande d’arrêt d’urgence.

Lost

Me voilà donc à faire du stop sur la bande d’arrêt d’urgence (ne faites pas ça chez vous, en plus c’est interdit), alors qu’il y a quelques mois j’avais peur de faire du covoiturage !

Le temps de survie sur la bande d’arrêt d’urgence est en moyenne de vingt minutes. C’est à peu près le temps que j’attends jusqu’à ce qu’un autre homme ait pitié de moi et de ma mort certaine. Il est boulanger, il a une camionnette blanche et on m’a toujours dit de me méfier des camionnettes blanches mais je suis sur la bande d’arrêt d’urgence et je commence à perdre espoir, donc j’accepte. Il me dépose à une sortie.

Pas beaucoup plus de veine à la sortie ? quelques conducteurs ralentissent pour me dire qu’ils ne vont pas dans la bonne direction, au moins c’est gentil. Je manque de perdre espoir et de céder à l’appel d’un ami qui veut venir me ramener en voiture (je ne suis toujours pas à plus d’une demi-heure de Marseille).

À ce stade, mes amis sont deux à être morts de trouille et à me harceler de textos (ils se sont passé le mot entre eux). Je les rassure en leur rendant compte de chacun de mes mouvements ? moi, mon angoisse c’est qu’ils vident ma batterie avant que je n’arrive à Lyon !

Moi sur l’autoroute, vue d’artiste.

J’alterne entre l’entrée de l’autoroute depuis la ville et celle depuis la station service, espacées de quelques mètres. Alors que je me plante devant celle-ci et que j’arrête un conducteur sans guère d’espoir, il m’annonce qu’il va à Paris et qu’il pense que le chemin passe par Lyon. Il est assez sûr de lui pour accepter de me prendre.

L’homme est ancien Parisien, nouveau Marseillais, il n’aime pas la ville où ses collègues abusent de sa gentillesse, il bosse tout le temps et il a passé ses vacances au bled pour ramener des papiers à sa mère. Là il râle sur l’un d’entre eux, avec qui il est en train de se disputer. Il l’a au téléphone une fois, ça gueule. Malaise.

Après avoir raccroché, il n’arrête pas de me prendre à témoin ? je l’approuve complètement, j’ai un minimum d’instinct de survie ? mais à part ça il est sympa et me paie un café parce que je n’ai plus de monnaie.

Arrivés à Lyon on se perd trois cinq douze fois parce que mon meilleur ami n’est pas meilleur que moi en orientation. Après beaucoup d’efforts il finit par me lâcher en s’excusant, il veut reprendre son chemin vers Paris : normal, il est deux heures du matin. C’est moi qui m’excuse.

+15XP, compétence « auto-stop » débloquée

Depuis j’ai refait du stop une fois sur un trajet beaucoup plus court, pour éviter de payer une navette à quinze euros. C’est comme une porte qui s’est ouverte dans mon esprit, une petite lumière qui s’est allumée à « autostop » à côté de « train », « avion », « car » et « covoiturage » (vous l’aurez deviné, je n’ai pas le permis).

Je suis contente d’avoir ajouté cette option à mes moyens de transports parce que la liberté que ça procure est incroyable. Je peux prévoir des voyages des mois à l’avance pour avoir les meilleurs prix sur les trains et c’est ce que je continuerai à faire, mais maintenant je sais que je peux aussi partir sur un coup de tête. C’est précieux.

Je suis toujours nulle en géographie mais j’apprends petit à petit, et je me dis que je pourrais consulter une carte pour préparer mes voyages.

À l’aventure !

L’expérience m’a rendue plus optimiste sur l’humanité. Les gens qui prennent des auto-stoppeurs n’ont rien à y gagner et pourtant ils le font, et dans mon expérience ils feront tout ce qu’ils peuvent pour aider (y compris se perdre dans Lyon et ses alentours pendant trois quarts d’heure).

Je suis sans doute moins timide ? après être montée dans la voiture de plusieurs inconnus et avoir entretenu la conversation pendant plusieurs heures, de quoi pourrais-je avoir peur ? En tant que trouillarde en chef, c’est une façon de me dépasser.

Et vous, vous feriez du stop ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Freehug
    Freehug, Le 15 novembre 2016 à 15h10

    @allumette : ah ah ah moi en vélo c'est plus dangereux qu'en stop XD J'en ai pas fait depuis plus de dix ans, j'étais déjà pas douée à l'époque et j'ai un sens de l'équilibre déplorable, donc ça dans la circulation, ça ferait de moi un danger public ! En revanche, je prends le noctilien (bon les bus de nuit c'est que dans les grandes villes c'est sûr). On me disait de m'en méfier mais en fait ça va.

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