J’ai testé pour vous… faire de l’autostop en solitaire

L'autostop, une pratique risquée, obsolète, inconsidérée ? Eh bien non ! Voici le témoignage d'une madmoiZelle ayant 6000km de pouce levé à son actif.

J’ai testé pour vous… faire de l’autostop en solitaire

Du plus loin que je m’en souvienne, les voyageurs vagabonds que je regardais tendre le pouce par la vitre arrière de la voiture de mes parents m’ont toujours fascinée. Mon père, philantrope, s’arrêtait souvent pour eux, et impressionnée, je les regardais vivre un instant, animée par l’intime désir de faire partie un jour de cette grande tribu.

Du stop à plusieurs…

J’ai commencé le stop comme beaucoup d’autres : quelques dizaines de bornes avec un copain pour rentrer de la plage. Et de rencontres en rencontres, j’ai croisé le chemin d’un routard avec qui j’ai traversé une première fois la France du Sud au Centre, de lacs en lacs, et avec qui nous sommes partis faire un tour de l’Europe Centrale un été.

Beaucoup d’autres voyages ont suivi : en couple, avec les copains, pour les vacances, pour un week-end… De l’autostop comme pas mal de jeunes en font, avec un esprit d’aventure et de liberté en tête. Mais ce n’est pas exactement le sujet de cet article.

…au stop en solitaire

Je voudrais vous parler des trajets en stop que je fais seule, en tant que jeune femme de 20 ans. Je me souviens très bien de mes premières discussions sur le sujet avec un ami qui faisait pas mal de trajets, et dont la soeur « stoppe » aussi. Il me disait que je pourrais, moi aussi, traverser la France seule en stop, sans problème, et je lui rétorquais qu’il disait ça uniquement parce qu’il n’est pas une fille, qu’il ne peut pas savoir ce que ça fait, lui, d’être regardée comme un bout de viande, alors en plus à tendre le pouce, sur le bord de la route, à la merci des psychopathes, très peu pour moi ! Je souris en y repensant, maintenant…

Il m’a aussi fait prendre conscience que l’autostop, pour les garçons, comporte aussi des risques (bagarre, vol, agression…), même s’ils sont différents. Et que oui, faire du stop, c’est accepter un certain niveau de risque, exactement comme fumer, conduire, boire régulièrement, ouvrir son coeur à quelqu’un… Comme la vie, quoi !

6000km et pas une égratignure

On va commencer par les bonnes nouvelles : c’est un peu dur à estimer, ne me souvenant plus de tous les trajets, mais je pense avoir fait dans les 6000 kilomètres en stop, seule, depuis un an et demi, en France en Belgique. Et il ne m’est rien arrivé : pas de vol, pas d’agression, ni même de drague relou.

En fait si, il m’est arrivé plein de trucs ! J’ai rencontré des gens qui viennent de milieux que je ne fréquente pas, que je n’aurais jamais rencontrés autrement, avec qui j’ai eu des discussions enrichissantes, des gens qui continuent à m’inspirer, d’autres avec qui j’ai rudement débattu, d’autres autostoppeurs venus d’un peu partout… Mais pas un seul problème en 6000 kilomètres, en dix-huit mois.

À chaque fois que je finis un trajet, à chaque fois que je descends d’une voiture, ma foi en l’humanité est renforcée. Oui, je peux faire du stop en tant que jeune femme, être respectée pour ce choix, et pas vue comme une pauvre chose faible sur le bord de la route. Les gens qui me prennent en stop me considèrent comme une personne qu’ils aident le temps d’un trajet, en échange d’une conversation partagée, souvent comme une égale malgré l’apparente subordination que pourraient induire l’autostop et mon jeune âge.

Le risque du viol ? Il est partout

Mais comme je l’ai dit, faire de l’autostop c’est accepter un certain niveau de risque. Pour l’avoir pratiqué, je juge ce niveau de risque faible, comparé à l’opinion générale qui l’imagine souvent très élevé. Et soyons clair-e-s, le risque auquel on pense tou-te-s, c’est l’agression physique et le viol…

Oui, en faisant de l’autostop seule, je « risque » d’être violée par un conducteur. Oui, ça peut choquer. La société intègre difficilement qu’on puisse accepter ce risque, tant le tabou autour du viol reste encore important.

Un viol est un crime ignoble, terrible, extrêmement grave. Je ne cherche en aucun cas à minimiser l’impact qu’il peut avoir sur la vie d’une victime, ni à être irrespectueuse envers la souffrance qui en découle. Ce que je voudrais dire, c’est que je pense que ce risque fait partie de notre vie quoi qu’on en fasse.

En France, une femme sur 10 a été violée ou le sera au cours de sa vie. Aux États-Unis, une femme sur quatre dit avoir été victime d’agression sexuelle durant ses années d’études. Dans 80% des cas, l’agresseur est connu de la victime, ce qui démonte en partie le cliché de l’autostoppeuse qui va se faire agresser par un psychopathe (au passage, selon Amnesty international (2007), 90% des violeurs ne présentent aucune pathologie mentale).

Si je dois faire avec en attendant que les choses changent, et en faisant ce que je peux pour que ce changement arrive vite, je refuse de me priver de réaliser mes rêves de voyage comme je l’entends.

La rue et le monde nous appartiennent aussi !

Je ne veux pas attendre qu’on m’apporte la sécurité, je veux la conquérir un peu plus à chaque fois. En étant à chaque trajet plus assurée (je crois profondément que les choses fonctionnent par attraction : avoir peur attire le danger, être sure de soi l’écarte quelque peu), et en essayant de faire changer les regards sur les autostoppeurs en général (dont les conducteurs se méfient souvent), sur les autostoppeuSES en particulier.

J’en discute avec les conducteurs sceptiques (combien de fois ai-je entendu « Si j’étais ton père, je ne te laisserai jamais faire ça ! » : ah bon, et si j’étais ton fils ?), et en montrant que les femmes qui font du stop existent, qu’on a ce droit, et qu’on le prend. Je crois que si nous sommes de plus en plus visibles, que les conducteurs s’habituent à notre présence, qu’elle se banalise, les regards sur cette pratique changeront, et on assènera moins aux filles dans chaque guide de voyage: « Une femme ne devrait jamais faire de l’autostop toute seule ».

Au-delà du droit à faire de l’autostop en tant que femme seule, c’est le droit à voyager « à la vagabonde » que je revendique.

Il y a encore beaucoup de choses que je m’interdis de faire quand je voyage seule, alors que je les adore : faire du stop dans un pays dont je ne parle pas la langue, arriver dans une ville sans savoir où je dors le soir… Toutes ces choses me paraissent être des barrières infranchissables, des limites sacrées gardiennes de mon intégrité physique.

Alors j’essaie à chaque fois de me rappeler à quel point me paraissait impensable l’idée de faire du stop seule il y a encore trois ans, et je souris. C’est un long chemin vers mes grands rêves sur lequel j’avance à mon rythme, et je veux croire que ce chemin est accessible à toutes celles qui souhaiteraient l’emprunter !

Pour les autostoppeuses confirmées ou débutantes :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Josée
    Josée, Le 16 juillet 2014 à 20h26

    Bonjouuuuuuur,

    Au risque de relancer le sujet, je pars à partir début aout en stop et seule jusqu'au Portugal pour une petite semaine. Je vous raconterai ;)


    Pour moi cet article a peut-être plus pour vocation de motiver et de faire tomber des préjugés. Et franchement, c'est important de démentir les idées reçues!

    En tout cas, merci de l'avoir écrit, ça me booste (je ne suis pas novice en matière de stop mais seule et dans un autre pays ça risque d'être une autre paire de manches :) ).

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