Névrosées urbaines

Pendant les années 70, on ne jurait que par la nature. Aahh, les danses de Printemps et les fêtes du Gazon auxquels se prêtaient une ribambelle de nymphettes ébouriffées. Les années 80 étaient tout aux executive women, ces femmes fatales en tailleur que Sardou appelait presque Monsieur. Les années 90, laisse tomber: j’y comprends toujours […]

Névrosées urbaines

Pendant les années 70, on ne jurait que par la nature. Aahh, les danses de Printemps et les fêtes du Gazon auxquels se prêtaient une ribambelle de nymphettes ébouriffées. Les années 80 étaient tout aux executive women, ces femmes fatales en tailleur que Sardou appelait presque Monsieur. Les années 90, laisse tomber: j’y comprends toujours rien. Et les années 2000 ?

Je trouve que la fille des villes que nous sommes a bien du mérite. On se trouve aujourd’hui face à un dilemme constant, on veut être tout et son contraire : il faut être nature côté ville, fidèlement dévergondée, et on ne résiste pas au charme de la poupée paresseuse tout en mettant l’action-woman hyperactive sur un piédestal. Cette schizophrénie urbaine est bien ancrée : c’est hype de noyer ses chagrins d’amour dans l’achat compulsif (et semi-fétichiste) d’escarpins importables. Mais aussi, l’Orient, la spiritualité et le vert sont fashion : soyez zen, respirez, expirez…
C’est à mourir de confusion. Que celle qui ne se sent pas concernée jette son nouveau sac à main!

***

Le syndrome

J’aime la nature, mais à la télé.

Notre cher beau, le regard exercé et l’esprit fin, n’a pu s’empêcher de remarquer notre œil qui frise à chaque documentaire sous marin. C’est beau la nature, kiléjoli le poisson-fraise. Notre œil expert admire la ligne élégante des squales, s’illumine dès l’apparition des poissons clowns, tandis qu’on élabore des théories audacieuses sur l’origine de l’ornithorynque (c’est une loutre qui a mangé un écureuil géant avant de muter en canard). Et on y aspire, à Mère Nature, on rêve qu’on a la main verte, qu’on connaît le nom des arbres, et qu’on cause le lémurien. Mais ne nous emballons pas : de loin la nature ! Et pourquoi irait-on s’aventurer, toute seulette et sans fond de teint, dans un territoire hostile aux escarpins ?

L’équation

La nature c’est beau, mes Christian Louboutin, ma foi, ils sont pas mal aussi.

La conséquence

De cette ambivalence provient un sentiment de culpabilité aigue : je ne suis pas nature, ô misère, je suis artificielle, urbaine et j’ai le teint vert.

La solution

L’hôtel étoilé, raffiné, poudré, perdu dans la forêt. Tu fais une promenade pour montrer à l’homme et au monde que tu n’a pas peur, tu rencontres un âne, tu t’extasies, et le soir tu te retrouve rose de plaisir après ta BA dans les draps de satin au cœur de la civilisation (Relais de la Magdeleine, Gemenos)

***

Le syndrome

Le sport, c’est fatigant.

La randonnée ça use, le camping c’est pour les hippies, le sport ça fait transpirer. Or on a toutes une copine allumée qui fait son yoga 4 fois par semaine, s’entraîne pour le marathon anti-cancer de Juillet et nous affirme l’exact contraire. « Les toxines, il faut se débarrasser des TOXIIIIINES ». Elle est dynamique, la petite. Ca lui fait le teint frais, et elle te jure que c’est la meilleure façon de vaincre les idées noires. Mais bon, t’agiter comme un hamster en folie sur un tapis de course et te contorsionner en récitant : « je m’ouvre comme le lotus au monde, je suis une fleur » ça n’est pas ton idée d’une après-midi réussie. Toi, question sport, tu crois aux vertus du shopping : ça demande de l’endurance, ça muscle le fessier et ça fait voir du pays (on peut toujours rêver des soldes à Milan, non?).

L’équation

Le sport, c’est bien pour moi, mais c’est mieux pour les autres.

La conséquence

On devient le légume de service, le cornichon d’eau douce, un vrai chiffon. Et on s’en veut. (Mollement). Tu aimerais bien respirer la santé et faire des cabrioles toute la journée, mais comment s’y mettre, quand on est une paresseuse répandue sur ses coussins?

La solution

Le hammam de la Mosquée de Paris, forfait entrée+gommage+massage+thé. Des toxines, où ça ? Le compromis sport : tu y vas en vélib, à ce beau et gentil hammam. Aah, tu l’auras mérité, ton massage, avec ce temps pourri.

***

Le syndrome

L’herbe est forcément plus verte ailleurs.

Ton amoureux (admettons qu’il s’appelle Adonis) n’est pas trop mal de sa personne, c’est pour ça d’ailleurs qu’il est ton amoureux. Tu te sens confiante, sereine, bénie d’avoir un tel amour de garçon à tes côtés, qui connaît tes névroses et accepte malgré tout de dormir dans ton lit.
Mais tu as beau être énamourée, il y a des jours où tu te sens trop jeune pour la vie à deux. Tous ces surfeurs blonds, ces bruns ténébreux, ces pompiers tout en muscles, ces peintres en quête de muse qui sont partout sauf dans ton lit !

L’équation

Mon copain est beau. Le voisin est pas mal aussi. Et le cousin de Marie, dis donc…

La conséquence

Trop de questions, tes antennes s’embrouillent : tromper Adonis? Le quitter ? Ignorer les éphèbes triomphants qui gravitent autour de toi? Deux pulsions inverses te tiraillent. Faire comme Mamie, ton modèle, ou comme feu-Angelina, ton idéale ?

La solution

Une soirée romantique en tête à tête avec Cary Grant, ou Errol Flynn, dans leurs plus beaux rôles. Ils sont grands, fougueux, pleins d’esprit et il y en a pour tous les goûts. Et comme ils sont en noir et blanc, Adonis n’y verra que du feu. Voilà qui te fera une belle petite réputation d’intello, tout en assouvissant tes pulsions… culturelles.

***

Le syndrome

Comment ça à moitié vide ? QUEL verre ?

C’est pas que tu es pessimiste, c’est encore pire : tu es une cruche sans fond, un abîme de noirceur quand il s’agit de ta vie. Parfois, des éclairs de lucidité te frappent, et pour relativiser, tu penses à la triste et courte vie d’Orson, le poisson rouge de ta cousine, qui a fini ses jours dans la cuvette des WC. Mais rien n’y fait, tu retombes toujours sur ton nombril. Tu râles, tu en fais des tonnes, tu ne parles que de toi, et il faudrait qu’on te console ! Pourtant, tu envies la grâce de ces êtres qui font bonne figure dans l’adversité, qui restent stoïques et ne geignent jamais. Une greffe de dignité, c’est possible ?

L’équation

Bouhouhou, je veux être digne.

La conséquence

Tu essayes de te retenir à cause de l’Afrique, tout ça. La dernière fois, quand la coiffeuse t’a dédaigneusement lancé « et sa couleur, on l’a faite toute seule ? On est rouge à la racine et noisette sur les longueurs ? » avant de te rater, tu n’as pas moufté, tu ne l’as dit à personne. Jusqu’à ce que Paloma t’appelle. Mais ça compte pas c’est ta meilleure amie.

La solution

Plonge-toi dans les Cahiers* de Cioran. Violent, cafardeux, mauvais, obsessionnel, il a sublimé tous tes défauts, et c’est jouissif. Finalement, si la dignité ne réussit pas à te la faire boucler, l’humilité te rendra coite. (*Cahiers d’Emile Cioran, chez Gallimard)

***

Bon. Mais après tout, tu es une fille. Tu te dois d’être compliquée, non ?

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 8 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Douille.
    Douille., Le 24 novembre 2007 à 14h54

    Je ne me reconnais pas tellement dans cet article...

Lire l'intégralité des 8 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)