Les Belges n’ont « pas peur »… mais les Syriens, si

La Belgique a été frappée par des attentats suicides, causant plusieurs dizaines de mort•es et des centaines de blessé•es. Entre réactions dignes, courage et autodérision, une autre voix s'élève : celle des réfugié•es syrien•nes, qui ont peur.

Les Belges n’ont « pas peur »… mais les Syriens, si
Après de vives réactions de la part de nos lectrices suite à la diffusion de cet article, je vous présente, en tant que directeur de la publication de madmoiZelle, mes excuses sincères pour la publication vraiment trop hâtive de cet article alors que la Belgique pleurait encore ses morts. Des bisous, si vous les acceptez, à tous nos lectrices et lecteurs belges.

Fabrice FLORENT, fondateur de madmoiZelle

Encore. De nouveaux attentats ont bouleversé le quotidien de millions de gens, prenant la vie de dizaines d’autres.

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Mardi 22 mars, plusieurs explosions ont retenti à l’aéroport de Bruxelles et dans le métro. Le bilan de ces attaques n’est pas définitif, car parmi les plus de 200 blessé•es, certain•es risquent d’alourdir le nombre de mort•es à déplorer, qui dépasse déjà la trentaine.

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Bruxelles rejoint la liste des endroits frappés par le terrorisme, après Paris en janvier, puis en novembre, le Mali, le Liban, le Kenya, la Côte d’Ivoire… C’est encore Daech, le mal nommé « État Islamique », qui revendique ces attentats suicides perpétrés cette fois dans la capitale belge.

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« Bruxelles n’est plus qu’une sirène »

Comme à Paris, après les attentats de janvier, puis ceux de novembre, les réactions, hommages, dessins et textes abondent dans la presse, et sur les réseaux sociaux. Parmi les plus remarqués, il y a l’édito de Béatrice Delvaux dans Le Soir. 

« Le bruit est continu, il sort de partout, il traverse la ville comme une blessure ouverte. Ambulances, voitures de pompiers, combis de la police, voitures banalisées gyrophares allumés hurlent leur passage. Les gens s’arrêtent, regardent, hébétés : ils ont les yeux vides. Ils savent que tout cela est vrai, ils savent aussi qu’ils savaient : cela allait, cela devait arriver. »

« C’est la tristesse surtout qui est infinie, elle suinte des pavés, elle dégouline des trottoirs. »

« C’est la tristesse surtout qui est infinie, elle suinte des pavés, elle dégouline des trottoirs. C’est le seul mot qui franchit les lèvres, « nos » lèvres, car voilà, c’est bien cela qui achève de nous achever : c’est chez nous, cette « chose ». […]

Ces voitures hurlantes sont les seules à foncer dans les tunnels vides, et cette circulation fantôme fait froid dans le dos, on ne sait pas pourquoi. C’est juste qu’on sait que ce n’est pas normal. Et aujourd’hui, la ville n’est pas normale, parce que la vie s’est arrêtée. »

Les Belges n’ont pas peur…

Il y a aussi tou•tes ceux et celles qui refusent de se laisser aller à la panique, qui refusent de laisser la terreur paralyser leurs vies. Et pour le dire, le publier, le diffuser, une Belge utilise l’autodérision : « Megan ne comprend pas » ce que les terroristes cherchaient à accomplir, et elle partage sa circonspection avec des centaines de milliers d’Internautes.

Publiée en intégralité sur sa page Facebook, cette vidéo a été vue plus d’un million de fois, et partagée plus de 20 000 fois.

Ce ne sont pas les manifestations de courage, de résistance, et même d’humour qui manquent, sur les réseaux sociaux. Il est parfaitement normal d’avoir peur, d’être en colère aussi, et tant mieux pour toutes celles et ceux qui le peuvent, si leur première réaction est de dédramatiser l’inconcevable folie meurtrière.

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Mais en marge de « notre résistance », il y a celle des populations qui ont déjà perdu une bataille dans la guerre contre Daech.

…mais les Syrien•nes, si.

Les dizaines de milliers de réfugié•es syrien•nes fuient la même horreur que celle qui frappe les villes européennes, mais décuplée : c’est leur quotidien. Daech à Grand-Bassam, à Bamako, à Paris ou à Beyrouth, c’est la même organisation terroriste, qui tue au hasard.

Alors peut-être que pour nous, en Europe, ça nous va bien de dire « eh ben faut pas les laisser gagner les gars, battez-vous un peu »… faudrait quand même juste avoir à l’esprit que l’ampleur des dégâts n’est pas la même.

À Paris et à Bruxelles, deux cellules terroristes ont tué près de 200 personnes, détruit une salle de concert, un aéroport, deux stations de métro et quatre cafés.

En Syrie, voici une vue de drone de Homs, troisième ville du pays. Enfin, avant la guerre, celle qui aurait fait plus de 470 000 morts. L’ONU a arrêté de compter officiellement autour de 250 000, faute de données fiables.

Ça, c’est une ville dévastée par la guerre. Et eux, ce sont les gens qui fuient cette guerre. Ce ne sont pas des terroristes. Ce sont des victimes du terrorisme.

C’est la guerre, oui : c’est pourquoi nous avons des réfugié•es

Les Syrien•nes ont peur que les autorités et les populations européennes les prennent pour une menace, et/ou comme bouc émissaire des attentats de Daech : les réfugié•es syrien•nes n’ont rien à voir avec les terroristes. Ils sont sur les routes et ils ont fui la Syrie à cause de ces terroristes.

Pensez s’ils et elles les détestent encore plus que nous : ils ont TOUT perdu, tout laissé derrière eux, à cause de la guerre.

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« Pas d’amalgame » n’est pas une blague

Mardi 22 mars, dans les heures qui ont suivi les attentats en Belgique, deux hashtags nourris par l’extrême droite sont resté en trending topics : #StopIslam et #PasDAmalgame. Le premier mêle les actes terroristes à une religion, et donc aux millions de croyant•es qui n’ont rien demandé.

Personne n’est venu me demander de condamner fermement la pédophilie, parce que je suis de la même confession que le cardinal Barbarin : je ne vois pas pourquoi on irait demander à mon voisin de palier de se désolidariser de Daech ! J’ai la même nationalité que plusieurs des terroristes qui ont été tués ou arrêtés ces derniers mois, ça ne fait pas de moi une suspecte.

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Le deuxième hashtag, « Pas d’amalgame », partait d’une bonne intention, mais il a été largement détourné de façon ironique, pour moquer le discours de ceux et celles qui cherchent à éviter que l’on prenne pour cible tout une communauté qui n’a rien à voir avec les terroristes.

Comme si c’était là un sujet de plaisanterie… Mais le but est surtout de décrédibiliser le discours de fraternité, pour transformer « les musulman•es » en boucs émissaires de notre société. J’ose espérer que nous sommes désormais tou•tes trop intelligent•es pour tomber dans ce piège grossier, le même qui nous avait déjà été tendu en France, en janvier 2015 (lire ci-dessous).

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Avant de laisser le mot de la fin à une Belge, Charline Vanhoenacker, petite piqûre de rappel :

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« On a fui la Syrie et l’Iraq pour les mêmes raisons »

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« À cause de Daech, à cause des attentats suicides ».

« On ne va pas s’arrêter de rire parce que des imbéciles veulent mourir »

Charline Vanhoenacker, chroniqueuse sur France Inter, a consacré son billet du 22 mars aux attentats qui ont touché la capitale belge. Ça ne ressuscite pas les morts, mais ça fait du bien.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Vespah
    Vespah, Le 30 mars 2016 à 21h40

    Tout simplement dégueulasse. Rien d'autre à ajouter.

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