Les ateliers de Couthure, le nouveau festival de journalisme « vivant » en trois immanquables

La ville de Couthure a été le théâtre du premier festival international de journalisme vivant ce week-end : les Ateliers de Couthure. Esther y était, elle vous explique le concept !

Le week-end dernier s’est tenue la première édition des ateliers de Couthure, le tout premier festival international du journalisme « vivant ». Ca paraît obscur comme titre, non ? Eh bien, en y assistant, il prend tout son sens, puisque les ateliers de Couthure, c’est du journalisme grandeur nature.

Les ateliers de Couthure, c’est quoi ?

Trois jours d’information à ciel ouvert, en prenant le temps d’approfondir.

Pendant trois jours, le village de Couthure sur Garonne a été rythmé par des ateliers, des tables rondes ainsi que d’innombrables conférences, projections et débats sur des enjeux du monde contemporain, tout ça animé par des journalistes et leurs sources.

Plutôt que de l’information minute, on vous propose de l’écouter, de la regarder en prenant le temps. Le récit de Fabrice Arfi sur les coulisses des grandes affaires Bettencourt, Cahuzac et Karrachi qu’il a contribué à révéler sur Mediapart ? Édifiant.

Le débat entre Yves Trotignon, ex-agent de la DGSE, et Adrienne Charmet de La quadrature du Net sur la surveillance VS la liberté ? Passionnant. Le documentaire au long court d’Alice Diop sur cette permanence médicale française qui accueille les réfugié•es (et les échanges avec la réalisatrice) ? Bouleversant.

Et ce n’est qu’un maigre échantillon d’un panel de thèmes abordés tels que la prison, les nouvelles habitudes alimentaires, l’Iran… Ils réunissaient dans un joyeux bazar tout un tas de journalistes, mais pas seulement (loin de là) : on y retrouvait aussi des enfants, des personnes âgées et tout ce que vous pouvez trouver entre les deux.

Je vous ai préparé une petite sélection de ce qui m’a marqué, même si le choix a été extrêmement difficile – comme il l’a été sur place pour choisir quoi aller voir ou écouter parmi les innombrables possibilités qui s’offraient à moi.

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Une conférence : Garance Le Caisne, pour prouver l’horreur en Syrie

Garance Le Caisne est journaliste, et elle est allée plusieurs fois en Syrie pour couvrir le conflit qui y a éclaté il y a cinq ans. Le jour où les photos qui prouvent la torture dont sont victimes les prisonniers du régime ont été révélées, elle a été contactée par un éditeur pour retrouver César, à l’origine de la fuite, et relayer son témoignage.

Pendant une heure, Garance Le Caisne a remonté le fil de son enquête pour retrouver César.

Pendant une heure, elle nous a narré son enquête qui a mené à l’écriture d’Opération César, comment elle s’est d’abord renseignée au centre Primo-Lévy sur la meilleure manière d’interviewer une personne qui avait subi un tel traumatisme, puis a commencé par gagner la confiance du groupe qui avait exfiltré César de Syrie.

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C’est seulement au bout de plusieurs mois qu’elle a pu établir un contact direct avec lui et le rencontrer dans un pays d’Europe du Nord. Et même là, il a fallu mener l’interview en marchant sur des œufs, pour ne pas donner l’impression de faire subir un interrogatoire à cet ex-militaire.

Une exposition : « Quand le ciel est bleu », les clichés aériens de Tomas van Houtryve

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La présentation des clichés de Tomas van Houtryve démarre par une simple recherche Google Image : « guerre de Bosnie ». Des photos de cette guerre, il y en a des tas. Avec des victimes. C’est documenté, on a des sources, des preuves visuelles de ce qui c’est passé là-bas. Et c’est pareil avec de nombreuses autres recherches concernant les guerres.

Mais il y a une guerres qui échappe à cette règle : celle des drônes. Si vous tapez « drone war » dans Google, ce que vous verrez apparaître, ce seront des images de ces drônes en vol, parfois tirant un missile. Des simulations pour la plupart. Il n’y a pas de clichés de l’impact au sol, ni des victimes de ces frappes ordonnées par des officiers.

Au Yemen (entre autres), pour des raisons de stratégies militaires, ces drônes frappent parfois des mariages où sont réunies des cibles à éliminer, mais aussi des enterrements ou des cours de sport qui seraient l’indice d’un camp d’entraînement. Et, évidemment, ils touchent les victimes collatérales qui vont avec, celles dont on parle peu, voire jamais.

Pour rendre cette guerre des drônes visible, Tomas van Houtryve a photographié des situations similaires depuis le ciel, aux États-Unis.

Pour rendre cette guerre visible, Tomas van Houtryve a fixé son appareil à l’un de ces drônes, et a photographié les mêmes situations… sur le sol américain. Contraste garanti entre la réalité froide et ces scènes de vie que ceux qui déclenchent les frappes voient « comme à travers une paille ».

Un film : Le Client, d’Asghar Farhadi

Le Client est l’histoire d’Ehmad et de Rana. Alors qu’ils emménagent dans un nouvel appartement, la jeune femme se fait agresser… Le scénario se base suite à cela sur l’enquête que mène son compagnon pour retrouver – et punir ? – le coupable.

Alors qu’on serait tenté•es de tomber dans la facilité vengeresse, Farhadi manie ses personnages de manière à ce qu’on soit en permanence en équilibre sur le fil du rasoir, ou plutôt sur celui de la morale. Les non-dits et le suspense émaillent également ce film tourné à Téhéran.

Farhadi manie ses personnages de manière à ce qu’on soit en permanence à la limite de ce qui est admis moralement.

J’en suis sortie un peu secouée, et personnellement, je trouve qu’il mérite les prix du scénario et de l’interprétation masculine qu’il a reçus à Cannes. Quant à vous, vous pourrez vous confronter aux dilemmes moraux des personnages dès le 9 novembre, date de sa sortie en salles.

Le Client semble avoir conquis le public de Couthure, de la même manière que Couthure a conquis les festivalier•es.

Pour une première édition, elle a été très réussie, et il y a fort à parier que les Ateliers seront bondés l’année prochaine si le bouche à oreille fonctionne bien (en tout cas, moi, j’y serai !).

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  • Fluff'
    Fluff', Le 8 août 2016 à 18h01

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