Cinq artistes francophones qui manquent à ma vie

Certains artistes français/francophones ont marqué le paysage musical pendant quelques années, avant de se retirer lentement des chaînes de clips. Ode à ces musicien•ne•s qui ont laissé un vide dans le cœur et les oreilles de Mymy.

Cinq artistes francophones qui manquent à ma vie

Deux choses m’ont « forcée » à avoir une culture musicale pendant les années 2000 :

  • Les chaînes de clips, parce que mes parents avaient le câble (MTV à la belle époque, les vrais savent)
  • Les trajets annuels de 36h en voiture, aller/retour, à base de compilations gravées sur des CD pas du tout mp3 vu l’âge de la voiture

Du coup, j’étais bien plus au courant de l’actualité musicale il y a quelques années, puisqu’aujourd’hui je regarde peu la télé, j’écoute peu la radio et je prends l’avion comme la grande personne que je suis. Mais quand je me cale sur W9 et que je tombe sur des clips entre deux rediffs des Simpson, je ne peux m’empêcher de remarquer l’absence flagrante de quelques artistes francophones pourtant chers à mon cœur…

Sans vouloir tomber dans le « c’était mieux avant » (vous écoutez Maître Gims si vous voulez, je ne suis pas commissaire de police du bon goût), voici donc une petite sélection de musicien•ne•s qui manquent à ma vie !

Raphael le poète maudit

Nous sommes en 2003, et un p’tit jeunot se fait connaître aux côtés de Jean-Louis Aubert. Il s’appelle Raphael, il a les yeux clairs comme l’eau des Bahamas, une gueule d’ange, une voix douce et des textes romantico-dépressifs-poétiques façon Baudelaire sur fond de guitare acoustique. Dans le cœur de ma grande sœur c’est la flèche de Cupidon, et dans mes esgourdes c’est du velours.

Pendant quelques années, Raphael, avec son album La réalité suivi de Caravane, est partout. À la télé, sur scène, à la radio, dans mes écouteurs et en fond sonore au supermarché, sa voix et ses mélodies font fredonner la France entière. Malgré son côté un peu bobo (je l’imagine bien flâner à Montmartre, Gauloise aux lèvres et vieux recueil de Rimbaud dans la poche de sa veste en velours), sa jolie musique fédère pas mal de monde, il foule les planches des Zénith partout dans l’Hexagone et plaît autant à mon tonton hippie qu’à ma petite sœur fan de Tokio Hotel.

Et puis… et puis ça ralentit. En 2010, Raphael sort son cinquième album, Pacific 231, qui s’écoule à 100 000 exemplaires contre 300 000 pour le précédent, Je sais que la Terre est plate, deux ans auparavant. De nouveaux petits bruns « à texte » ont dégainé guitare ou piano pour prendre d’assaut les charts, et Raphael tombe peu à peu dans l’oubli.

Tenez : vous saviez, vous, qu’en 2012 Raphael a sorti un nouvel album intitulé Super-Welter ? Parce que moi non. Genre pas du tout du tout, zéro info, zéro clip, zéro extrait qui serait passé devant mes yeux ou dans mes oreilles. Mais bon, c’est peut-être juste la preuve que je suis nulle en actualité musicale, puisqu’il a été Disque d’Or tout de même !

N’empêche que Raphael manque un peu à ma vie, à mes chaînes de clips et à la radio du supermarché. Reviens BB.

Diam’s, petite princesse du ghetto sisi

Ah, Diam’s. Diam’s et ses joggings effet peau-de-pêche, Diam’s et ses cheveux ultra-courts, Diam’s et son phrasé vénère, Diam’s et ses engagements politiques…

C’est également en 2003 que Diam’s perce en France (quelle année, décidément), avec l’album Brut de Femme contenant le fameux DJ et son immortel mantra : « Laisse-moi kiffer la vibes avec mon mec, j’suis pas d’humeur à c’qu’on me prenne la tête » ainsi que l’inénarrable punchline « Rien qu’tu ris, rien qu’tu teases, rien qu’tu t’prends pour Alicia Keys ». Énorme succès, interviews à foison, duos avec d’autres grands noms du rap… Diam’s est PARTOUT.

Elle transforme l’essai trois ans plus tard avec Dans ma bulle, « l’album de la maturité » comme ils disent sur France Culture, oscillant entre le sérieux (Ma France à moi ou Marine, chanson qui s’adresse à Marine Le Pen) et le WTF total mais rigolo (Jeune demoiselle recherche, je ne m’en lasserai JAMAIS, ou la fameuse « génération nan nan » de La Boulette).

Fin du game en 2009 avec l’album SOS, encore plus sombre que le précédent, où on sent que cette « jeune demoiselle » est devenue une adulte, s’inquiète pour le monde actuel et balance à tout va des messages d’espoir, de tolérance et des appels à l’aide. Trois ans plus tard, Diam’s annonce la fin de sa carrière sur TF1.

Bien sûr, chacun sa route, chacun son chemin, tout ça — elle a décidé d’arrêter, et c’est tout à fait son droit : je ne lui souhaite que du bien. Mais j’avoue que les punchlines de Diam’s me manquent un peu, son engagement politique et ses clips aussi. Et on a beau vous présenter régulièrement les Rappeuses du Moment, peu de femmes arrivent à percer autant qu’elle dans le milieu toujours très masculin du rap francophone…

TTC, le trio infernal du rap « alternatif »

TTC, pour Teki Latex, Tido Berman et Cuizinier, a commencé à agiter la scène hip-hop hexagonale en 1999 avec le maxi Game Over 99 et a sorti en 2002 un premier album, Ceci n’est pas un disque. S’inscrivant dans une mouvance qu’on appelle parfois le « rap alternatif », leur musique est très électro et expérimentale, assez éloignée de ce qu’on pouvait entendre sur Skyrock aux heures de grandes écoutes.

Après plusieurs collaborations et expérimentations, dont le collectif L’Atelier à l’origine du très bon album Le Buffet des anciens élèves en 2003, TTC sort Bâtards sensibles en 2004 et devient un peu plus mainstream en étant même nommé aux Victoires de la Musique. Toujours très hip-hop et électro, le disque mêle des titres un peu étranges comme J’ai pas sommeil ou Codéine et du gros rap qui tache, à base de sexisme, de vantardise et de soirées fofolles (Dans le Club ou le très explicite et provocateur Girlfriend).

Et puis en 2006, boum badaboum : un troisième album, 3615 TTC, un peu… hum. Surprenant ?

Toujours assez électro, mais vachement pop et quasiment plus du tout hip-hop, 3615 TTC est excessivement sucré, bizarre et mainstream, ce qui déçoit de nombreux fans du groupe. C’est à ce moment-là que Teki Latex fait un duo avec Lio, achevant d’enfoncer le clou… Je ne sais pas si TTC « c’était mieux avant », mais en tout cas c’était carrément différent. Le trio s’est séparé en 2007, chacun des membres menant ses projets solo. Le plus en vue reste Teki Latex, dont le label Sound Pellegrino connaît un certain succès sur la scène électro française et internationale.

OK, certains morceaux du groupe font grincer mes oreilles de féministe (alors qu’en 2005 je m’en battais les gonades), mais le côté expérimental de TTC, ses divers projets parallèles et ses clips barrés me manquent un peu. Peut-être même qu’il m’arrive de beugler Bâtards sensibles sous la douche, très fort et très mal, et de kiffer. Le monde s’interroge.

Camille, l’OVNI à la douce voix

C’est en 2005 que Camille débarque sur les ondes avec son deuxième album, Le Fil, concept étonnant dans lequel une note court de morceau en morceau, comme un fil d’Ariane, à peine rehaussée par quelques rares instruments sur lesquels se pose la voix grave de la chanteuse.

Drôle d’artiste aux clips façon art contemporain, Camille ne passe pas inaperçue et fait le tour des plateaux télé, interviews radio et autres grandes scènes de France. Ses titres mâtinés de beatbox et d’influences venues de genres variés passent en boucle dans ma chaîne hi-fi (et la voiture de mes parents), m’accompagnent au lycée et me font réfléchir, tant chaque morceau raconte une histoire différente selon la façon dont on l’interprète.

Elle ne s’arrête pas en si bon chemin et sort trois ans plus tard un album en anglais, Music Hole, pui Ilo Veyou en 2011. Début 2013 sort un disque « en public », Ilo Lympia, son dernier album à ce jour.

Camille est donc loin d’avoir mis un terme à sa carrière, mais n’a pas non plus atteint le même succès qu’avec Le Fil en 2005, et ça me rend triste ! À une époque où beaucoup se plaignent de l’omniprésence d’une musique pop « facile », peu authentique, bourrée d’autotune et sans grande recherche artistique, une telle originalité fait chaud au cœur. Je te le dis comme c’est, Camille : j’te kiffe, change rien.

Luke, le rock français de mes années collège

On tape un peu plus dans les chansons presque oubliées avec Luke, groupe de rock français qui a percé en 2001 avec La Vie presque mais s’est réellement fait connaître en 2003, via l’album La Tête en arrière et CE single :

Riffs de guitare un peu crados, paroles qu’on peut gueuler dans le vent, look vaguement grunge à base de chemises militaires trop grandes, message anti-conformiste… Luke était pile ce qu’il fallait à la collégienne que j’étais, dos à dos avec Kyo qui me permettait de beugler mes émotions pendant la récré.

Ces années-là étaient assez fructueuses pour le rock’n’roll francophone, puisqu’on pouvait voir à la suite sur MCM des clips de Luke, de Déportivo, de No One Is Innocent ou encore de Pleymo (j’écris ces noms de groupe et je sens du vernis noir Claire’s se former spontanément sur mes ongles, je vois que des chaînes poussent à la ceinture de mon jean, j’ai 13 ans à nouveau, nique la société). Le groupe a donc pu faire son petit bonhomme de chemin, sortir l’album Les Enfants de Saturne en 2007 et enchaîner les tournées.

Malgré le disque D’autre part sorti en 2010, Luke n’a jamais vraiment survécu au changement de décennie et on trouve bien peu de gens fredonnant La Sentinelle au marché le dimanche matin. Vie nulle. Ok, c’était pas révolutionnaire, ça n’allait pas changer la face de la musique ni même du rock, mais c’était SYMPA. (Je sais, j’aurais dû faire juriste vu la puissance de mes arguments.)

Luke, t’auras toujours une place dans mon petit cœur d’ado, tu restes un de mes concerts les plus fun et si un jour tu reviens, je te donnerai peut-être une chance. Me déçois pas.

À vous ! Quel(s) artiste(s) francophone(s) manque(nt) à vos oreilles en cette belle année 2015 qui commence ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Aslan
    Aslan, Le 6 février 2016 à 14h04

    J'ai écouté un titre du nouvel album de Luke, mon groupe fétiche d'ado-que-j'ai-écouté-l'album-La-Tête-en-arrière-en-boucle-pendant-des-années et... Je vais retourner avec mes souvenirs d'il y a 10 ans, en fait. Je n'ai pas du tout accroché, on dirait du Saez et j'ai beaucoup de mal avec lui.

    Sinon, un grand OUI (ouiouiouiouiiii - instant Julien Lepers) pour Camille ! C'est dingue ce qu'elle est talentueuse, créative, touchante, etc. On aimerait plus de Camille dans la chanson française sivouplé-merci. :lalala:

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