De l’art d’être (un peu) myope et pas (très) futée

Faites-vous partie de ces gens qui sont un peu myopes, mais pas assez pour justifier le port de lunettes permanent, « parce qu’en fait j’en ai pas trop besoin, tu vois » ? Félicitations : vous aussi, vous êtes d’adorables petits boulets.

De l’art d’être (un peu) myope et pas (très) futée

Je vous le dis tout de suite : je ne suis pas myope. Enfin, pas de beaucoup. Un peu. Juste… Bon, ok, pour toi, lectorat, je serai honnête : je suis myope — mais suffisamment peu pour me permettre d’oublier mes lunettes de vue au fond de mon sac, et ne les en sortir qu’en cas de réelle nécessité. Je n’en ai pas besoin pour voir ce que je fais. Pour lire ce qu’il y a devant moi, en revanche, c’est une autre histoire.

Le problème, c’est que je ne me suis jamais faite aux lunettes. Je n’ai rien contre elles d’un point de vue esthétique, contrairement à ce que les gens qui me jugent pensent. C’est juste que je ne m’y suis jamais habituée, qu’elles me gênent, qu’elles le ressentent et qu’elles m’en veulent (je le sais, je le sens).

Laisse-moi tranquille.

La première fois que je revins chez moi avec des lunettes, alors que je ne VOYAIS pas le problème (VU que j’étais MYOPE, ahaha… non ?), est également la première fois que cette incompatibilité, que dis-je, cette animosité se manifesta. Râlant toujours mais néanmoins enivrée par le plaisir de la découverte, je les posai sur mon nez délicat, aperçus la vie en Haute Définition, et, dans la joie et l’empressement de découvrir un monde nouveau… allai me prendre le coin de la porte dans la gueule.

« C’est parce que tu n’es pas encore habituée », me consola ma mère, tout de même un brin gênée d’admettre que j’étais un des fruits de ses entrailles. En vrai, je ne sais pas si elle avait déjà vu ça. Parce que le chambranle, voyez-vous, n’était que le début d’une longue et houleuse relation.

Tes lunettes, tu oublieras (et sans, tu feras)

Pour commencer, je ne me suis jamais habituée au fait d’avoir un truc posé sur le nez. Le fait que je ne mettais des lunettes qu’en cas d’extrême nécessité — parce que je suis une sudiste et que je supporte le soleil, tu vois — aurait dû me mettre la puce à l’oreille.

« Tu vas voir, tu vas vite oublier que tu les portes ». Tu parles ! Esprit de contradiction ou appendice nasal difficile, je ne saurais dire. Mais toujours est-il qu’à force de râler me dire que ça chatouille, ça gratouille, ça me gêne, et autres « rah j’ai un truc sur le piiif… ah oui, mes lunettes », j’ai fini par ne plus les sortir que tous les 36 du mois quand vraiment, par exemple, j’ai l’air trop con depuis trois quarts d’heure à essayer de décrypter ce qu’il y a d’écrit sur le menu du McDo (mais faut dire, aussi, qu’ils les mettent super loin leurs menus !).

Problème : à trop faire passer le stick pour les lèvres et la culotte de rechange avant l’étui à lunettes dans le sac à main, on finit par oublier ce dernier. Et, c’est bien connu, c’est quand on oublie quelque chose qu’on en a enfin vraiment besoin. Chienne de vie.

Du coup, c’est assez facile de repérer un-e myope pas bien fin-e. Prenez le métro, par exemple. Si vous croisez un individu lambda ayant ceci de moins lambda qu’il se promène dans les souterrains mal éclairés avec des lunettes de soleil mais qu’il n’a pas de canne blanche : félicitations, vous venez de croiser une andouille myope qui ne sait pas trop où il ou elle va mais qui a besoin de lire les panneaux indicatifs de plus loin pour éviter de devoir aller se coller devant chacun d’entre eux. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, hein.

De même qu’un-e myope sans ses lunettes n’est pas forcément malpoli-e. Je veux dire, avez-vous la moindre idée de la difficulté que représente un rendez-vous quand on n’arrive pas à bien distinguer les visages de loin ? En dix minutes à attendre ta pote sur une place bondée de monde, tu as le temps de :

  • plisser les yeux devant des silhouettes qui approchent
  • mettre des gens mal à l’aise à force de les fixer sans parvenir à décider si tu les connais ou pas
  • mettre des gens mal à l’aise en leur souriant, pour voir s’ils réagissent (« Bonjour es-tu mon ami ? »)
  • virer paranoïaque en te disant que si ça se trouve, elle est là, quelque part autour de moi, cette enflure, à me regarder en se marrant
  • finir par mettre un vent à ta pote.

T’y arriveras, faut pas t’énerver.

Je vous raconte pas le coup que ça met à votre vie sociale (ou à votre dignité). Voire dans votre face, si vous faites la frayeur de sa vie à une pauvre petite mamie un beau soir en entrant dans sa voiture par inadvertance parce que vous étiez persuadée que c’était votre mère qui venait vous chercher.

C’est que ça se défend, les petites mamies.

De mauvaise foi, tu seras

Quand ce n’est pas l’oubli, c’est que l’étui a le chic pour se caler au fond du sac, ou qu’on a la frange trop longue. Parce que les lunettes quand on a la frange trop longue, c’est passer une heure à se virer la touffe de poils de devant les yeux et se coincer des petits cheveux dans les coins des lunettes, avant de passer trois heures de plus à décider si on met la frange devant ou derrière les verres pour finalement se dire que ça ne sert à rien parce qu’avec ou sans lunettes, avec la frange dans la fiole on ne voit rien. Bref. Il y a toujours un truc pour finir par ne pas mettre ses lunettes.

Et pourtant, me direz-vous si vous suivez toujours, on me les a bien prescrites pour que je les utilise, ces lunettes ! C’est un fait, ne serait-ce que pour soulager le quotidien de mon entourage, ou ne pas constituer un danger ambulant. Mais quand on a la flemme, c’est fou toutes les parades qu’on peut trouver pour ne pas avoir à sortir les lunettes. Toi-même tu sais.

En cours — Il serait plus malin d’aller s’asseoir devant, mais d’une, vous préférez vous installer dans le fond pour ne pas croiser le regard du prof / roupiller / rester près de la sortie (rayer la mention inutile). Et de deux, vous allez quand même plisser des yeux comme mémé. Autant aller s’asseoir entre deux camarades à la vue vaillante ou n’ayant pas eu la flemme de mettre leurs lunettes, passer le reste du cours à leur demander « y a quoi d’écrit, là ? » et finir par copier directement leurs notes, voire vous faire promettre une photocopie accompagnée d’une boîte de chocolats et d’un bouquet de fleurs pourvu que vous fermiez enfin votre gueule.

En cours dans un amphi — Comment est-il seulement possible de lire les pattes de mouches d’un prof sur un tableau dans ces conditions ? C’est assez, dit la baleine, je me cache à l’eau je refuse de suivre un cours dans des conditions de travail aussi déplorables.

Dans un fast-food — Alors, oui, déjà, quelle idée d’afficher les menus aussi loin derrière la caisse ? Avec tout l’argent qu’ils mettent en posters dans tout le restaurant, il ne leur viendrait pas à l’idée de proposer des flyers pour qu’on puisse choisir tranquillement dans la queue, sans avoir à alterner sautillement et plissement des yeux entre les gens pour retrouver le nom du burger dont on a envie ? Et finalement, on prend des nuggets pour la 2134ème fois parce que c’est tout ce qu’on a retenu du menu. C’est bon, les nuggets, aussi, d’abord. Même noyés dans vos larmes.

Devant un film d’auteur yougoslave en VOST — Vous passez votre temps à faciliter le transit de votre entourage en faisant campagne pour que le monde entier regarde les films en version originale et que l’on dise sus aux horribles doublages et traductions foireuses qui font perdre de leur authenticité à l’oeuvre concernée. Vous savez pertinemment que tout le monde vous attend au tournant parce qu’ils ont tous un sourire de prédateur sur les lèvres, prêts à vous sauter dessus dès que vous demanderez à choisir le film en VF. Plutôt crever. Vous et votre honneur intact passez 3h50 devant un film dont vous ne pigez que dalle.

En voiture, sur le siège passager, en charge de trouver la bonne sortie — « Ah, c’était là en fait. … NAN MAIS TU VAS TROP VITE AUSSI. »

En voiture, sur le siège du conducteur – Vous faites remarquer que si vous roulez doucement et qu’on ne met pas quelqu’un de myope sur le siège passager pour lire les panneaux, tout devrait bien se passer. On vous prend les clés malgré vos molles protestations et vous passez le voyage à roupiller sur le siège arrière pendant que quelqu’un d’autre conduit votre propre voiture.

Non mais, de toute façon, si je mets trop mes lunettes, mes yeux vont s’habituer, aussi, et ça, c’est pas bon pour eux, vous voyez. En fait. Non ?

Sur le glamour, tu t’essuieras

Mais enfin, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il m’arrive de mettre mes lunettes. Et encore une fois, en aucun cas ne trouvai-je la chose inesthétique. Je vois même un potentiel glamour et sexy dans le port des lunettes, la façon de les mettre, de regarder par-dessus, de mordiller la branche (ce qui ne sert à rien et te coûte une blinde, on est d’accord)…

C’est juste qu’en ce qui me concerne, j’ai juste dû rapidement faire une croix sur l’aspect classe et glamour. Par réalisme. Vis à vis de mes compétences personnelles.

Histoire de ma vie.

Prenons par exemple les deux longues années perdues de ma vie à écrire un mémoire. Allez savoir pourquoi, j’avais décidé que ça ferait plus classe de travailler devant mon ordi avec mes lunettes, et peu importait le reste de la tenue « je n’ai plus de vie » à base de t-shirt Snoopy, pantoufles lapins et pantalon de yoga taché de sauce tomate (ou du moins on espère que c’est de la sauce tomate). Et ce, même si ça ne servait à rien vu que je n’ai aucun problème pour voir de près, et que ça me chatouillait le nez et les oreilles et que je ne savais plus comment les mettre pour les oublier…

Il se trouve que cette manie venue de nulle part était incompatible avec deux autres de mes caractéristiques : mon amour pour le thé très chaud, et mon aptitude à paniquer pour rien. C’est bon, vous l’avez, l’image mentale de la grande fille de 22 ans qui manque de se péter la gueule de son fauteuil à roulettes parce qu’elle a de la buée sur ses lunettes pour la 42ème fois de l’après-midi mais que ça la fait toujours autant flipper ?

Enfin, pour vous dire si tout est lié : agiter frénétiquement les bras dans la panique (oui, bon, on réagit tous différemment face à la surprise, je vous remercie), ça crée des courants d’air, qui suffisent souvent à me faire attraper un rhume. Et le rhume quand on a des lunettes, ça veut dire narines qui chatouillent et… Ah mais j’en vois dans le fond dont l’expression me fait dire qu’elles et ils ont déjà compris où je voulais venir et aimeraient que je n’aille pas plus loin dans les détails ! Soit, par respect pour les plus rapides dans la galerie, j’en resterai là.

Mais sachez que la vie est moins belle à travers la morve.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • CaroChouette
    CaroChouette, Le 19 mars 2014 à 10h33

    Me souviens que lorsque étais plus jeune, je ne voulais pas non plus mettre mes lunettes car lorsque je me regardais dans le miroir je me trouvais plus jolie floue que nette ... oui tout a fait :oo:

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