De l’art d’être une malade chiante

Vous êtes malade et vous avez la désagréable impression que le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant ? Séchez vos larmes et mouchez votre morve : Sarah vous explique comment bien rappeler au monde que vous et vos microbes, vous existez.

De l’art d’être une malade chiante

Voilà, c’est officiel : vous avez encore attrapé la dernière saloperie en date. Gastro, rhume, grippe… En ces temps incertains où le thermomètre — pas celui que vous avez dans les fesses, l’autre — se prend pour les montagnes russes entre ère glaciaire et retour du printemps, c’était gagné d’avance que vous alliez finir dans un état au bord de l’agonie.

Cet article est plein de lolcats, parce que quand je suis malade, j’ai le droit.

Et être à l’agonie, que ce soit la tête dans une bassine ou noyé-e dans un océan de mouchoirs vaguement gluants, c’est contrariant, nous sommes bien d’accord. Rien ne va, vous allez mourir, là, abandonné-e de tous et seul-e dans votre morve, vous qui étiez si jeune, si innocent-e, encore un enfant et pourtant… Et tout le monde s’en fout. Ou du moins, les gens continuent à vivre normalement.

Scandale ! Infâme ignominie et parfaite outrecuidance ! Fi, ma mie, allez-vous donc vous faire ignorer les muqueuses, que vous avez d’ailleurs fort irritées ? Que nenni, ma croûte ! L’heure est à la riposte, et pendant que la population à l’intérieur de votre petit corps frêle reproduit la guerre de tranchées à son échelle, faites savoir au monde que son manque de désespoir devant la maladie qui vous ronge les sinus vous indispose presque autant que le sit-in qui a lieu dans vos narines.

Vous avez le nez bouché

Infamie parmi les infamies : le nez bouché. Dans un précédent article, j’ai eu l’occasion de vous faire brièvement part de ma grande aversion à l’égard de ce fâcheux état obstructeur. Sachez que vous ne pourriez pas trouver mieux que moi pour vous expliquer comment être chiant-e en ayant le nez bouché : c’est un art que je pratique depuis que je sais communiquer assez bien pour faire savoir à mes parents que je ne respirais pas normalement et que cela me contrariait fort.

Pour commencer : refusez de dormir. Et même de vous allonger. Ça ne devrait pas être bien difficile, vu combien il est désagréable de se trouver en position horizontale avec un nez bouché (ALLO UI CER BOUCHON). Stipulez bien qu’il est impossible et même inhumain d’essayer de trouver le sommeil alors que votre voie respiratoire habituelle vous déteste, et que vous ne trouverez pas le repos tant que quelqu’un ne vous aura pas trouvé le remède miracle. Même que vous pourriez mourir dans votre sommeil, et tout.

En bonus, une petite crise d’angoisse, qui vous permettra de décupler l’absurdité de la situation en hyperventilant – ou la preuve que vous êtes tout à fait capable de respirer par la bouche.

« Hyperventilation-chat tente de calmer ses nerfs »

Si vous avez, comme moi, la chance d’avoir un papa ORL (le docteur qui s’occupe des nez bouchés et autres trucs du genre) assez blasé vis-à-vis des obstructions nasales et des hystériques qui les accompagnent, le challenge peut prendre des proportions de Roland Garros :

– Papaaaa, j’ai le nez bouché !
– Mouche-toi. (Conseils pourris, vous vous souvenez.)
– Comment tu veux que je me mouche, si j’ai le nez bouché !
– Eh ben mouche très fort.
– Ça marche pas.
– Respire par la bouche.
– J’aime pas ça.
– Lave-toi le nez.
– Je peux pas, c’est bouché.
– Lave-toi le nez très fort.
– Je… Mamaaaaaan !!

(Et là, normalement, vous avez compris la blague avec le Roland Garros.) (Mais si, le passage de balle, tout ça.) (Bon. Laissez tomber, j’ai été fière de ma vanne pendant un quart de seconde, ça me suffit.)

Et surtout, surtout, pensez petit pif bouché : faites la gueule. Fort.

En résumé !
Ne dites pas : « J’ai le nez bouché. »
Mais : « DE BEUX BAS RESBIRER, DE BEUX BAS RESBIRER, DE BAIS BOURIIIR »*

(* « Ventre saint-gris, il semblerait que l’une de mes narines soit obstruée d’une manière qui m’inquiète quelque peu. »)

Peut-être un peu de fièvre ?

Vous avez de la fièvre, mais apparemment « pas assez » pour mériter plus d’attention que les quelques bulles du cachet effervescent qu’on vous a donné dans un verre, et qui vous postillonne dessus avec véhémence. C’est bien la peine de se sentir tanguer comme en pleine mer, si on n’a même pas la satisfaction de se faire secourir par une cohue de beaux matelots. Laissez-moi à mes métaphores obscures, ma chaudière en surchauffe et moi nous comprenons.

Si tout le monde vous laisse à vos délires fiévreux pour vaquer à ses occupations, une seule solution : partagez votre expérience. Non, parce que bon, si on passe la tête lourde, le moindre de ses membres douloureux et l’impression de sortir d’un caveau après un siècle de sieste pour aller manger des cerveaux, la fièvre, c’est rigolo, hein.

Du coup, c’est fun de partager un peu… les chats que vous voyez dans la cuvette en allant faire pipi (« Et là, je lui ai pissé dessus, et il a disparu en se transformant en papillon »), les peluches qui font du french cancan sur votre lit (« J’ai essayé de danser avec elles, c’est pour ça que je suis tombée »), votre reflet qui vous fait des commentaires sur votre allure (« Et c’est pour ça que j’ai tapé dans le miroir et que tu me soignes la main, tu vois »), ou la porte que vous voyiez clairement ouverte (« C’est monsieur Panda qui l’a refermée quand je passais, je l’ai vu. »).

« J’AI TROUVÉ DES PILULES ET JE LES AI MANGÉES »

Et, pendant que vous augmentez le niveau de vigilance de votre entourage, n’oubliez pas d’envoyer des mails à des gens très importants. Comme votre boss ou votre directeur de mémoire.

« Salut vieille biche, ça couille ? »

Enfin, n’hésitez pas à faire quelques expériences – l’esprit embrumé, certes, mais scientifique ! Tentez, par exemple, les effets du grog bien tassé sur vos 38,5 de fièvre, ou de faire le poirier pour voir le monde dans l’autre sens et épater votre entourage. Vous devriez être en mesure de communiquer vos résultats et vos observations de manière assez graphique.

En résumé !
Ne dites pas : « J’ai de la fièvre. »
Mais : « JE VOIS DES SLIPS QUI SONT MORTS. »

Bingo ! Vous êtes aphone.

C’est un effet pervers de la technique de la/du malade chiant-e : à force de faire… d’enquiquiner le monde en vous égosillant pour lui faire savoir que vous avez un pet de travers, vous risquez l’aphonie. Du jour au lendemain. Paf. Comme ça.

En soi, c’est plutôt marrant, l’aphonie, quand vous n’avez pas trop mal : vous ouvrez la bouche pour parler, et tout simplement rien ne sort. Vous êtes même en droit de soupçonner une pratique vaudou quelconque autour de vous visant à vous faire fermer votre trogne au moins quelques jours.

Sachez cependant que l’aphonie est un cas difficile, car il est en l’occurrence plus facile pour votre entourage de vous troller que l’inverse (par exemple, quand j’étais jeune, des amis m’ont offert un tableau véléda pour que je puisse communiquer). Il vous faut donc réagir avec les deux armes qu’il vous reste, et alterner avec dignité entre…

  • L’expression silencieuse mais frénétique de votre contrariété

Vous agitez les bras très vite devant votre interlocuteur en lui offrant les uniques syllabes qu’il vous reste, à savoir « hhhh hhh », de façon à avoir l’air d’un Nazgul sous acide.

  • L’expression silencieuse et taciturne de votre déception

Vous partez faire la gueule, mais de préférence bien au milieu du passage pour que tout le monde vous voie.

« Je vais te tuer jusqu’à ce que tu en meures. »

Allez, répétez après moi : HHHHH.

En résumé !
Ne dites pas : « … »
Mais : « hhhhhhhhh !!!! hhhhh !!! hh ! »

Et du côté de vos intestins ?

Je vous dirais bien de nous éloigner un instant des rivages gluants des problèmes de nez et de gorges, pour partir vers les contrées du Sud que représentent vos intestins, mais si ces derniers sont en feu, tout ce que vous allez pouvoir emmerder, c’est vos toilettes. (J’assume étrangement cette blague.)

À la limite, entre deux purges (d’en haut ou d’en bas ou des deux à la f… quoi encore ?), vous pouvez essayer de balancer une ou deux blagues scato, mais attention au retour de flamme : ne vous faites pas vomir vous-même. Et comme il y a probablement des âmes sensibles dans l’assistance qui vont me faire payer mon humour pipi-caca, je clôture ici le paragraphe sur la gastro.

En résumé !
Improvisez.

Ben oui, écoute.

Voilà ! Il ne vous reste plus qu’à saisir un paquet de kleenex (ou de PQ), et de passer à l’offensive ! Nul ne saura ignorer l’état de décomposition avancé dans lequel se trouve votre âme meurtrie par vos muqueuses (ou votre anus) enflammées. Vivez votre virus comme un art. Vivez chiant-e.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lysette
    Lysette, Le 21 août 2015 à 14h21

    ça tombe bien pour moi ce best off sur facebook, ça fait deux jours que je suis malade et que j'arrête pas de me plaindre a tout le monde genre "j'ai mal a la gorge", et puis je renifle, je tousse, bref la collègue bien cool dans l'open space. En plus je suis de très mauvaise volonté quand je suis malade, je considère que je devrais être autorisé a rester au lit en buvant de la tisane et en regardant des films jusqu'a ce que ça passe (mais j'ai un rhume, je suis pas assez mal pour ça, puis j'ai des choses a boucler pour le travail)

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