Anne Horel et ses vidéos psychédéliques – L’art content pour rien

L'art contemporain, ce n'est pas chiant, loin de là. La preuve avec Anne Horel, une artiste numérique prolifique.

Anne Horel et ses vidéos psychédéliques – L’art content pour rien

Si je te dis « art contemporain », je crains qu’il n’y ait de fortes chances pour que tu hausses les sourcils jusqu’à la racine des cheveux, voire plus haut. L’art contemporain, pour une encore trop grande partie de la population, c’est ennuyeux, incompréhensible, moche, et autres qualificatifs peu glorieux. Les exemples de ce manque d’amour sont plus nombreux que les singles de Lorie.

Dernier en date : la sculpture « Tree », installée sur la place Vendôme à Paris en octobre, ressemblait à un plug anal, et certains l’ont jugée si inappropriée qu’ils l’ont saccagée.

Si je m’arrête là, il n’y aura pas d’article, ce qui serait quelque peu gênant, mais surtout bien dommage, parce que l’art contemporain, ça peut être émouvant, instructif, esthétique (suivant tes goûts) voire carrément funky et monstrueusement ludique. Bref, je te propose d’aller au-delà des préjugés, et de te faire (re) découvrir ce pan de l’art, sans prise de tête.

Pour cela, je t’invite à écouter cette petite introduction musicale, en tempérant légèrement le son de tes hauts-parleurs :

Cette ode à l’art-content-pour-rien pleine de second degré regroupe tous les clichés qu’on peut associer aux artistes contemporains : élitistes, qui s’auto-touchent sur des trucs sans intérêt pour le commun des mortels et pète plus haut que leurs fessiers. Elle a été réalisée par Anne Horel, une artiste contemporaine française à l’univers complètement déjanté et donc très drôle.

Mais quelle est donc cette étrange personne ?

Anne Horel est née en 1984, comme le titre du livre de George Orwell, et a fait hypokhâgne avant de poursuivre ses études à l’école des Beaux-Arts de Paris-Cergy. Elle se définit elle-même comme « artiste du collage, fabriquante de GIFs, vidéaste, chanteuse, performeuse et licorne à temps partiel ».

Et concrètement, elle fait quoi ?

Le truc d’Anne Horel, c’est l’art numérique ou Net-art (Laystary t’avait déjà parlé ici d’un autre de ses représentants, Rafael Rozendaal), mais il paraît qu’elle refuse qu’on lui colle cette étiquette.

En bref, Anne Horel compile des images fixes et animées et des vidéos pour fabriquer des oeuvres qui utilisent à peu près tous les supports visuels connus que peut offrir l’Internet :  des clips YouTube, des GIFs, des Vine, des posts Tumblr, Instagram... C’est fluo, vivant, ça clignote, bref, si tu as la rétine ou le coeur un peu sensible, il vaut peut-être mieux y aller mollo car son boulot pique un peu les yeux.

En fait, Anne Horel s’inspire des réseaux sociaux, du graphisme des années 1990, des zappings de télévision, des jeux vidéos, des memes Internet et de la culture web dans tout ce qu’elle a de plus pop. L’artiste mélange joyeusement tout ça, ce qui donne des assemblages ultra kitsch qui peuvent (et sans doute veulent) paraître de très mauvais goût.

Tu peux aussi t’amuser à repérer les motifs récurrents dans ses oeuvres : la pizza au pepperoni, les stars comme Ryan Gosling ou Miley Cyrus, les licornes, les fonds arc-en-ciel, les sonores de Windows, les LOL cats, les emojis…

Anne Horel est elle-même une figure de son art. La créature a même tellement pris le pas sur la personne qu’on ne trouve presque rien de sa vie personnelle dans les tréfonds du web.

Le personnage, lui, s’habille avec toutes les couleurs et tous les motifs qu’un globe oculaire humain est capable de supporter, porte des lunettes de soleil en performance et s’insère de manière plus ou moins explicite dans toutes les oeuvres de l’artiste. Par exemple, son exposition Carte présentée en 2012, compile des cartes de visite insolites, dont une grande partie sont réalisées à partir de ses statuts Facebook publiés en 2009.

En 2011, elle expliquait dans une interview pour Silicon Maniacs :

« […] constaté que Facebook fait qu’on parle de soi à la troisième personne. Ton nom devient une sorte de Trademark. Anne Horel à la télé, sur internet, dans les pubs, les salons d’art contemporains… »

Ce genre de déclaration peut sembler complètement mégalo. Mais une autre qualité d’Anne Horel est de donner l’impression de ne jamais rien prendre au sérieux. Elle plane au second voire au 3000ème degré. Par exemple, elle parle souvent de sa chatte, mais il ne s’agit que de… son chat, qui est également devenu le sujet d’une de ses vidéos.

Sur Letsdyke, elle expliquait être :

« profondément navrée de la tournure que prend la plupart des choses sur cette planète. Je suppose que de garder son sens de l’humour et un peu de dérision est probablement le meilleur moyen de se positionner à la frontière des deux. »

Anne Horel a peut-être les neurones à fond dans la virtualité, mais elle quitte souvent le web pour développer ses oeuvres.

Pour le projet J’irais surfer chez vous, elle est ainsi partie à la rencontre de ses amis Facebook pour réaliser une exposition collaborative. Pendant l’été 2013, elle a tourné dans le Michigan une série de six vidéos et six clips intitulée Michigannehorel, financées grâce à la plateforme de financement participatif KisskissBankBank, dans lesquels elle fait découvrir cet état américain à sa façon. En 2014, elle a conçu une vidéo hommage pour les 30 ans de Canal +, chaîne à laquelle elle contribue pour l’émission L’Oeil de Links, et anime toujours une émission sur Radio Marais.

Une oeuvre à retenir

Dans un portrait chinois numérique, Anne Horel explique que si elle était un clip, ce serait le sien, Clique sur moi, qui a fait vibrer tout le web en 2012. Elle a mis dedans « des PNG, des dessins animés, de la webcam, du photobooth », et surtout une dose de folie créative assez impressionante qui confine aux effets de la drogue.

Son actu

Un des aspects particulièrement cools d’Anne Horel, c’est qu’elle est tout le temps productive, et donc jamais périmée. Elle admet elle-même passer sa vie sur Vine, où elle consulte les oeuvres de ses petits camarades et poste à peu près une vidéo par jour les semaines de grande forme. Et son compte est absolument délirant.

Ses derniers Vine sont aussi bien des mélanges de GIF du pire de l’Internet des années 2000 que des hommages à Charlie Hebdo, réalisés pas plus tard que la semaine dernière.

Quand Vice lui demande de commenter son travail, Anne Horel explique qu’elle veut transmettre un message plein de « couleurs, d’humour et d’absurdité » et repenser le monde qui nous entoure grâce à cet outil merveilleux qu’est l’Internet :

« Je suis née dans les années 1980 et j’ai grandi dans les années 1990 avec l’héritage du mode de vie de mes parents et de mes grands-parents. Ils sont incompatibles [avec la période actuelle, NDLR]. Tous les codes avec lesquels j’ai été élevée ne sont plus légitime. Tout doit être reconstruit, reimaginé et recréé, principalement à cause d’Internet ».

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Luonnotar
    Luonnotar, Le 15 janvier 2015 à 18h08

    Je trouve que la musique et les paroles (et sa voix) ressemblent beaucoup à Sexy Sushi ;)

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