Comment j’ai surmonté l’angoisse de passer au tableau

Passer au tableau, ça peut être une grosse source d'angoisse. Mymy, autrefois maladivement timide, a régulièrement haï cet exercice... Mais avec le recul, ça l'a fait grandir !

Comment j’ai surmonté l’angoisse de passer au tableau

Je l’expliquais dans le dernier épisode de Laisse-moi kiffer, le podcast du kif et de la digression made by madmoiZelle : l’école, les études, les cours, ça ne me manque absolument pas.

Le monde du travail, en tout cas tel que je le connais, me convient parfaitement.

Élève, je me levais plus tôt, je finissais plus tard, j’avais une charge de travail supérieure à celle des mes 35h, et des devoirs à faire le soir.

Salariée, j’arrive à 9h, je me tire vers 18h, et je peux aller boire des coups vivre ma vie en toute détente, sachant que mon taf prend fin quand je passe la porte du bureau.

Passer au tableau, ça ne m’angoisse plus

Il y a un point commun entre ma vie d’élève et ma vie de rédac-cheffe adjointe : je passe au tableau. J’explique des trucs à des gens qui me regardent parler en silence.

Avant, j’en avais horreur… Mais maintenant, je kiffe !

Alors comme tu stresses peut-être à chaque fois que ton ou ta prof cherche qui envoyer au casse-pipes, je me dis que mon expérience peut t’aider. J’espère en tout cas !

Passer au tableau, une source d’angoisse

Ce qui m’a inspiré cet article, c’est ce tweet, qui a connu un beau succès.

« Arrêtez de forcer les élèves à présenter devant toute la classe, laissez-leur le choix. »

L’auteure de ce tweet explique dans plusieurs réponses que quand on souffre d’anxiété, quand on a du mal à s’exprimer en public, des tâches comme présenter à l’oral peuvent être une souffrance.

Elle suggère donc que les profs laissent le choix à leurs élèves : passer au tableau, ou rendre simplement leur travail rédigé.

Vis ma vie de personne TRÈS timide

En soi, je comprends d’où vient cette jeune femme : pendant longtemps, j’ai été timide.

Mais pas gentiment timide, avec les joues qui rosissent et les mains qui frémissent, non. Maladivement timide. Sueurs froides, coups dans la poitrine, nœuds à l’estomac.

Pour vous dire, j’étais si timide qu’une de mes maîtresses a mis plusieurs jours à apprendre que je savais parler. Elle a suggéré à ma mère de me mettre dans une école spécialisée pour personnes muettes.

Moi face à des gens que je ne connais pas

J’ai écrit tout un article pour expliquer comment vaincre sa timidité, et j’y indiquais notamment que par « vaincre », je veux dire « apprendre à la contrôler » :

« Parfois, la timidité devient un handicap, elle ralentit, et c’est bien de pouvoir la mettre en pause quand on le souhaite. Quitte à l’accueillir à bras ouverts un peu plus tard. »

Passer au tableau, ça a été un des outils me permettant de maîtriser ma timidité.

Une timide VOLONTAIRE pour passer au tableau

En primaire, j’étais scolarisée dans une école Freinet. Je ne savais pas que c’était un type d’éducation particulier, basé sur des méthodes spécifiques : c’était juste mon établissement de quartier !

La pédagogie Freinet valorise l’expression et la liberté des enfants. En classe, chaque matin, il y avait le même rituel, celui du « tableau ».

Les élèves pouvaient s’inscrire au tableau en arrivant, et ça indiquait qu’ils et elles souhaitaient parler à toute la classe, généralement d’une découverte cool, d’une passion ou d’une histoire à raconter.

Toutes les journées commençaient donc par un petit moment d’expression, sur la base du volontariat.

OK c’était pas toujours le feu.

Rien ne m’obligeait à passer au tableau. Mais mon syndrome de la bonne élève, mon côté Hermione en gros, me poussait à être régulièrement volontaire, pour ne pas faire « moins bien » que les autres.

J’ai donc plusieurs fois porté mes couilles, ou plutôt mes ovaires, pour raconter d’une voix chevrotante que ce dimanche, j’ai cueilli des girolles avec mon papa, et même que j’ai vu un chevreuil, enfin je l’ai pas vu mais mon papa il m’a dit qu’il y en avait un.

Fascinant, vous en conviendrez.

Comment ne plus stresser au moment de passer au tableau ?

Passer au tableau, c’était horrible. Longtemps. Puis un peu moins. Puis franchement moins.

J’ai fini par développer quelques techniques pour atténuer ma panique :

  • Noter mes points principaux sur un papier pour ne pas me perdre dans mon propos et bafouiller
  • M’adresser principalement à un ou une pote dans la classe pour avoir un regard bienveillant
  • Amener des objets pour m’occuper les mains, ou pointer des mots au tableau
  • Si je cafouille, si je bégaie, me reprendre et idéalement faire une petite blague pour détendre l’atmosphère

Apprendre à passer au tableau, une souffrance TELLEMENT utile

Ouais, pendant longtemps, passer au tableau c’était quelque chose que je me forçais à faire, on qu’on me forçait à faire. Parce qu’une fois sortie de l’école Freinet, je n’ai pas toujours eu le choix de m’y coller ou non.

De la 6ème à ma dernière année de fac, il y a toujours eu des moments d’expression orale, des exposés, des TPE, et si j’avais pas envie c’était pareil, et avec le sourire hein, merci mademoiselle !!!

Avec le recul, je BÉNIS ces moments. Me faire violence pour sortir de ma zone de confort, ça m’a littéralement appris à m’exprimer.

Aujourd’hui, je peux parler devant mes 20 collègues, devant 100 personnes, devant 1000 personnes. J’ai envie de faire des conférences, pourquoi pas un jour de monter sur scène, ou de passer à la télé, tiens.

Et ça ne sert pas qu’au boulot, de savoir ouvrir sa bouche. Anniversaires, mariages, naissances… tu entendras plus d’une fois « Un discours, un discours » dans ta vie !

Pour ton Oscar, déjà

Je me sens épanouie, je n’ai plus de crises de panique à la simple idée de prendre la parole. Je n’ai plus peur de ma voix, de mes opinions, de m’exprimer.

Et je me dis qu’en faisant ça, je montre aussi un peu l’exemple, je suis une femme qui prend la parole dans un monde masculin, et plus il y en aura, plus ça en inspirera d’autres… et cætera, et cætera !

De l’utilité de motiver les troupes

Bien sûr, certaines personnes souffrent de sérieux troubles de l’anxiété et sont incapables de prendre la parole en public. Je pense que négocier ça individuellement avec les profs doit être une solution possible.

Mais pour tous les autres, tous les gens comme moi qui avaient besoin qu’on leur mette un petit coup de pied aux fesses ?

Si le vœu de la jeune femme qui a tweeté s’était réalisé avant ma naissance, si j’avais pu dire « non, je préfère juste rendre un travail écrit »… je n’aurais pas eu cette évolution.

Je serais probablement restée silencieuse, au fond de ma zone de confort, à l’aise dans la certitude que j’ai « fait l’effort » quand j’étais en primaire et que je n’ai donc plus à m’infliger ça.

Ce que j’ai appris dans ma vie, c’est que plus on attend avant de sauter, plus c’est dur d’y aller. Plus la peur grandit, s’insinue partout, et paralyse un à un les muscles.

Alors… saute ! Toi aussi, j’en suis sûre, tu peux dépasser cette angoisse et donner à ta voix tout ce qu’elle mérite : être entendue !

À lire aussi : Prendre la parole en public, ça s’apprend — Conseils & astuces

CHANSON DE NOEL - MBN & la rédac (clip)

Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu'elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.

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Commentaires
  • Barbanini
    Barbanini, Le 14 septembre 2018 à 22h47

    Le théâtre aide bien, oui, et la répétition aussi....
    Je passe au tableau tous les jours, pendant des heures.... bon c'est mon boulot, mais franchement, je pars de très très loin en terme de timidité et d'expression en public....
    Le challenge au début de ma vie de prof, c'était d'arriver à porter ma voix suffisamment pour qu'on m'entende au fond de la salle (et mes étudiants ne sont pas bruyants...). J'ai pris des cours de chant, aussi, et rien qu'au niveau postural, circulation de l'air, respiration, ça aide aussi beaucoup (non, je n'ai jamais chanté en cours après :d :d :d ). Il y a eu ensuite toute une période où le challenge, c'était de faire des présentations en anglais... ça aussi, on apprend à surmonter sa peur du ridicule.... tourner en humour des situations embarrassantes permet aussi de ne pas laisser de prise au public en que cela se transforme en moquerie....
    Je n'oblige jamais les étudiants à passer au tableau s'ils n'en ont pas envie... je les encourage, et essaie de ne pas les mettre en situation d'humiliation.... trop d'empathie pour le stress qu'ils sont en train de vivre ;)

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