L’anglais et moi : quand le complexe s’est transformé en plaisir

L'anglais n'est pas seulement une langue. C'est un sésame scolaire, professionnel et social. Et face à un enjeu aussi important, les complexes ne sont jamais bien loin...

L’anglais et moi : quand le complexe s’est transformé en plaisir

— Publié le 14 août 2014

Une étrange rumeur court depuis trop longtemps maintenant : l’anglais serait facile. Ce n’est pas parce qu’une langue a un système de conjugaison simple qu’elle s’apprend en cinq jours ! Une langue est, par essence, difficile, nuancée, c’est un moyen de communication qui ne se repose jamais sur ses lauriers. Une langue ne s’offre jamais : elle se conquiert par un long et patient exercice.

Non, l’anglais n’est pas une langue « facile » !

J’ai appris un certain nombre de langues et je peux vous affirmer que l’anglais est aussi difficile à apprendre que le japonais. Les difficultés ne sont simplement pas les mêmes.

L’apprentissage d’une langue n’est pas non plus donné à tout le monde. C’est une matière extrêmement discriminante selon que les parents la pratiquent déjà, que l’on a accès ou non à un matériel culturel suffisant pour s’en imprégner, et surtout selon les moyens que l’on a pour voyager.

Mon premier professeur d’anglais était une femme visiblement fatiguée d’être là. Je n’avais rien contre elle mais je devais porter le prénom de la femme ayant tué ses enfants à coup de marteau-piqueur, ou quelque chose dans ce genre-là, vu la haine féroce qu’elle me vouait…

Remarques blessantes en cours ou en conseil de classe (auquel, déléguée, j’assistais forcément) : je n’étais définitivement pas dans ses bonnes grâces. J’étais adolescente, j’étais bête, je me suis donc mise à détester l’anglais au profit de l’espagnol.

Cette erreur de jeunesse ne se compensa malheureusement pas au lycée où je connus deux professeurs : l’un assez dérangé pour lancer des chaises sur ses élèves, l’autre totalement neurasthénique.

Était-il déjà trop tard ? Incapable de suivre en classe préparatoire, j’ai laissé tomber cette matière au profit d’une option théâtre. Point de fainéantise chez moi, simplement le constat de mon incapacité à suivre.

Le retour de la revanche qui tue

Beat beat beaten, ça je connais !

Alors c’était tout, j’avais déjà baissé les bras ? Non. J’étais bien décidée à reprendre le train en marche. Mais plusieurs détails me freinaient.

Déjà, je ne savais tout simplement pas comment faire. Étudiante, je n’avais ni l’argent ni le temps pour prendre des cours particuliers. Regarder des séries aide à travailler la compréhension, mais pas l’expression. Et ce n’était pas l’heure d’anglais hebdomadaire proposée par ma fac qui allait beaucoup m’aider à progresser…

Autour de moi, je voyais de plus en plus de personnes se proclamer totalement bilingues, et je remercie Norman d’avoir pointé du doigt le phénomène : c’était à qui regarderait les plus longs films sans sous-titres, et à qui aurait le meilleur accent — anglais, surtout pas américain, quelle horreur ! Quand plusieurs Français parlent en anglais entre eux, j’ai encore la désagréable sensation de vivre une compétition muette où c’est à qui trouvera l’expression la plus idiomatique…

Surtout, je ne comprenais pas pourquoi tout le monde s’obstinait à faire comme si l’anglais était une évidence. Quand j’ai commencé mon apprentissage, les séries en streaming n’existaient pas, et on avait rarement l’occasion d’entendre de l’anglais au quotidien si nos parents ne nous y incitaient pas. Ma mémoire défaillante frémissait devant les verbes irréguliers, et je ne voyais pas l’intérêt d’en apprendre un si grand nombre sans apprendre à les utiliser ensuite dans un contexte plus concret.

Mais ce qui me laissait le plus perplexe, c’était cette satanée question de l’accent. Aucun de mes professeurs n’avait été en mesure de nous expliquer comment avoir ce fameux accent : devait-on faire comme si on avait une patate chaude dans la bouche ? Exagérer les consonnes ? Avoir l’accent anglais, américain, écossais, irlandais, indien ? Pourquoi en faire toute une affaire quand les Australiens nous prouvent qu’on peut parfaitement parler anglais ET rester incompréhensible d’une grande partie des anglophones ?

Je suis partie deux mois en Irlande pour affronter le démon en face. Dans ce pays, l’accent anglais est loin d’une être une sinécure. Ce voyage, il fallait des moyens pour le faire… Et c’est lui qui m’a définitivement mise à l’aise en anglais. Celles qui ne peuvent pas voyager sont discriminées de façon injuste, surtout quand on insiste au quotidien sur les enjeux si importants de la maîtrise de l’anglais dans notre monde.

Comment parler anglais est devenu un plaisir

Lors de ce voyage, je rencontre des gens de tous horizons, de tous niveaux. Dans nos cours, nous sommes organisés en groupes et nous débattons de sujets passionnants : discuter, à Belfast, capitale de l’Irlande du Nord, de la question de l’autonomie des régions entre Français, Irlandais, Catalans, Castillans et Basques, restera un souvenir mémorable !

Comme dans L’Auberge espagnole, mais en anglais ! Et avec des Espagnols…

Je découvre que le plus important en anglais, comme dans toutes les langues, ce n’est ni l’accent ni la variété du vocabulaire : c’est de pouvoir communiquer. Tout spécialement en anglais, langue qui joue le rôle de pont entre les cultures. Tout est subordonné à cet objectif : se faire comprendre. C’est ça qui donne à l’accent, au vocabulaire et à la grammaire leur importance.

Ensuite vient la passion pour une langue ou une culture qui peut pousser à la perfection, mais ce n’est pas l’objectif principal car tout le monde ne peut pas être passionné par l’anglais ; par contre, tout le monde, tôt ou tard, se retrouvera dans une situation où cette langue sera utile.

L’anglais m’ouvrait enfin de nouvelles perspectives : j’allais travailler, non plus pour des notes ou pour faire bonne impression, mais pour pouvoir parler à toujours plus de gens à travers le monde. 

Motivée, je passe le TOEFL que j’obtiens avec 100 points sur 120, afin de pouvoir postuler dans des masters de fac anglophones.

Obstination, n.f. : qualité essentielle dans l’apprentissage d’une langue

Malheureusement, depuis un moment, je pratique l’anglais avec de moins en moins de natifs et si les programmes télé améliorent ma compréhension, mon expression orale, comme cela a été souligné par les réactions à mon interview de Zach Braff, peut laisser à désirer.

Je me suis proposée pour cette tâche pour plusieurs raisons : il se trouvait que j’étais la seule rédactrice à avoir vu le film, que je suis le travail de Zach Braff depuis des années et que j’aime les défis. Le travail d’interview me passionne : comment créer le dialogue le plus constructif possible entre deux personnes qui se connaissent à peine ?

Durant l’interview, de même qu’avant ou après, nous échangeons sans difficultés : la part du contrat que j’avais passé avec moi-même était remplie. Mais, sous l’effet du stress, un vieux doute s’installe : et si, tout d’un coup, l’anglais redevenait ce bon vieux ennemi ? Je tente de rester pro, mais je me fige dans une attitude un peu trop studieuse. Faute de me détendre suffisamment, je n’arrive pas assez à rebondir sur ses propos et me contente de suivre le fil des questions que j’avais préparées.

Pourtant, finalement, et de façon surprenante, cette interview a été l’occasion de voir que j’avais perdu une bonne partie de mes complexes. Je découvre, amusée, que les réactions sur le forum faisant allusion à mon accent, qui m’auraient mortifiées il y a quelques années ne me touchent plus, que je suis capable de prendre du recul pour m’améliorer à l’avenir.

J’ai perdu, à cet égard, tout ego. J’ai un très bon accent espagnol, un mauvais accent anglais, et alors ? Je suis une passionnée de la communication, j’ai également des bases en portugais et en japonais, parce que ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir parler avec le plus de gens possible sur cette planète, et que j’ai fait le choix de la quantité plutôt que la qualité.

Ce qui, bien évidemment, ne veut pas dire que décider de ne maîtriser que l’anglais, mais de le maîtriser parfaitement, est un mauvais choix. Ou que le fait de pouvoir parler une trentaine de langues (si, ça existe, un de mes profs de fac le faisait) est une mauvaise chose. J’ai tout simplement fait un autre choix, le mien, et j’en assume les conséquences, bonnes ou mauvaises, en toute simplicité !

Seize ans et vingt langues. La vidéo la plus bluffante de l’univers.

J’admire celles qui, passionnées, maîtrisent l’anglais dans ses nuances, ses subtilités, avec un plaisir évident. Ce n’est pas mon cas, mais tant qu’on me proposera des projets aussi intéressant que l’interview de Zach Braff, je continuerai à dire « oui » sans me laisser freiner par mes complexes, tant qu’au final le job est fait. Et ce sera, à chaque fois, l’occasion de progresser un peu, sous l’impulsion bienveillante de celles pour qui l’anglais n’a plus aucun secret !

À vous maintenant !

Combien d’entre nous s’obstinent à ne pas réussir à parler espagnol, sous prétexte que les mots s’enchaînent rapidement, qu’il faut rouler les « r » et que la « jota », ce « j » espagnol, vous pose quelques soucis ?

Combien d’entre nous s’auto-sabordent en rougissant dès qu’il s’agit de prononcer nos premières phrases en chinois, de peur d’avoir l’air ridicule ?

Combien d’entre nous gâchent leurs vacances à rester dans leur coin, au prétexte de ne pas pouvoir parler avec les gens du coin ? Comme Cy, expliquant sa gêne à Londres dans ce strip où elle explique bien l’isolement ressenti par celle ou celui qui se sent « rouillé-e », prisonnier-e de sa timidité…

Pourquoi attendre d’avoir un niveau quasi-parfait pour oser parler une langue étrangère, alors qu’Irlandais comme Espagnols ne demandent qu’à nous voir essayer (et à savourer notre accent frenchie) ?

Dites « oui », « yes » « si » ou « hai » et osez pratiquer les langues étrangères non pas comme une contrainte mais comme un jeu : riez de votre accent à couper au couteau et regardez vos interlocuteurs tenter de vous rendre la pareille en français, acceptant à leur tour de mouiller leur chemise !

Les accents, les maladresses… tout cela s’efface devant un sourire et un verre d’apéritif local. Et oui, soyons honnête : bien souvent, l’accent français, à l’étranger, ça plaît. Même si en Espagne ça a tendance à donner l’air un peu cruche…

Dans un contexte professionnel, ne vous sabordez pas au prétexte que vous n’êtes pas la meilleure : on progresse à force de pratiquer, y compris sous pression. Vous ne saurez jamais si vous êtes bonne, ou bien quelles sont vos marges de progression, si vous ne tentez pas votre chance. Suite à cet interview, j’ai pu discuter de mon essai avec Fab, qui m’a donné de précieux conseils pour progresser… Ce que je n’aurais jamais eu si je m’étais contentée de rougir et de décliner la possibilité de papoter avec Zach Braff !

Alors osons, pas à pas, nous décomplexer du slip dès qu’il s’agit de langues étrangères : prenons plaisir à les pratiquer et tâchons de donner du plaisir à ceux qui accepter de discuter avec nous, c’est la richesse de cet échange qui est le plus important !

À lire aussi : Easy Way, le site pour bosser votre prononciation de l’anglais

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lilas DUPONT
    Lilas DUPONT, Le 17 novembre 2016 à 21h25

    Les series en vostfr y a rien de mieux

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