L’ambition et moi : histoire d’une révélation

Mymy n'a jamais été ambitieuse. Mais fin 2014, Mymy a demandé une promotion. Pourquoi ? Comment ? Petite introspection.

L’ambition et moi : histoire d’une révélation

Publié initialement le 5 février 2015

Comme vous le savez (peut-être) déjà, je suis depuis quelques semaines rédac-chef adjointe de madmoiZelle. Yay ! Une promotion ! Ça me rend très heureuse et j’en profite pour vous remercier à nouveau pour votre soutien et votre amour.

Les choses se sont déroulées ainsi : j’ai demandé à Fab si je pouvais devenir rédac-chef adjointe, et il a dit oui.

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup, parce que de base, l’ambition, c’était pas vraiment ma came.

L’attrait du pouvoir, cette langue étrangère

Je n’ai jamais compris, que ce soit dans des films, dans des séries, dans des livres ou dans la vraie vie, les gens dont le but principal semblait être de gagner plus de pouvoir.

Prenez par exemple Frank Underwood, politicien calculateur, cruel et manipulateur superbement incarné par Kevin Spacey dans House of Cards. Frank ne veut pas plus d’argent, un statut social plus élevé, ou accéder au pouvoir pour ensuite mettre en place quelque plan machiavélique : il veut du pouvoir, point. Si quelqu’un est plus puissant que lui, alors cette personne doit tomber.

frank-underwood

À mes yeux, c’était ça, l’ambition professionnelle : vouloir grimper les échelons juste pour grimper les échelons (parfois en écrasant les doigts des autres au passage). Je comprenais l’ambition à plein de niveaux plus personnels, mais au boulot, je ne comprenais pas l’envie d’avoir plus de responsabilités — en plus, c’est quand même chiant, les responsabilités, ça prend du temps, de l’énergie, et si on foire, alors on perd en grade… et donc en pouvoir.

À lire aussi : Le pouvoir protège-t-il des stéréotypes ?

Jamais je ne me serais imaginée réclamer une promotion, défendre cette idée, prouver que j’en suis capable. Il y a ne serait-ce qu’un an, cette idée m’aurait parue ridicule.

Alors qu’est-ce qui a changé ?

À lire aussi : Et si je devenais ambitieuse ?

Allez viens, on va changer le monde

Vous voyez ces pubs neuneus où des employé•e•s tout sourire déclarent « J’aime ma boîte » devant la machine à café ? Eh bah moi, j’aime ma boîte. Pour de vrai.

madmoiZelle, c’est pas seulement un job pour moi : c’est quelque chose auquel je crois. Je crois profondément que ce qu’on fait via le magazine, à notre petite échelle qui s’allonge chaque jour grâce à vous, est utile, positif. Je rencontre des lectrices, des lecteurs, des gens de tous horizons, parfois même des confrères, qui ne nous disent pas « Bravo » ou « Bon boulot » mais « Merci ».

Merci de les faire rire, de les informer, de les aider, de leur offrir un espace où discuter et débattre dans le respect, de les éduquer, de les divertir… C’est quand même chouette, vous savez, d’avoir un boulot pour lequel les gens vous remercient.

Et puis il faut dire que je marre bien, hein, dites.

Et puisque je crois en madmoiZelle, puisque j’ai la volonté de faire grandir le magazine, de l’aider à évoluer, à devenir chaque jour plus solide, j’ai découvert l’ambition. (Bah ouais on y revient, j’ai un peu digressé dans la guimauve mais c’est le sujet de l’article, tmtc si t’as lu le titre.)

Avoir du pouvoir, ça peut être utile : pour manager une équipe (de choc) (de rêve) (d’amour), pour organiser les choses, trancher lors de décisions compliquées, répondre aux questions, offrir son aide. Ça peut être carrément positif, productif. Et alors peut-être que je suis une grosse déconnectée du monde réel, mais ça, avant, je le savais pas !

Un déclic qui a pris… un an (normal)

Pas facile d’expliquer ce qui a provoqué ce changement : ça a été assez progressif.

mackenzie-davis

Je sais qu’il y a un an, lors d’un entretien avec Fab (mon patron, donc), il m’avait dit « Bon, tout va très bien, mais toi, tu veux faire quoi ? ». Et là, le blanc. Le bug. À part « Bah… continuer à faire ce que je fais », je n’avais aucune idée de réponse précise. C’est vrai, ça, je veux faire quoi, moi, dans la vie ?

Je n’ai pas décidé à ce moment-là de demander une promotion, mais ça a déclenché quelque chose. Ça s’est passé un peu comme ça…

« Qu’est-ce que je veux faire ? »

  1. Rester chez madmoiZelle.
  2. Apprendre de nouvelles choses.
  3. Être plus organisée.
  4. Avoir plus de responsabilités.

La liste a continué un petit moment. Et fin décembre, j’ai eu le déclic, alors que je glandais sur le clic-clac de la rédac, en rigolant avec l’équipe pendant une pause déjeuner. « Eh mais… si je demandais à être rédac-chef adjointe ? ».

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Quand j’ai parlé à Fab de l’idée (parce qu’on a causé un petit peu après son « oui » initial), il m’a dit « Eh Mymy, je suis content de voir que tu as de l’ambition ! ». Dans ma tête ça a fait « EH OH ON VA PAS SORTIR LES GRANDS MOTS IL EST FOU LUI ». Ensuite, j’ai réfléchi. Bien réfléchi. À ce qui me rebutait tellement dans le concept d’être ambitieuse.

La vérité, c’est que… je ne savais pas ce que ça voulait dire !

Si toi non plus, t’as pas reçu le mémo

Du coup, vu que J’SUIS CHEF et que je fais les articles que je veux (non je déconne c’était déjà le cas avant), je vous le dis. À toutes celles et à tous ceux qui n’avaient pas reçu le mémo : le pouvoir, en soi, c’est pas mal. C’est pas néfaste. L’ambition non plus. Si vous croyez en quelque chose, et en vous, si vous savez au fond de vos tripes que vous pouvez améliorer quelque chose, le faire grandir, le solidifier, alors n’hésitez plus à exprimer votre ambition !

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Ça peut être ce projet de classe que vous faites en groupe avec des gens pas bêtes mais désorganisés : faites votre Hermione et n’hésitez pas à taper du poing sur la table pour dire clairement les choses. Ça peut être cette boutique Etsy que vous peinez à faire connaître : contactez tout le monde, réclamez des RT et des likes sur Facebook, imprimez de petits flyers pour vos potes ! Ça peut être ce poste qui va se créer ou se libérer dans votre boîte et sur lequel vous lorgnez sans trop en parler aux responsables ou aux ressources humaines. Ça peut être ce manuscrit qui traîne dans votre tiroir et que vous n’avez jamais montré à personne, à part à votre chat, éventuellement.

Je ne dis pas qu’il faut être ambitieu•x•se au point de donner un coup de latte à vos collègues, de saboter la concurrence ou autre action peu charitable : je reste résolument dans la team #BellePersonne et j’espère que vous aussi. Mais interrogez-vous sur vos envies, vos capacités. Sur ce que vous voulez développer en vous comme dans votre boulot, vos études ou vos hobbies. Faites valoir vos qualités auprès de ceux et celles qui pourront vous aider à avancer, à développer vos projets.

Au pire, ils vous diront « non ». Mais même un « non », c’est instructif ! « Non, car je pense que tu n’es pas fait•e pour le management, pour telle et telle raison » ; « Non, je pense que tu devrais plutôt te faire connaître par tel ou tel moyen »… Libre à vous d’être d’accord ou pas, en tout cas c’est constructif.

cameron-howe

En gros, avant, je croyais que l’ambition, c’était celle de Frank Underwood. Maintenant, je me sens plutôt Cameron Howe, mon âme sœur dans l’excellente série Halt and Catch Fire, qui décide de créer sa boîte puisque les entreprises qui l’entourent ne partagent pas sa vision et ses envies.

Et Cameron Howe, croyez-moi, elle est vraiment super cool.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Rainbowelle
    Rainbowelle, Le 7 décembre 2015 à 15h32

    Merci pour cet article! Juste après l'avoir lu j'ai écrit la meilleure de mes lettres de motivations haha ! :pedo:
    J'espère que ça va marcher!

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