Alexis ou le Traité du Vain Combat (Marguerite Yourcenar)

Alexis ou le Traité du vain Combat est un récit présenté sous forme de lettre. Une seule lettre, longue, dans laquelle le personnage d’Alexis s’adresse à sa femme Monique. Revenant sur son passé, de son enfance à son adolescence et même sur les débuts de sa relation avec celle à laquelle il s’adresse, Alexis tente […]

Alexis ou le Traité du vain Combat est un récit présenté sous forme de lettre. Une seule lettre, longue, dans laquelle le personnage d’Alexis s’adresse à sa femme Monique. Revenant sur son passé, de son enfance à son adolescence et même sur les débuts de sa relation avec celle à laquelle il s’adresse, Alexis tente tant de faire comprendre à sa femme ce qui l’amène à lui écrire cette lettre, qui est une lettre de rupture, que de se comprendre lui-même. Sans jamais qu’Alexis ne précise explicitement la raison de la chose, il devient clair au fur et à mesure du récit que c’est son homosexualité, qu’il a en vain tenté de réprimer, qui le sépare de façon inévitable de sa femme.

Alexis reste toujours poli, distant dans son expression. Aucun passage de la vie de ce musicien n’est tout à fait rose, au contraire. Et pourtant il garde une certaine neutralité, quel que soit l’événement sur lequel il revient. C’est que Marguerite Yourcenar, dont c’est ici le premier roman, fait de tout ce dont il parle de simples prétextes : tout n’est là que pour mener à la décision finale d’Alexis, à ce pourquoi il écrit cette lettre à sa femme.

Et pourtant il serait nettement insuffisant de se limiter à cet aspect d’Alexis. Certes tout ce que mentionne le personnage a un but, un destinataire précis, mais ce serait bien trop peu de se contenter de cela et on pourrait presque considérer que ce n’est là qu’un prétexte à l’écriture de cette lettre fictive et prendre la recommandation qu’il fait à sa femme dès le début de sa lettre comme une adresse de l’écrivain au lecteur. "Ce que je vous demande (la seule chose que je puisse vous demander encore) c’est de ne passer aucune de ces lignes qui m’auront tant coûté."

C’est que le sous-titre d’Alexis, Le Traité du vain Combat, n’est pas inutile. Certes il sous-entend qu’après ce vain combat contre sa sexualité, Alexis a finalement dû l’accepter ; mais se focalisant justement sur ce combat, le sous-titre montre déjà que ce qui importe dans ce récit est bien plus le cheminement qui a mené le personnage vers cette rupture, et c’est ce qu’il raconte dans sa lettre.

Car Alexis n’est jamais explicite, son ton est toujours plein d’une certaine distance due tant à sa politesse qu’au souci de sincérité qu’il exprime dès le départ. Et Alexis cherche à se comprendre autant qu’il tente de faire comprendre à Monique ce qui le mène à cette séparation. Ainsi Alexis inspecte ses sentiments ou son absence de sentiments dans ce qui ressemble finalement bien plus à un dialogue avec lui-même qu’à une lettre destinée à quelqu’un d’autre.

La qualité d’Alexis et de l’écriture de Marguerite Yourcenar sont en effet là. Dans le sens où cette distance qu’il établit par rapport à lui-même pour mieux se regarder et se comprendre permet au lecteur de saisir chaque mot, chaque interprétation de tel ou tel point de la vie du personnage comme une réflexion sur la vie humaine. L’écrivain souvent trouve les mots justes en présentant les doutes d’Alexis.

Alexis ou le Traité du vain Combat, éditions Gallimard. Disponible en poche chez Folio. Suivi de Le Coup de Grâce.

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