Agent de surveillance de la voie publique, mon job d’été

Cette madmoiZelle a été agent de surveillance de la voie publique pendant plusieurs étés. Elle vous dit tout sur ce travail de verbalisation accessible dès 18 ans !

Agent de surveillance de la voie publique, mon job d’été

Pendant mes études, j’ai travaillé chaque été en tant qu’agent de surveillance de la voie publique (ASVP) dans une station balnéaire. Ce job consiste en gros à passer la journée à marcher, à renseigner les gens (principalement à leur indiquer où se situe le syndicat d’initiative — l’office du tourisme quoi) et surtout à verbaliser les véhicules qui sont en défaut de paiement ou mal stationnés.

Faisant des études scientifiques et n’ayant jamais été intéressée par le domaine policier, je ne savais pas ce qu’était un ASVP avant d’en devenir une deux mois par an pendant six ans. J’avais entendu parler de ce travail parce que mon frère l’avait fait un été. Il avait apprécié bosser là-bas, et étant donné qu’on se ressemble énormément (on a même quasiment fait les mêmes études), je ne voyais pas pourquoi je n’aimerais pas moi non plus… Juste avant de commencer, je m’imaginais passer mes journées à verbaliser et à m’ennuyer : devoir marcher toute la journée me semblait horriblement long.

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Le recrutement pour être agent de surveillance de la voie publique

Pour pouvoir faire ce travail, il suffit d’envoyer un curriculum vitæ et une lettre de motivation à la police municipale où vous souhaitez postuler. Lorsque vous êtes recruté•e, une enquête de moralité est réalisée pour s’assurer que vous n’avez fait aucune bêtise ou que vous ne traînez pas avec des personnes peu recommandables. En gros, si vous êtes ami•e avec des dealers, ça va sembler suspect et vous serez finalement recalé•e.

Lorsque l’enquête revient bonne, il faut ensuite prêter serment dans un tribunal (nous le faisions toujours le premier jour de la saison), et voilà, après une petite formation vous êtes assermenté•e pour verbaliser et faire régner l’ordre dans les rues de votre ville !

dexter debra morgan detective

C’est ti-par !

J’ai fait la formation directement dans la rue avec un saisonnier qui avait déjà travaillé l’été précédent. Au début de cette expérience, j’étais une personne très réservée et renfermée sur elle-même ; j’appréhendais donc de me faire aborder par des inconnus toute la journée et surtout de les verbaliser (pour me faire disputer, voire insulter).

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Verbalisation et respect

Je me suis très vite faite à la verbalisation, à parfois faire le piquet une heure en plein soleil, aux questions qu’on nous pose et à la peur qu’on lit dans les yeux de certain•e•s quand on passe à côté d’eux et qu’ils sont persuadés que si on regarde leur voiture, ça y est ils se sont pris un PV. La difficulté de la verbalisation était en fait qu’il fallait mettre le moins de PV possible tout en faisant semblant de se préparer à en mettre plein.

En effet, lorsque quelqu’un se fait verbaliser pour stationnement non payé, la grande majorité de la somme payée revient à l’État. Or moi j’étais recrutée par la ville, qui reçoit très peu de cet argent. Il fallait donc souvent faire croire qu’on allait verbaliser une rue pour que les gens aillent payer le parking… dont l’argent revient à la ville.

De plus, il faut savoir que même si nous portons un uniforme, composé d’un pantalon et d’un polo (trop larges car prévus pour des hommes) et des rangers (très sympa quand il fait super chaud), nous ne sommes absolument pas respecté•e•s par les gens. Les insultes, les menaces, les remarques désobligeantes ou même sexuelles sont quotidiennes.

Par exemple, un jour j’ai demandé à un homme de ramasser son reste de cornet de glace qu’il venait de jeter par terre. En retour, il m’a menacée de venir me « casser la gueule à la fin de ma journée ». Bien sûr il ne s’est jamais pointé et a fini par ramasser son fichu cornet… mais ce n’est pas toujours évident à encaisser.

Cependant ce n’est pas ce qui me déstabilisait le plus dans ce job. Travaillant dans une station balnéaire, je croisais beaucoup de vacanciers énervés d’avoir eu un PV qui gâchait TOUT leur séjour (on a beaucoup de pouvoir avec un seul stylo), et surtout je croisais principalement des gens relativement riches. J’avais beau les verbaliser car ils se mettaient TOUS les jours sur le même passage piéton (35€ d’amende à mon époque), ils s’en fichaient totalement, ce qui me mettait en rage au bout d’un moment.

tomdapi agent surveillance voie publique

Eh oui, se garer en double file pour aller chercher son pain alors qu’il y a la queue jusqu’à l’extérieur de la boulangerie, ça peut bloquer la route si tout le monde fait pareil. Je ne pouvais jamais accepter sous le prétexte que « là ça va c’est calme, et il n’y a personne dans la boulangerie », parce que les jours où il y a une forte fréquentation, la personne à qui on a dit oui une fois pense que c’est systématiquement bon ! Avec ce type de public, j’avais parfois l’impression de parler à des enfants : on a beau leur dire « non », ils essayeront toujours de le transformer en « oui ».

Et puis il y a son partenaire de la journée. On patrouille toujours par deux, et on passe donc la journée à discuter avec la même personne. Quand on a des points d’affinité ça se passe hyper bien, et en général la journée se déroule sans encombres. Mais si ce n’est pas le cas, ça se passe moins bien et les heures paraissent beaucoup plus longues. Une fois j’ai eu une collègue qui ne parlait que d’elle, tout le temps et ne se taisait jamais. Quand j’ai regardé mon planning et vu que j’allais travailler cinq jours d’affilée avec elle, je me suis sentie beaucoup moins motivée. Heureusement on peut souvent échanger nos missions avec d’autres si le supérieur est conciliant… ce qui était le cas du mien !

La seule fois où j’ai demandé à ne plus jamais travailler avec une personne, c’était parce que le gars faisait des remarques racistes, homophobes et machistes toute la journée. Par contre, grâce à ce travail, je me suis liée d’amitié avec énormément de gens avec lesquels je suis toujours en contact malgré les années.

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En conclusion…

Je ne regrette pas cette expérience car elle m’a permis de m’affirmer, d’oser parler à des inconnu•e•s, de me montrer autoritaire quand il le faut et surtout de grandir (et également de me faire un peu d’argent). J’aurais pu repiquer pour cet été vu que je n’ai pas encore trouvé de travail suite à mes études, mais l’année dernière je commençais à en avoir marre et j’avais peur qu’une nouvelle saison me rende un peu aigrie !

Je ne pourrais ainsi pas faire de ce travail mon métier car ma patience s’épuise trop vite, mais j’ai énormément aimé le faire, et je trouve qu’il faut beaucoup de courage et de force mentale. Si vous avez le sens de la répartie, beaucoup de patience, quelques notions d’anglais, que vous aimez parler et surtout que vous aimez marcher, lancez-vous !

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– Merci à Tomdapi pour son illustration, retrouvez toutes ses créations sur sa page Facebook !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Nyos
    Nyos, Le 9 juillet 2015 à 15h14

    Ca m'a presque donné envie de le faire, au cas où j'aurai besoin d'un job. Mais malheureusement à cause de mon dos je ne peux pas rester longtemps debout, tant pis.

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