Non, Valérie Pécresse, les jeux vidéo ne sont pas le boss de fin de mes résultats scolaires

Valérie Pécresse a dénoncé lundi le caractère « addictif » des jeux vidéo. Un préjugé qui a la vie dure, et qu'il convient de relativiser. Genre, beaucoup.

Non, Valérie Pécresse, les jeux vidéo ne sont pas le boss de fin de mes résultats scolaires

Lundi, Valérie Pécresse a fait une de ses déclarations face-palmantes dont elle a le secret. Souvenez vous, il y a deux semaines, elle décidait pépouze de supprimer le pass contraception, au nez et à la barbe de tout le monde.

Cette semaine, elle a déclaré ceci :

« Il y a un fléau en Île-de-France, c’est le décrochage scolaire. À la racine de ce fléau, mettons des mots : des addictions, la drogue, l’alcool et les jeux vidéo, qui sont une autre forme d’addiction. »

Mettre les jeux vidéo dans le même panier que la drogue et l’alcool, copiner avec les conservateurs et énerver les gamers : on est sur un triple combo. Du haut level.

C’est que c’est bien pratique de chercher un coupable à la noix pour éviter de pointer les vrais problèmes. Personnellement, de la sixième aux premières années de fac, j’avais des notes pas top… Mais j’avais beau jouer, ce n’est pas ça qui m’a le plus mise dans le pétrin.

Voici trois « addictions » qui ont beaucoup trop nui à mes résultats scolaires.

Le chocolat et les bonbons, ou l’hyperactivité sous forme de gélatine

Plus jeune, j’avais un rapport plutôt compliqué à la bouffe. Il y avait très peu de choses que j’aimais manger et dans les pires moments, les passages à table étaient de vrais cauchemars. Par contre, je m’empiffrais de sucreries (eh oui, j’étais une sale gosse).

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Je m’empiffrais tellement que je suis devenue complètement accro : j’achetais des bonbons tous les soirs, et je vouais presque un culte au chocolat.

Pour tout vous dire, j’en mangeais tellement que je faisais des espèces de trips au sucre. Vous savez, quand on vous dit qu’il faut pas donner de bonbons aux enfants avant de dormir parce qu’après ils sont excités ? Bah j’avais le même souci. Encore aujourd’hui, je peux avaler un paquet de bonbons entier toute seule en moins de dix minutes ; ensuite, je contrôle à peine mes doigts.

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Moi après avoir avalé quinze Bounty.

Je vous dis même pas combien c’est difficile de tenir assise sur une chaise quand on est dopée au sucre. On essayait de m’expliquer la trigonométrie, j’avais plutôt envie d’aller courir un cent mètres.

Les séries et leur potentiel chronophage

Comme tout le monde le sait, faire ses devoirs, ça prend du temps. Du temps où je préférais plutôt le gaspiller à mater des séries. Avant de découvrir le monde merveilleux d’Internet, je ne ratais jamais un épisode de Friends, Charmed, Smallville et Buffy contre les vampires (meilleure série au MONDE).

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Et comme la télé, c’est super bien foutu (non), tous les épisodes passaient dans le désordre et étaient rediffusés régulièrement. De fait, j’ai vu chaque épisode des dix saisons de Friends au moins quatre fois chacun.

Clairement, ça fait beaucoup de temps gâché. Et puis j’ai découvert Internet et j’ai définitivement plongé : j’ai maté trois fois l’intégrale de Gossip Girl et pareil pour celle de Greek. Je n’ose pas faire le calcul mais si j’avais passé autant de temps à bosser sur mon allemand et mon anglais, je serais trilingue à l’heure qu’il est. J’aurais même pu commencer à apprendre le mandarin.

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Les fast food : comment être amorphe en dix minutes top chrono

Rapport au fait que je mangeais très peu, quand j’étais plus jeune j’avais un tout petit estomac. Un simple menu au McDo me remplissait le bide à outrance.

Ensuite, j’étais comme un boa ayant avalé un très gros lapin : il me fallait un bon moment pour digérer. J’ai bien demandé à mon médecin de me faire un certificat pour ça, mais il a pas voulu.

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Au top entre deux cours d’histoire de la langue

Après avoir mangé un bon gros burger, j’ai rien envie de faire d’autre que de dormir. Donc techniquement, ce n’est pas le meilleur choix avant un partiel, ou n’importe quel cours d’ailleurs. Le problème c’est que le gras, j’aime ça. En plus, à côté de ma fac on avait un KFC ET un Mac Donald’s. Comment ne pas craquer ?

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Et si on arrêtait de blâmer les joueurs & joueuses ?

Alors qu’est-ce qu’on fait Valérie Pécresse ? On supprime tout ça ? Plus sérieusement : oui, il y a des gens qui jouent vraiment beaucoup aux jeux vidéo. Parfois, c’est vu par leurs proches comme un problème.

Laure Manaudou pestait par exemple contre son frère Florent en 2014, au micro de France Inter. Elle expliquait qu’il passait sa vie sur sa console, se renfermant complètement sur lui-même. Cela l’excédait tellement qu’elle était devenue agressive vis-à-vis du jeu vidéo, jusqu’à traiter cette pratique d’abrutissante.

Sur notre forum aussi, la question fait débat. Ce que les personnalités publiques comme Manaudou ou Pécresse devraient comprendre, c’est que quelqu’un qui joue aux jeux vidéo n’est PAS nécessairement dans une situation problématique. Aimer quelque chose au point d’y passer tout son temps, on appelle ça une passion.

Balmorah, en charge de notre chaîne Twitch, en est à plus de 3 000 heures sur The Binding of Isaac, et ça ne fait pas d’elle quelqu’un d’asocial.

Le symptôme, pas la cause

Si une personne commence à se renfermer sur elle-même et passe le plus clair de son temps dans sa chambre, devient agressive avec ses pairs, voit ses résultats baisser… C’est facile de dire que c’est parce qu’elle vient de s’acheter une Xbox.

Dans ces cas-là, le jeu vidéo est surtout un symptôme : ce comportement est révélateur d’un problème vécu par la personne, qu’elle essaye d’oublier en jouant par exemple. J’ai déjà expliqué que j’étais victime de harcèlement scolaire au collège, et que les MMORPG m’ont aidée à traverser cette période difficile. Des tensions dans la famille, des problèmes de santé, une inadéquation avec le système éducatif… voilà les vraies raisons de l’échec scolaire.

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Quant au terme d’addiction, il n’est pas adaptable aux jeux vidéo, pour des raisons très simples expliquées dans cet article du Monde. Sinon on aurait déjà inventé les tests urinaires pour dépister la présence de Super Mario dans l’organisme !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kaus Australis
    Kaus Australis, Le 27 avril 2016 à 19h19

    Laurigine
    Les contes de fées mais teeeellement ^^

    C'est vrai que le fait d'être "acteur" dans l'action doit avoir une incidence plus grande par rapport à un film/série où on est plus passif.
    Est-ce que pour autant ça détermine plus facilement à passer à l'action ? :hesite:
    Une expérience où une partie des personnes est soumise à des stimuli passifs (films) et l'autre à des stimuli actifs (jeux) pourrait être très intéressante.

    Un article de Slate nous dit que :
    - jouer à des jeux vidéos violents entraîne une hausse d'agressivité temporaire à court terme ;
    - la hausse des ventes de jeux vidéos ne coïncide pas avec une hausse des crimes violents chez les jeunes.

    Cet article a été inspiré par le NY TIMES qui aboutit à plusieurs conclusions, mais celle-ci m'a particulièrement frappé :

    (Les périodes de meilleures ventes de jeux vidéos violents coïncident avec une diminution des crimes, et notamment des crimes violents)
    Les jeux vidéos violents (l'étude n'est relative qu'à ce type de jeux) pourraient constituer plus un exutoire qu'un déterminant au passage à la violence.

    Tous les articles s'accordent toutefois sur le fait que le "rapport" jeux vidéos/violence est très difficile à étudier et laisse place à beaucoup de zones d'ombre. A relativiser donc...

    J'avais aussi vu cette conclusion, mais elle est à prendre avec des pincettes et elle ne me convainc pas du tout.

    Les grands jeux vidéos sortent souvent à la même période que les blockbusters, que les foires d'attraction, les ouvertures de parcs à thèmes, c'est-à-dire en été; et on pourrait s'étendre sur d'autres choses qui se passent en été plus que pendant les autres périodes, comme le fait que plus de gens sont en vacances, que les dépressions sont moins fréquentes, que les gens "revivent" en été, on pourrait même prendre les soldes comme élément apparaissant en été. C'est aussi le moment où on a la dernière saison de GoT!
    ...Je vois difficilement comment on pourrait considérer que les jeux vidéos ont un impact significatif sur le taux de criminalité, mais pas le reste. Et pour le reste, ça me parait tellement ubuesque, que je ne l'envisage pas non plus. Donc en gros, pas convaincue du tout.
    Et ce serait partir du principe que les criminels potentiels font tous parties des clients de jeux vidéo, or c'est déjà assez alarmant comme position.

    L'étude n'avait-elle pas été réalisée par des gens qui avaient de l'intérêt à défendre l'industrie des jeux vidéos? Le plus souvent, les études sont lancées par un camp ou l'autre et on arrive à des conclusions complètement stupides parce qu'elles sont menées par des gens qui défendent leur pain ou d'autres qui diabolisent à tout va.

    Je crois qu'aucune étude n'a été lancée de façon totalement objective pour le moment, c'est ce que déploraient des sociologues, rien de sérieux n'a vraiment été fait dans le domaine.


    Et l'industrie du jeu vidéo, c'est un peu comme Monsanto, on peut vouloir l'attaquer mais on ne fait pas le poids face au fric.

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