Des absurdités quotidiennes – Chroniques de l’Intranquillité

Dans sa nouvelle chronique, Ophélie n'a pas le moral et tous les actes du quotidien prennent une incompréhensible teinte délavée et lui semblent totalement absurdes.

Des absurdités quotidiennes – Chroniques de l’Intranquillité

?Ce matin je me lève et je n’ai le goût de rien, je contemple l’environnement avec un oeil vitreux dont l’étonnement se renouvelle toujours par l’absurde du quotidien. Je ne comprends pas les scènes qui se jouent devant moi et j’ai l’impression d’être à côté de la plaque, d’avoir hiberné pendant des jours et des saisons.

Il y a des moments où on regarde les gens et les objets connus avec un point de vue neuf et une incompréhension croissante; preuve (s’il en fallait une) que tout le sens des choses est dans le regard que l’on porte sur elles.

Voilà une compilation des absurdités que j’ai retenues en une journée :

Le mois de novembre est sur le déclin et les températures sont toujours étrangement positives, je marche d’un pas volontaire au travers des boulevards, armée d’un blouson en skai noir et d’un foulard dépourvu de tout lainage. Des hommes phosphorescents accrochent au ciel des lampadaires les décorations pailletées et les guirlandes emmêlées qui semblent inappropriées au climat.

Voyages-sncf dot com me spamme de newsletters festives à l’effigie d’un gras bonhomme rouge et la FNAC consent généreusement à me lâcher dix balles et à ne pas me chercher de poux pour l’achat d’un demi tracto-pelle de joujoux si je ne veux pas me retrouver fin décembre dans les choux. (Est ce que cette phrase vaut une punchline d’Orelsan ? Je pense personnellement que oui, largement)

Je vais faire mes courses au Monoprix, entre deux rayons qui dégueulent de Kinder en duel contre le beaujolais nouveau j’en aperçois un, multicolore, qui annonce des promotions. Comme toutes les semaines de tous les mois, on me fait croire que je profite des soldes en achetant du jambon; bientôt je ne dirais plus que je vais m’approvisionner en légumes au rayon frais mais que je « m’offre une tomat e» tellement tout est emballé dans un torchon qui brille, bien propre et alléchant.

Je m’étonne du regroupement de clients devant le rayon vin, ils choisissent avec soin leur bouteille de beaujolais en sachant qu’ils finiront par dire qu’il était mauvais « cette année » (comme toutes les autres années, non ?).

Je ressors de là avec un kilo de taboulé, huit cent grammes de fromage à tartiner et douze tranches de blanc de dinde. Je ne sais pas ce qui m’a pris mais je suis persuadée d’avoir fait une affaire alors que je ne connais même plus le vrai prix d’un filet de pommes de terre tant il varie en fonction de l’éclairage et du temps.

Je profite de ma journée de repos (travailler CINQ jours pour avoir droit à DEUX misérables jours de congés, n’est ce pas également la pire des absurdités ??).

Il fait beau, qu’est ce que je pourrais faire à part peut-être rien ?

Marcher oisivement dans les rues à la recherche d’une occupation semble être une solution adoptée par des centaines de promeneurs perdus; errants comme moi dans les avenues tels les zombies de Roméro dans un centre d’attraction commercial à ciel ouvert.

Devant moi une charmante enfant aux nattes blondes bouscule en riant une vieille dame aux boucles blanches, les parents s’indignent « MAIS MADAME, FAITES ATTENTION AVEC VOTRE CHARIOT, LES ENFANTS ÇA JOUE, ÇA BOUGE », ils auraient ajouté « c’est vivant les enfants, pas comme vous » que ça n’aurait surpris personne.

Je rentre chez moi, sur ma table basse un magazine traîne depuis deux semaines, j’en déchire le blister. C’est le cinéma Gaumont qui me l’envoie généreusement par courrier; ils ont augmenté le prix de mon abonnement de deux ou trois euros il y a quelques mois et m’envoient en contrepartie un torchon publicitaire à trois euros cinquante dont je ne veux pas. Pourquoi mais pourquoi ils me font ça ?

Page quatre-vingt huit je regarde les photos d’une Mélanie Laurent scintillante en robe de soirée rouge et en diadème de princesse, elle dit que Scarlett Johansson est « trop mignonne » et que la haine qu’elle inspire à certains est un comportement « très français ». C’est foutrement intéressant, je referme le magazine en me sentant drôlement plus cultivée qu’avant de l’ouvrir.

Assommée et hermétique à la vie réelle qui nuit à mon moral, j’allume mon ordinateur. Sur internet je lis des commentaires extatiques de femmes heureuses d’avoir claqué deux cent balles dans une robe signée Versace pour H&M. Je ne sais pas ce qu’il y a d’heureux à dépenser autant dans une imposture, quelque chose qui a l’air du luxe mais qui n’en est pas. Depuis quand est-ce que la forme a remporté la victoire sur le fond ? Sûrement depuis toujours.

Dans mon lecteur de fils RSS je relève mon dossier « MIAM MIAM » composé de blogs culinaires alléchants, je vois des recettes de gâteaux au chocolat crousti-fondants, moelleux dans le dedans, fondant sur le palais et « allégés en calories ». Je réfléchis un instant au désespoir fou qui anime les blogueuses cherchant à alléger des plats délicieux parce qu’ils sont gras en enlevant le gras. Je suis éminemment sceptique quant à la démarche mais je suis peut être à côté de la plaque – j’aime trop le beurre.

Par désespoir je m’achève sur Twitter, ça polémique violemment sur Nicolas Bedos qui aurait insulté une étudiante chez Michel Field. Les titres apparaissant sur Google Actu sont unanimes, c’est le dérapage, l’outrage autant dire : LE BAD BUZZ ; non seulement la grossièreté du mythomane à la petite semaine aurait été intolérable mais le brave homme se serait fait totalement clasher par une jeune fille, rendez-vous compte, une jeune fille.
Deux camps s’affrontent; ceux qui s’en foutent et l’expliquent par une analyse amorphe de désespoir médiatique et les hystériques enthousiastes au premier degré sans une once de discernement qui s’émeuvent d’une joute verbale télévisuelle et foncent tête baisée dans une controverse injustifiée (« il l’a traité de pute, c’est injustifiable, même par l’humour !!»)

Parfois je me sens molle et décalée, il me semble que nos actions n’ont plus aucun sens et l’apathie gangrène ma vision du monde, le décor est moche et incompréhensible, j’ai envie de hurler en pleine rue un « MER IL ET FOU » de désespoir et de circonstances avant de rentrer à la maison.

Il y a des jours comme ça où je ne comprends rien à rien et où je cherche des justifications et des explications à toute chose dans un état extatique un peu stupide. Je suis spectatrice du réel, honteusement en dehors de l’action. C’est ce qui me fait trouver en elle une absurdité insoluble; j’en ai pris mon parti : rien n’a de sens ni de raison sauf celui que je veux bien donner.

La veille je m’étais endormie devant une rediff des Anges de la téléréalité, l’inconscient bercé par le néant : cela explique peut-être la vacuité de ma journée et de mon moral.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Brawen
    Brawen, Le 21 novembre 2011 à 13h52

    Faites attention les filles, encore un peu et on tombe dans la dépression!!;)
    Bah je comprend bien ce que c'est, moi j'ai un coup de blues une fois par semaine, du jeudi matin au samedi. Notamment quand je rentre chez moi en bus et que je me tape le centre ville jusqu'à la gare routière. Et là je regarde mollement autour de moi, avec l'attitude détachée du monde d'un moine tibétain et l'air blasé de ceux qui perdent l'espoir au contact de la société. Y'a de ces cas! Maman!!! :Puppyeyes

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