A découvrir : Jeremy Warmsley

A l’occasion de la sortie française de son premier album, The Art of Fiction (le 09 avril), rendez-vous est pris avec Jeremy Warmsley. Le jeune franco-anglais est à Paris pour un peu de promo et quelques concerts à emporter (guette la chose sur cette mine d’or qu’est Blogotheque.net). Derrière ses lunettes et ses bouteilles d’eau […]

A découvrir : Jeremy Warmsley

jeremy warmsleyA l’occasion de la sortie française de son premier album, The Art of Fiction (le 09 avril), rendez-vous est pris avec Jeremy Warmsley. Le jeune franco-anglais est à Paris pour un peu de promo et quelques concerts à emporter (guette la chose sur cette mine d’or qu’est Blogotheque.net). Derrière ses lunettes et ses bouteilles d’eau vides (parler, ça donne soif), il me propose de discuter en français. Jeremy vient d’écouter le nouvel album d’Arcade Fire, on commence donc sur le thème des évolutions musicales…

madmoiZelle.com : J’ai cru comprendre que ta musique avait pas mal évolué. Ca été progressif ou tu t’es dit tout à coup « j’en ai marre, faisons autre chose » ?
Jeremy :
Oui c’est plutôt ça. A l’Université, j’ai sorti un maxi et un album tout seul, pour le distribuer aux gens. A l’époque, je faisais un peu ce qui me passait par la tête sur le moment… Mais en le réécoutant, j’ai repensé aux artistes que j’aime, comme Tom Waits, Radiohead, qui essaient toujours de faire quelque chose de différent. Alors je me suis dit « et si moi aussi j’essayais ? Et on verra si ça marche ou pas. Si ça marche tant mieux, sinon, ce sera quand même une bonne expérience. ». Je me suis mis à travailler un son différent et très vite ça a marché, j’ai signé avec Transgressive Records, le label anglais…

Avant, je faisais de la musique à guitares, j’avais un petit groupe avec une batterie, une basse. On faisait plus des chansons électriques, très rock’n roll, assez « simples », du moins en apparence. Et puis j’ai commencé à utiliser l’ordinateur pour enregistrer mes chansons, à essayer d’y mettre des détails qui changent un peu…

madmoiZelle.com : Oui par exemple au début de Jonathan & the Oak Tree, c’est quoi ce truc qui craque et qui ratèle là ?
Jeremy :
C’est un trombone, en fait. Mais au lieu d’en jouer normalement, tu le secoues et ça produit ce bruit de métal qui claque. J’essaie d’utiliser les instruments autrement. Je travaille aussi pas mal sur ordinateur, pour obtenir des sons et des rythmes différents…

J’aime ce que font des gens comme Björk, Radiohead, Brian Wilson, qui partent
avec une sorte de

« Grand Design » en tête.

madmoiZelle.com : Tu as l’air d’avoir une démarche somme toute assez « consciente »…
Jeremy :
Oui, je suis du genre à penser beaucoup ma musique. J’aime ce que font des gens comme Björk, Radiohead, Brian Wilson, qui partent avec une sorte de « Grand Design » en tête.
Sur cet album, j’ai attendu 2 ou 3 semaines avant d’enregistrer, pour penser vraiment à ce que je voulais faire. Je me fais une sorte d’esquisse mentale et puis les choses évoluent pendant l’enregistrement. Certaines idées ne marchent pas, je teste autre chose. De petits « accidents » se produisent, un son poussé trop fort, un bruit que tu trouves pas mal. Il y a aussi du hasard, là-dedans.Mais pour moi ce qui compte surtout c’est ce qu’il reste à la fin, le « produit » de tout ça, moins que la façon dont tu y arrives.

madmoiZelle.com : Tu es du genre à chipoter sur les chansons ?
Jeremy :
Oui. J’essaie d’obtenir quelque chose de « correct » à mes yeux. Mais même quand ça n’est pas le cas, tu obtiens des choses intéressantes. Il y a beaucoup d’ « erreurs » sur l’album, que j’apprécie aujourd’hui…. Quand tu écoutes l’album toi, tu trouves que c’est le produit d’un perfectionnisme ou… ?

madmoiZelle.com : Je crois qu’on sent que tu as voulu faire quelque chose de différent et élaboré, de très construit. Je me suis dit « peut-être que dans les prochains albums, il se laissera plus aller … »
Jeremy :
Oui c’est vrai. Je suis en train de travailler sur le prochain album et déjà, je sens que je me suis un peu plus laissé aller. C’est toujours construit, mais ce sera plus « relaxed ».

Je suis du genre à essayer

de cacher ma personnalité derrière les textes. Or, j’ai raté mon coup ! Parce que toutes les chansons
de cet album contiennent

des détails de ma vie…

madmoiZelle.com : Quelle est pour toi la colonne vertébrale de l’album, au niveau thématique ?
Jeremy :
Beaucoup de chansons tournent autour de l’enfance, de l’adolescence et puis du sexe et de ce moment où on commence à le découvrir… Ca fait un moment je l’ai enregistré, mais je me rappelle que je voulais faire un album de fictions, pour qu’on ne sache pas quelle genre de personne j’étais… Je suis du genre à essayer de cacher ma personnalité derrière les textes. Or, j’ai raté mon coup ! Parce que toutes les chansons de cet album contiennent des détails de ma vie… C’est vraiment moi. Et je crois que c’est ça le fil rouge de l’album, ma… (il cherche le mot) Ma sensibilité ? Alors j’espère qu’il y a une sensibilité cohérente dans l’album, parce que sinon… Ca révèle des trucs bizarres sur moi ! (rires).

madmoiZelle.com : En voyant le titre, The Art of Fiction, je me suis dit « c’est ambitieux pour un premier album »…
Jeremy :
Oui, je regrette un peu, maintenant. Je le trouve un peu arrogant ! C’est le titre d’un livre que j’aime beaucoup [de David Lodge, NDStellou], une série de réflexions sur l’art de construire des fictions et de les raconter. Je l’ai choisi un peu au hasard, et un peu pour qu’on pense vraiment que tout était fiction dans l’album. J’avais peur de me dévoiler, d’être vulnérable. Je crois que j’avais tort. Aujourd’hui je suis un peu plus sûr de moi, donc je ferais autrement, je pense.

madmoiZelle.com : Ton album parle pas mal d’enfance… Si l’enfant que tu étais te voyais aujourd’hui, qu’est-ce qu’il penserait de toi ?
Jeremy :
Quand j’étais tout petit, je passais mon temps à la bibliothèque, j’avais peu d’amis et des ambitions très différentes : je voulais être informaticien, ou prof de fac… (rires). Même plus tard, quand je me suis mis à la musique, vers 16-17 ans, ça n’était qu’un hobby pour moi. Maintenant, je ne veux rien faire d’autre ! Alors je crois que je serais surpris de ce que je suis aujourd’hui. Surpris, mais content.

jeremy warmsley

madmoiZelle.com : Et comment tu es passé de « je fais de la musique comme un hobby » à « ah ben ça va être mon métier » ?
Jeremy :
Quand j’ai commencé, j’en faisais une heure par jour. Deux ans après, c’était 4 heures par jour. Et maintenant, c’est tout le temps ! Pour moi, c’est plus une vocation qu’un métier Quand je me lève, je pense musique. Quand je me couche, je pense musique…

madmoiZelle.com : Et tu n’as pas peur que la dimension contrainte prenne le dessus ?
Jeremy :
Non, c’est toujours un hobby pour moi. J’adore faire ça. Je fais aussi beaucoup de musique en dehors de la mienne, avec des amis, pour le plaisir. Ma… On m’a appris un mot… Ma « meuf » ?

madmoiZelle.com : (Rires). Oui.
Jeremy :
Ma meuf fait de la batterie, et je fais aussi de la musique avec elle.

madmoiZelle.com : Le magazine The Word a récemment fait un classement des pires et meilleurs instruments jamais utilisés…
Jeremy :
(rires) Et c’est quoi le pire instrument ?

Je crois qu’il faut distinguer plaisir de jouer et plaisir d’écouter. Tu sais, ces solos de guitares interminables ? C’est très agréable à jouer. Mais pour ceux qui écoutent…

madmoiZelle.com : Euh… Un steak. (rires) Entre autres. Bref, toi qui joues pas mal d’instruments différents, lequel tu prends le plus plaisir à utiliser ?
Jeremy :
Le piano. Je peux m’imaginer la basse sur la main gauche, la guitare, le trombone… Mais à écouter, ils sont tous bons, pour moi. D’ailleurs, je crois qu’il faut distinguer plaisir de jouer et plaisir d’écouter. Tu sais, ces solos de guitares interminables ? C’est très agréable à jouer. Mais pour ceux qui écoutent…

madmoiZelle.com : Tu penses beaucoup à la façon dont ta musique sera reçue, au-delà de ton propre plaisir à jouer ?
Jeremy :
J’essaie de faire en sorte que l’auditeur ait du plaisir aussi, oui. Si tu veux faire de la musique pour toi uniquement, sans vouloir la partager… ok. Mais si tu te dis que c’est destiné à être écouté, alors, sans que ce soit une obligation, il faut penser un peu (pas trop) à ceux qui écoutent.

madmoiZelle.com : Sur scène, ça se passe comment ? Ton son est très différent ?
Jeremy :
Oui. Je ne m’oblige pas à reproduire la même chose que sur l’album. Si j’avais 12 musiciens sur scène, ce serait possible, ou alors il faudrait que je vienne avec mon ordinateur mais j’en ai pas envie. Souvent je suis tout seul, avec mon piano et ma guitare, donc les chansons sont plus épurées, plus faciles d’accès… Et pour les grands concerts, j’ai des musiciens avec moi…

Sur ce, je libère le pauvre Jeremy, que j’ai torturé pendant près d’une heure… Pour quelqu’un qui doutait de pouvoir s’exprimer en français, Mr. Warmsley s’est débrouillé comme un chef. Si ce n’est déjà fait, je t’invite à découvrir sa musique. Pour info, il sera en concert à la Flèche d’Or à Paris, le 13 avril.

Deux vidéos signées Ben Rollason



Dirty Blue Jeans


I Believe in the Way You Move

A l’occasion de la sortie française de son premier album, The Art of Fiction (le 09 avril), rendez-vous est pris avec Jeremy Warmsley. Le jeune franco-anglais est à Paris pour un peu de promo et quelques concerts à emporter (guette la chose sur cette mine d’or qu’est Blogotheque.com). Derrière ses lunettes et ses bouteilles d’eau vides (parler, ça donne soif), il me propose de discuter en français. Jeremy vient d’écouter le nouvel album d’Arcade Fire, on commence donc sur le thème des évolutions musicales…

madmoiZelle.com : J’ai entendu que ta musique avait pas mal évolué. Ca été progressif ou tu t’es dit tout à coup « j’en ai marre, faisons autre chose » ?
Jeremy :
Oui c’est plutôt ça. Quand j’étais à l’Université, j’ai fait un maxi et un album tout seul, juste pour le donner aux gens… Mais en le réécoutant, j’ai repensé aux artistes que j’aime, comme Tom Waits, Radiohead, qui essaient toujours de faire quelque chose de différent. Alors je me suis dit « et si moi aussi j’essayais ? Et on verra si ça marche ou pas. Si ça marche tant mieux, sinon, ce sera quand même une bonne expérience. ». Je me suis mis à travailler un son différent et très vite ça a marché, j’ai signé avec Transgressive Records, le label anglais…
Mais mes amis par exemple n’ont pas aimé le changement, à l’époque. Je crois qu’ils préféraient ce que je faisais avant…

madmoiZelle.com : Justement pour ceux qui ne te connaissent pas, est-ce que tu pourrais décrire le genre de musique que tu faisais au début et ce que tu fais maintenant ? C’est difficile, mais…
Jeremy :
Oui… C’est très difficile mais je vais essayer. Avant, je faisais de la musique à guitares, j’avais un petit groupe avec une batterie, une basse. On faisait des chansons plutôt électriques, assez « simples », du moins en apparence. Et puis j’ai commencé à utiliser l’ordinateur pour enregistrer mes chansons et j’ai essayé de mettre quelque chose de différents dans chaque chanson.

Au début de Dirty Blue Jeans, il y a un passage pour guitares qui est en fait joué par des violons. Ca fait « tcha tcha tcha tchak », comme ça. Il y en a une autre où un passage très simple est joué sur 3 guitares différentes. Dans l’ensemble, j’ai essayé d’inclure des détails un peu complexes….

madmoiZelle.com : Oui par exemple au début de Johnathan & the Oak Tree, c’est quoi ce truc qui craque et qui ratèle là ?
Jeremy :
C’est un trombone, en fait. Mais au lieu d’en jouer normalement, tu le secoues et ça donne ce bruit de métal qui claque. J’essaie d’utiliser les instruments différemment. Ce que je fais beaucoup aussi, c’est que j’enregistre un instrument, j’en fais un sample, et puis je le retravaille pour obtenir des sons et des rythmes différents…

madmoiZelle.com : Y a pas mal de chansons sur lesquelles on sent plus la présence de l’ordinateur, oui.
Jeremy :
Oui je crois qu’il y a des chansons plus organiques et puis d’autres qui sont en quelque sorte plus électroniques.

madmoiZelle.com : Tu as l’air d’avoir une démarche somme toute assez « consciente »… Tu n’as pas peur que ça nuise à la spontanéité de la chanson ?
Jeremy :
Euh… Pour moi, c’est très spontané au départ. Quand je viens enregistrer une chanson, j’ai beaucoup d’idées et je pars de ça… Mais pour moi la spontanéité n’a pas de valeur en soi, a priori. Pour certains artistes, c’est primordial, mais moi je suis plus du genre à penser beaucoup ma musique. Bien sûr, ça ne veut pas dire que je n’apprécie pas les artistes très spontanés, leur musique. Mais j’aime aussi ce que font des gens comme Bjork, Radiohead, Brian Wilson, qui pensent beaucoup leur musique et partent avec une sorte de « Grand Design ».

madmoiZelle.com : une sorte d’image de ce que tu veux ?
Jeremy :
Oui. C’est très visuel, pour moi. Sur cet album, j’ai attendu 2 ou 3 semaines avant d’enregistrer, pour penser vraiment à ce que je voulais faire. Comme si je me faisais un dessin, une esquisse mentale.

madmoiZelle.com : Tu as une idée générale d’où tu veux aller et ensuite tu bidouilles – pour certains tout part d’un détail, un sample, un bout de mélodie et le reste s’élabore autour…
Jeremy :
Oui, quand je commence à enregistrer, j’ai une idée en tête et puis les choses évoluent pendant l’enregistrement. Je me rends compte que certaines idées ne marchent pas, je teste autre chose… Et puis souvent de petits « accidents », un son poussé trop fort, un bruit que tu trouves pas mal. Il y a aussi pas mal de hasard, là-dedans. Mais pour moi ce qui compte surtout c’est ce qu’il reste à la fin, le « produit » de tout ça, moins que la façon dont tu y arrives.

madmoiZelle.com : Tu es du genre à chipoter sur les chansons ?
Jeremy :
Oui. J’essaie d’obtenir quelque chose de « correct » à mes yeux. Mais même quand ça n’est pas le cas, tu obtiens des choses intéressantes. Il y a beaucoup d’ « erreurs » sur l’album, que j’apprécie aujourd’hui….

madmoiZelle.com : C’est dur de connaître la limite au-delà de laquelle tu vas détruire ton idée de départ, à force de chercher la perfection, non ?
Jeremy :
Oui c’est vrai. C’est difficile de savoir… Personnellement, j’arrive quand même à me fixer des limites. Ensuite, je ne sais pas si le résultat est assez bien, pour quelqu’un d’extérieur …
Dis, quand tu écoutes l’album toi, tu trouves que c’est le produit d’un perfectionnisme ou… ?

madmoiZelle.com : Je crois qu’on sent que tu as voulu faire quelque chose de différent et élaboré, de très construit. Je me suis dit « peut-être que dans les prochains albums, il se laissera plus aller … »
Jeremy :
Oui c’est vrai. Je suis en train de travailler sur le prochain album et déjà, je sens que je me suis un peu plus laissé aller. C’est toujours construit, mais ce sera plus « relaxed ».

madmoiZelle.com : J’ai vu que certaines chansons de l’album sont sorties il y a deux ans, voire plus ?
Jeremy :
Oui c’est parti de différents maxi. Des single, deux maxis, et des nouvelles chansons.

madmoiZelle.com : Quelle est pour toi la colonne vertébrale de l’album, sa cohérence, quand on sait que certaines chansons sont plus anciennes…
Jeremy :
Oui, j’ai essayé de faire attention à ce que ce soit cohérent, au niveau « technical » et puis au niveau production. Et puis il y a beaucoup d’idées musicales qui reviennent ici et là, des façons d’utiliser les instruments… Par exemple, un beat de batterie qui semble très simple, mais qui révèle un décalage quand tu l’écoutes… J’ai vraiment essayé d’harmoniser le son, mais comme certaines chansons datent un peu, sont nées de techniques différentes…

madmoiZelle.com : Je pensais plus à la thématique, aux textes.
Jeremy :
Beaucoup de chansons tournent autour de l’enfance, de l’adolescence et puis du sexe et de ce moment où on commence à le découvrir. Ca fait un moment je l’ai enregistré, mais je me rappelle que je voulais faire un album de fictions, pour qu’on ne sache pas quelle genre de personne j’étais… Je suis du genre à essayer de cacher ma personnalité derrière les textes. Or, j’ai raté mon coup, parce que toutes les chansons de l’album contiennent toutes des détails de ma vie… C’est vraiment moi. Et je crois que c’est ça le fil rouge de l’album, ma… (il cherche le mot) Ma sensibilité ? Alors j’espère qu’il y a une sensibilité cohérente dans l’album, parce que sinon… Ca veut dire quelque chose de bizarre sur moi ! (rires) Je crois que j’ai beaucoup essayé de me cacher, ce qui fait que ça ne se remarque peut-être pas à la première écoute.

Et puis, autre constante – je ne sais pas si un auditeur français pourra le voir, c’est plus dur quand ce n’est pas ta langue maternelle,- mais souvent, il y a 5 ou 6 couches de sens différentes dans les textes. Par exemple, des jeux sur les intentions du personnage : est-ce qu’il ment ? Est-ce qu’il prétend mentir ? Et puis moi, est-ce que je dis ces choses ou est-ce que c’est le personnage ? Je trouve intéressant de jouer avec ça.

madmoiZelle.com : Je pense que beaucoup d’artistes qui écrivent à la première personne jouent sur cette ambiguité… Et l’utilisent aussi comme exutoire, pour dire des choses en profitant du fait qu’ils portent un masque… A propos du titre de l’album, The Art of Fiction, justement… Quand je l’ai vu je me suis dit ‘c’est ambitieux pour un premier album »…
Jeremy :
Oui, je regrette un peu, maintenant. Je le trouve un peu arrogant ! Je l’ai choisi parce que c’est le titre d’un livre que j’aime beaucoup [de David Lodge, NDLR] une série de réflexions sur l’art de construire des fictions et de les raconter. Et comme écrire et raconter des histoires m’intéresse beaucoup…

madmoiZelle.com : Tu as choisi un peu au hasard ou c’était une indication, un guide de lecture de l’album ?
Jeremy :
Je l’ai choisi au hasard, mais aussi parce que je voulais donner l’impression que vraiment, tout était de la fiction, oui. Et je crois que j’avais tort. J’avais peur d’être trop vulnérable. Là je pouvais dire « non mais c’est pas moi, c’est le personnage, l’histoire qui dit ça ». Aujourd’hui je suis plus sûr de moi, alors je ferais autrement je pense.

madmoiZelle.com : Si tu devais le rebaptiser aujourd’hui ?
Jeremy :
Hum.. En fait je ne le changerais pas, parce que ça reflète ma personnalité au moment où j’ai écrit les chansons. Si je le changeais maintenant, ce serait comme si je revenais sur ce que j’ai fait… Comme quand Georges Lucas refait Star Wars parce qu’il veut y rajouter des effets qui n’existaient pas à l’époque où il a tourné sa trilogie !

madmoiZelle.com : Maintenant tu te dis « je me cache plus ».
Jeremy :
Oui, j’essaie. Et les choses sont plus simples. Je cherche moins me cacher et je suis aussi suis plus capable d’écrire des textes sans aucun rapport avec moi. Là par exemple je travaille sur une chanson inspirée d’un roman que je lis, sur l’histoire d’une jeune femme de Jersey qui tombe amoureuse d’un soldat allemand pendant l’occupation nazie. L’île était occupée pendant la guerre et les soldats logeaient dans les maisons des habitants de l’île… Maintenant, je peux écrire des choses qui n’ont aucun lien avec moi, vraiment. Mais en tout cas je n’ai plus peur d’assumer ma personnalité.

madmoiZelle.com : Ton album parle pas mal d’enfance. Si l’enfant que tu étais te voyais aujourd’hui, qu’est-ce qu’il penserait de toi ?
Jeremy :
Quand j’étais tout petit, je passais mon temps à la bibliothèque, j’avais peu d’amis et des ambitions très différentes : je voulais être informaticien, ou prof de fac… (rires). C’était pas mon ambition quand j’étais petit, de devenir musicien. Même plus tard, quand je me suis mis à la musique, vers 16-17 ans, ça n’était qu’un hobby pour moi. Maintenant, je ne veux rien faire d’autre ! Alors je crois que je serais surpris de ce que je suis aujourd’hui. Surpris, mais content.

madmoiZelle.com : Et comment tu es passé de « je fais de la musique comme un hobby » à « ah ben ça va être mon métier » ?
Jeremy :
Quand j’ai commencé, j’en faisais une heure par jour. Deux ans après, c’était 4 heures par jour. Et maintenant, c’est tout le temps ! Quand j’ai commencé à faire de la musique, je ne me suis même pas dit « je vais vendre des disques ». Et encore aujourd’hui, c’est plus une vocation qu’un métier. Quand je me lève, je pense musique. Quand je me couche, je pense musique…

madmoiZelle.com : Et tu n’as pas peur que la dimension contrainte prenne le dessus ?
Jeremy :
Non, c’est toujours un hobby pour moi. J’adore faire ça. Je fais aussi beaucoup de musique en dehors de la mienne, avec des amis, pour le plaisir. Ma… On m’a appris un mot… Ma « meuf » ?

madmoiZelle.com : (Rires). Oui.
Jeremy :
Ma meuf fait de la batterie, et je fais aussi de la musique avec elle.

madmoiZelle.com : Tu joues beaucoup d’instruments différents, non ?
Jeremy :
Oui mais pas très bien ! (rires) Je joue du piano, de la guitare, de la basse… Mais ce que je veux surtout, c’est pouvoir expliquer mes idées d’arrangements et de mélodies aux musiciens qui pourront les jouer, eux.

madmoiZelle.com : Je te dis ça parce que… Tu dois connaître The Word ? Récemment ils ont fait un classement des pires et meilleurs instruments…
Jeremy :
(Rires) Et c’est quoi le pire instrument ?

madmoiZelle.com : Euh… Un steak –entre autres- (rires). Bref, je voulais savoir quel instrument tu préférais, lequel tu prends le plus plaisir à manipuler.
Jeremy :
Le piano. Je peux m’imaginer la basse sur la main gauche, la guitare, le trombone… Mais à écouter, ils sont tous bons, pour moi. Je crois qu’il faut distinguer plaisir de jouer et plaisir à écouter. Tu sais, ces solos de guitares interminables ? C’est très agréable à jouer. Mais pour ceux qui écoutent… D’ailleurs, mon batteur se plaint que certains beat sont très contraignants à jouer, avec des mouvements pas très naturels… (rires). Seulement, moi je pense surtout au plaisir d’écoute.

madmoiZelle.com : Tu penses beaucoup à la façon dont ce sera reçu au-delà de ton propre plaisir à jouer ?
Jeremy :
J’essaie de faire en sorte que l’auditeur ait du plaisir aussi, oui. Si tu veux faire de la musique pour toi uniquement, sans vouloir la partager… ok. Mais si tu te dis que c’est destiné à être écouté, alors il faut penser un peu (pas trop) à ceux qui écoutent. C’est pas une obligation, je ne me dis pas « Britney a fait ça, ça marche, alors je vais faire pareil ». Mais si quelqu’un prend la peine d’écouter ce que je fais, alors il faut qu’il en soit récompensé, quelque part.

madmoiZelle.com : Pareil pour la scène ?
Jeremy :
Oui. Faut qu’il y ait une certaine énergie… Et puis si c’est un plaisir pour toi, ça se sent et c’est aussi un plaisir pour le public et réciproquement.

madmoiZelle.com : Certains ont un son de scène très différent par rapport à ce qu’ils font sur album… Et toi ?
Jeremy :
Je ne m’oblige pas à reproduire la même chose que sur l’album. Si j’avais 12 musiciens sur scène, ce serait possible, mais… Souvent je suis tout seul, avec mon piano et ma guitare, donc les chansons sont plus épurées, plus faciles d’accès… Et pour les grands concerts, j’ai des musiciens avec moi.

madmoiZelle.com : Tu penses les sortir, ces versions ? Ca doit être très différent ?
Jeremy :
Je voudrais bien, mais je préfère me concentrer sur le suivant. Je pense que les gens trouveraient ça trop.

madmoiZelle.com : Oui, on va attendre que t’aies plus de bouteille ?
Jeremy :
Oui ! Un jour… J’attends ça…

Sur ce, je libère le pauvre Jeremy, que j’ai torturé pendant près d’une heure… Pour quelqu’un qui doutait de pouvoir s’exprimer en français, Mr. Warmsley s’est débrouillé comme un chef. Si ce n’est déjà fait, je t’invite à découvrir sa musique. Pour info, il sera en concert à la Flèche d’Or à Paris, le 13 avril.

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