5 alternatives print à la presse dominante

On réduit souvent la presse à ses titres phares. Pourtant, de plus en plus de publications hors-champs font irruption dans les kiosques et/ou les librairies.

5 alternatives print à la presse dominante

À l’heure où de nombreux canards sont au bord du dépôt de bilan et où l’équilibre économique de la presse écrite est de plus en plus malmené, certains titres n’hésitent pas à avoir l’audace de voir le jour.

Ils pourraient être découragés par l’expérience infructueuse de Rue89, pure-player qui a tenté une expérience papier avortée au bout de 18 mois d’existence. Mais non : ces titres préfèrent se lancer dans l’objet palpable du print qu’ouvrir un énième site Internet.

Lors de mon dernier « café-presse » (c’est comme ça que j’appelle mes sessions lecture en terrasse), je me suis rendue compte qu’on ne parlait malheureusement pas assez de ces magazines pourtant plutôt innovants. Ces titres sont souvent intéressants sur le fond (le format long est privilégié et la soumission à l’agenda de l’actualité moins prégnante – c’est ce que l’on appelle le « slow journalism ») comme sur la forme (leur design graphique prend généralement le parti d’être plus original).

Voici une sélection de mes mooks préférés, ces ovnis journalistiques à mi-chemin entre la revue et le livre.

Article 11

Au commencement, Article11.info : le titre a fait ses débuts sur Spip, un logiciel libre de droit permettant de publier sur Internet. Littérature, entretiens, textes traduits, reportages sur le terrain : chemin faisant, la communauté de lecteurs d’Article11.info s’est agrandie, et l’équipe rédactionnelle a voulu voir les choses en grand.

En octobre 2010 donc, le premier numéro sort en kiosque. C’est un bimestriel, également disponible par abonnement, tiré à seulement 15 000 exemplaires. Son très petit budget (8000 euros dans les caisses) n’arrête rien : Article11 se targue de n’avoir « aucun impératif, pas de ligne éditoriale – sinon celle [qu’ils se fixent] ».

N’avoir de comptes à rendre à personne, voilà un bon début pour un canard indépendant. C’est le cas de Article11, et on lui souhaite longue vie.

— 2 euros 50 en kiosque

À lire, pour découvrir Article 11 :

L’Impossible

Vingt ans après L’Autre Journal (périodique français dans lequel Marguerite Duras, Gilles Deleuze, Jean-François Lyotard, Michel Foucault et tant d’autres… ont écrit), l’écrivain Michel Butel retente l’aventure d’une revue désireuse de voir la presse autrement.

À peine plus grand qu’un livre de poche, L’Impossible est un mensuel engagé dans ce que l’on pourrait appeler « l’agitation d’idées » : contre les idées reçues, la publication met un point d’honneur à publier de nouveaux points de vue sur l’actualité, mais aussi des photos et des textes en prose.

— 5 euros en kiosque

Dans le dernier numéro, découvrez entre autres, un article de Laurent Chambon intitulé « L’Europe du Nord, modèle de la droite française » et un texte en prose du poète Charles Pennequin.

Le Tigre

Magazine généraliste sans aucune publicité, Le Tigre est un titre indépendant subventionné par le Centre National du Livre.

En 2006, Le Tigre a commencé par être un hebdomadaire. Puis il s’est transformé en « quinzomadaire » tiré au format berlinois en 2010. En septembre de la même année, Le Tigre s’interroge sur son avenir… Finalement, une nouvelle formule sort pour janvier 2011. Empreinte d’un certain pessimisme, l’édito de ce numéro précise :

«  Il reste quelques années, encore, pour faire de la presse magazine en papier. Pro?tons-en. Notre di?useur en kiosques, Presstalis (ex-NMPP), augmente ses tarifs de façon vertigineuse, pénalisant les petits journaux sans publicité dont les seules recettes sont les lecteurs ? Pas grave, on passe chez son concurrent (unique) : les MLP. Sauf que les MLP ?niront, un jour ou l’autre, par s’aligner. Il sera bientôt impossible de faire un journal comme celui-ci. Vous vous en souviendrez, de ce dernier Tigre ; nous nous en souviendrons. »

Aujourd’hui, Le Tigre continue son petit bonhomme de chemin et propose tous les mois de « rompre volontairement avec les frontières habituellement dressées entre journalistes, écrivains et universitaires ».

Le reportage subjectif (qui renoue avec une vieille tradition journalistique) ainsi que la publication de textes théoriques sont des particularités de la revue. Par ailleurs, si vous êtes amateur d’images, sachez que pour ne rien gâcher,  Le Tigre est également abondamment illustré (portfolios de photographes, de dessinateurs…).

— 5 euros en kiosque et en librairie

XXI

XXI (prononcez « 21 ») est un titre de « journalisme de récit ». Créée en 2008, la revue est un fantastique trimestriel spécialisé dans le reportage.

Sous-titré « l’information grand format », XXI (dont le nom, comme vous vous en serez doutés, fait référence au XXIe siècle) se trouve en librairie au prix de 15 euros. Mais quand on sait que la revue est le produit bien agencé (et pensé comme un livre) de semaines et de semaines de terrain, on se dit qu’une information différente du « bâtonnage de dépêches », ça peut bien valoir 15 fois le prix de Public.

Usbek & Rica

Avant d’être un magazine, Usbek & Rica c’est d’abord le rêve d’un étudiant en sociologie. Encore sur les bancs de l’EHESS, Jérôme Ruskin fantasme l’idée d’une revue qui démocratiserait enfin la culture. En 2008, au lieu de faire un stage de fin d’année comme ses camarades de classe, Jérôme s’attelle à la réalisation de son bébé. Grâce à l’aide apportée par Oséo (une entreprise publique qui finance la croissance des PME), il décroche un prêt de 300 000 euros qui lui permet ainsi de financer les deux premiers numéros. C’est un vrai succès et Jérôme est persuasif, puisqu’il a réussi à faire venir le philosophe Michel Serres et le rappeur Oxmo Puccino, entre autres, dans son premier numéro.

Usbek & Rica (le titre est un clin d’oeil aux personnages des Lettres Persanes de Montesquieu) se veut à mi-chemin entre le présent et le futur. Leit-motiv ? « Ausculter l’actualité et prédire l’avenir ».

Usbek & Rica est un « magbook » qui utilise plusieurs styles d’écriture ( journalistique, scientifique et littéraire) pour traverser les disciplines : géopolitique, technologie, environnement, culture, société… le trimestriel revendique un côté généraliste.

— 5 euros en librairie

Pour les titres non disponibles en kiosque de cette sélection, je vous conseille de vous tourner vers les librairies telles que La Hune, à Paris.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Suspensi0n
    Suspensi0n, Le 18 juin 2012 à 20h04

    Laystary;3292298
    Lady Dylan

    Je n'ai pas inclus Le Monde Diplomatique dans cette sélection parce que, par « alternatives à la presse dominante », j'entendais surtout « mooks dont on entend peu souvent parler » et « titres financièrement indépendants » (hors, même s'il est édité par une société autonome, Le Monde Diplo est à 50% possédé par Le Monde).

    Ceci dit, étant une grand lectrice de ce mensuel, et qui plus est, une ancienne stagiaire de leur rédaction, je ne peux qu'admettre que Le Monde Diplomatique est une vraie bouffée d'air frais dans cette presse trop souvent soumise au bâtonnage de dépêches et à l'agenda serré de l'actualité. Comme tu le dis très bien, le Diplo privilégie le format long et le traitement en profondeur, et son ancrage historique à gauche en fait un titre de référence en matière de presse progressiste. Par ailleurs, la publicité ne rapporte à la rédaction que 5% de ses bénéfices, ce qui lui vaut une certaine indépendance, malheureusement trop rare ailleurs. Bref, évidemment, lisez aussi Le Monde Diplomatique ! Ce genre de canard mérite amplement d'être soutenu.
    Merci pour ta précision.
    Stagiaire au Diplo ? J'aimerais que tu me racontes comment c'était, je t'envoie un MP pour t'expliquer.

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