J’ai 16 ans et je suis (quasiment) indépendante #2 — Vos questions

Margorambo vous a parlé il y a un mois de son statut assez original : à 16 ans, elle est (presque) indépendante. Suite à vos nombreuses questions, la voici de retour avec des précisions !

J’ai 16 ans et je suis (quasiment) indépendante #2 — Vos questions
  • Pourquoi as-tu décidé de partir de chez tes parents alors que tu pouvais rester chez eux grâce à tes cours par correspondance ?

Peut-être que la raison pour laquelle je suis partie de chez mes parents n’est pas très claire, en effet.

Pour faire simple, mes parents vivent dans un petit village. Un très petit village de 60 personnes. Même s’ils ont décidé d’y habiter pour de nobles raisons et que je les comprends tout à fait, ils comprennent bien aussi qu’un village de 60 personnes n’est pas le meilleur endroit pour le développement et l’épanouissement d’une fille de 16 ans en quête de divertissement, de théâtre et de sensations nouvelles.

De plus, les habitants des villages aux alentours sont pour la plupart des gens à l’esprit assez fermé, pour lesquels le racisme est un phénomène culturel. Génial, hein ? Donc voilà, après avoir été en internat à Montpellier pendant un an, mes parents n’ont pas eu le cœur de me demander de revenir m’ennuyer dans mon tout petit village, en étant en plus loin de mon copain, et je les en remercie !

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Mes parents ne me veulent que du bien : me garder avec eux parce que « je suis trop jeune » et me regarder m’ennuyer, ce n’est pas me vouloir du bien.

  • Pourquoi t’es-tu engagée dans une relation aussi sérieuse ?

Tout simplement parce que je suis tombée amoureuse. Ce n’était pas la première fois, certes, mais c’était la première fois que le mec en question n’était pas un con fini.

Et puis je préfère aller au bout de ce que j’entreprends. C’est à la fois une de mes qualités et un de mes défauts : je ne fais jamais les choses à moitié !

Ne fais jamais deux trucs à l’arrache du cul. Fais un truc à fond du cul.

  • Tu dis qu’on a tous le choix, et cette phrase a tendance à m’agacer : peux-tu expliquer pourquoi tu dis ça ?

Beaucoup m’ont gentiment signifié dans les commentaires que cette phrase leur tapait sur le système et que non, on n’avait pas tous le choix. Je répondrai que si. Je ne dis pas que tous les choix sont faciles, que tout les choix sont les bons ; non, je dis juste qu’on a tous le choix.

Je ne dis pas non plus qu’on a tous LES choix. On a juste tous le choix, même si le choix qu’on a est dur, même s’il est méchant, inhumain, c’est tout de même un choix. Même si les seuls choix qu’il vous reste sont égoïstes, ce sont tout de même des choix.

  • Est-ce que tu ne penses pas avoir fait ça sur un coup de tête, sans penser sérieusement à ce que tu faisais ? Tes décisions me semblent assez inconscientes.

À vrai dire, je ne sais pas. Je ne dirai pas que tout a été été mûrement réfléchi : parfois certaines de mes décisions étaient plus impulsives que d’autres, en effet. Mais finalement je m’en sors bien, car un an et demi après je ne regrette toujours pas. Je pense que cela prouve que mes décisions n’étaient pas si inconscientes que ça, non ?

  • Est-ce que tu peux développer ce que tu dis sur le système scolaire ? Je trouve que ta critique n’est pas très bien justifiée.

Tout d’abord, je pense que le système scolaire est culpabilisant. Les problèmes des élèves ne sont pas assez pris en compte. Beaucoup de chose peuvent influencer les résultats scolaires d’un élève : son milieu familial, le fait qu’il ait ou non un souci tel que la dyslexie par exemple, son niveau par rapport aux autres, le fait qu’il ait ou non pris du retard, son rapport aux autres élèves…

J’ai déjà vu des élèves se faire humilier publiquement par leurs camarades, devant des profs qui ne disaient rien. J’ai déjà vu des profs complètement démunis devant un élève dyslexique.

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J’ai toujours trouvé honteux le fait que le système scolaire français cherche toujours à tout savoir, à tout contrôler, alors qu’en fin de compte beaucoup de questions ne sont pas posées. Et surtout, je ne comprends pas qu’on ne prenne pas en compte le fait que chaque élève est un être humain avec ses problèmes et ses humeurs !

Ensuite, je pense qu’après toutes les recherche et les études faites sur le corps humain, il serait temps de se rendre compte que les horaires imposés par le système scolaire français sont inhumains.

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On sait que le fait de se lever si tôt est mauvais pour l’organisme, on sait que les élèves ne sont pas concentrés après le repas, et pourtant on fait comme si de rien n’était. Et puis je trouve qu’il n’est pas du tout normal que de ses 6 ans à ses 18 ans un élève passe environ 8 heures par jour dans un établissement scolaire.

La vie n’est pas l’école ! Les élèves ont plus de temps scolaire que de temps libre, à un âge où ils ne demandent qu’a se développer, à vivre des expériences… Et après les gens s’étonnent que les lycéens et collégiens se couchent de plus en plus tard pour avoir plus de temps libre !

Il y a aussi une chose que je trouve ridicule : mettre la pression à des élèves de quatrième pour qu’ils sachent ce qu’ils veulent faire plus tard. Pourquoi donc ? Demandez à n’importe quel adulte s’il savait ce qu’il voulait faire plus tard quand il avait quatorze ans, et la plupart du temps, il vous répondra que non !

Surtout que nous sommes à une époque où beaucoup de gens trouvent leur voie par le plus grand des hasard. Après les jeunes se sentent nuls quand à 18 ans ils ne savent pas quoi faire comme métier, alors qu’il n’y a rien de plus normal…

Enfin, il y a toutes les autres raisons expliquées dans cette vidéo, déjà présente dans le premier article :

Par contre, loin de moi l’idée de critiquer ceux qui se sentent bien dans leur lycée/fac/école/collège : au contraire, vous avez beaucoup de chance de vous y plaire. Je pense juste qu’il faut savoir critiquer le milieu dans lequel on se trouve pour le faire mieux évoluer.

  • Tu n’as pas peur du futur, des choses qui pourraient t’arriver ?

J’essaye au maximum de ne pas être pessimiste. Parfois j’y arrive, mais je suis comme tout le monde : il m’arrive de m’inquiéter. Je me dis que si quelque chose doit arriver, ça arrivera et que de toute façon je ne peux rien prévoir, alors à quoi bon stresser…

  • Je pense que si les gens plus âgés ont tendance à te faire la morale ce n’est pas juste une question de jalousie, tu ne crois pas ?

Je pense que la plupart du temps, c’est une question de jalousie. Mais leur éducation entre en jeu aussi ; si pendant toute leur jeunesse on leur a répété qu’ils étaient « trop petit-e-s » pour vivre comme ça, alors il y a de grandes chances pour qu’ils me disent que je suis trop petite ou immature.

Mais bon, vu que je m’en sors bien je ne vois pas vraiment ce qu’ils ont à me reprocher. Et puis de toute façon la plupart des gens qui critiquent mon mode de vie sont ceux qui ne me connaissent pas et qui se contentent de juger sans savoir.

  • Pourquoi avoir choisi ce titre ? Je ne te pense pas du tout indépendante, puisque financièrement tu dépends complètement de tes parents !

Tout simplement parce que j’ai une définition différente de l’indépendance. Je ne crois plus en l’indépendance financière totale. Quand je vois des gens de trente ans plongés dans leurs études, je me dis qu’il est rare de trouver quelqu’un de totalement indépendant de nos jours. Je vois des adultes qui ont parfois besoin de l’aide financière de leurs parents pour adoucir la fin du mois, et pourtant je n’irai jamais leur dire qu’ils ne sont pas indépendants !

Et puis le mec qui est propriétaire, qui gagne bien sa vie, a sa voiture et ne demande d’aide à personne… même lui est dépendant. Il est dépendant de son salaire, de son travail, du paquet de clopes qu’il ouvre tous les matins, de son footing du samedi…

Alors non, je ne pense pas que quiconque soit réellement indépendant dans une société axée sur la dépendance, à part peut-être celui ou celle qui vit au fond des bois en se nourrissant de lait de chèvre et de noix !

FUCK YEAH L’INDÉPENDANCE FINANCIÈRE

Non, l’indépendance matérielle n’existe pas pour moi. La seule qui existe réellement est l’indépendance mentale. Elle passe par le fait d’avoir des responsabilités et de n’être directement dirigé par personne ; un adolescent qui vit chez ses parents est en général dirigé par eux.

Pour moi, le fait de n’avoir personne pour te dire « Fais ci » ou « Fais pas ça », mais de ne pas faire n’importe quoi, d’être intelligent et responsable de soi-même est un signe d’indépendance. Voilà pourquoi je dis que je suis indépendante !

Espérons que Margorambo ait satisfait votre curiosité et vos demandes de précisions avec ce nouvel article ! N’hésitez pas à réagir en commentaires.
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Voici le dernier commentaire en date :

  • Listerine
    Listerine, Le 8 octobre 2014 à 2h13

    Ton discours est très raisonné, j'admire beaucoup ton indépendance et ton ouverture d'esprit. Ca peut surprendre à 16 ans puisque pour beaucoup les conclusions auxquelles tu es arrivée dans la vie viennent plus tard, mais chacun son rythme et c'est tant mieux pour toi !

    En revanche, dire qu'on a le choix ? On a la possibilité de faire CERTAINS choix certes, mais LE choix... moi c'est pas dans un village de vieux racistes que je suis née, c'est dans une secte, alors tu sais...

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